23 janvier 1978

Enlèvement du baron Empain

L’affaire Empain, l’une des plus symboliques et médiatiques de la police judiciaire parisienne, défraye la chronique en 1978. Cela tient pour partie à la personnalité de la victime : le baron Edouard-Jean Empain est, à 40 ans, à la tête d’un des plus grands groupes industriels européens, le groupe Empain-Schneider, réunissant près de trois cents sociétés.

Paris Match et l'enlèvement du baron Empain en 1978Le 23 janvier 1978, vers dix heures trente, le baron est enlevé à la sortie de son domicile, 33, avenue Foch, dans le XVIe arrondissement parisien.

La victime est un proche du président de la République en fonction, Valéry Giscard d’Estaing. Très vite, dispositif policier et cellule de crise sont mis en place.

Trente-six heures après l'enlèvement, les proches reçoivent un coup de téléphone anonyme qu'ils relaient à la police.

On exige qu'une personne se rende à la gare de Lyon pour récupérer un message laissé dans la consigne numéro 5958.

Ce dernier contient une carte d'identité, plusieurs lettres des ravisseurs, quelques mots du baron Empain, dont un message à sa femme, et un paquet contenant un flacon de formol dans lequel se trouve une phalange de l’auriculaire gauche de l’otage.

Les ravisseurs réclament quatre-vingts millions de francs (soit environ douze millions d'euros) de rançon. La lettre stipule que d'autres morceaux de corps mutilés du baron suivront si la rançon n'est pas payée.

Six jours passent sans nouvelles des ravisseurs. La police suit plusieurs pistes quant aux motivations des preneurs d’otage. Elle fouille et, à cette occasion, finit par porter au grand jour la passion du baron pour le poker ainsi que sa vie sentimentale et sexuelle extraconjugale dont la presse fera ses choux gras.

Dans le même temps, les ravisseurs adressent à la famille une lettre rédigée par Édouard-Jean Empain donnant les consignes nécessaires à la transmission de la rançon. La famille et le groupe Empain-Schneider envisagent dans un premier temps de verser la rançon, puis se rallient à l’idée de la police et du commissaire Pierre Ottavioli, directeur de la Brigade criminelle et chef de l’enquête, de livrer des billets factices.

Quatre semaines après l'enlèvement, le 20 février, un coup de téléphone des ravisseurs indique que la rançon demandée est minorée à quarante millions de francs.

Le rendez-vous doit avoir lieu deux jours plus tard à Megève, station de sports d'hiver huppée de Haute-Savoie. L'inspecteur Jean Mazzieri, réputé pour sa maîtrise des arts martiaux et son sang-froid, est désigné pour assurer la livraison de la rançon sous le pseudonyme de « M. Mazo », collaborateur du baron.

Le jour prévu, Jean Mazzieri se rend au Chalet du Mont d'Arbois où il doit recevoir un coup de téléphone d'une personne surnommée « Félix le Chat » qui demandera un « Jacques Dupond » afin de fixer un autre lieu de rendez-vous pour l'échange. Il a avec lui deux sacs de sport contenant dix-sept millions de francs suisses factices.

Le lieu est surveillé par de nombreux policiers en civil prêts à intervenir en cas de besoin. Mais les ravisseurs n'appellent pas et l'opération est annulée en fin de soirée. Après cet épisode, presqu’un mois va s’écouler jusqu’à ce qu’un nouveau rendez-vous soit fixé pour le 23 mars, 15h, au restaurant Fouquet's, avenue des Champs-Élysées.

Le jour fixé, c'est à nouveau le policier Jean Mazzieri qui doit porter la rançon sous le même pseudonyme.

Une certaine « Charlotte Corday » appelle un « M. Marat » comme convenu. Un point de rendez-vous, le café Le Murat, porte d'Auteuil, est fixé pour un nouvel appel téléphonique. Après six heures d’un jeu de piste où Mazzieri navigue de Porte d’Auteuil à l’hôtel Hilton d’Orly, en passant par porte d’Orléans, Antony et Saint-Cloud, il reçoit un appel des ravisseurs qui, prétextant la tombée de la nuit, jugent qu'il est trop tard et remettent l'échange au lendemain.

Le 24 mars 1978, en début de soirée, au bar du Hilton d'Orly, Mazzieri reçoit un appel téléphonique lui demandant d'aller faire le plein d'essence comme s'il devait se préparer à un nouveau jeu de piste. Il doit ensuite revenir au bar de l'hôtel. À son retour, Mazzieri reçoit un nouvel appel lui indiquant de s'arrêter sur l'«autoroute du Sud», direction Paris, à la borne d'appel d'urgence B162.

Alors que la voiture est stationnée sur la bande d'arrêt d'urgence, une dépanneuse s'arrête derrière elle, la croyant en panne. Les policiers, sur leurs gardes, pensent avoir peut-être affaire à un complice. Jean Mazzieri sort de la voiture pour parler au dépanneur et lui dire qu'il n'est pas en panne : c'est alors que deux personnes embusquées dans les fourrés s'emparent de la voiture.

Après quelques centaines de mètres, le véhicule s'arrête à proximité d'une porte de maintenance ménagée dans le mur anti-bruit d'environ vingt mètres de haut qui borde l'autoroute A6 au niveau de L'Haÿ-les-Roses. Une fusillade a lieu entre la police et les ravisseurs : l’un d’entre eux est tué et un autre arrêté. Deux policiers sont blessés.

Le 26 mars 1978, la police interroge Alain Caillol, pour qu'il prévienne ses complices et leur demande de libérer l'otage. Devant la détermination des policiers, il cède après avoir obtenu la garantie que ses complices ne seraient pas arrêtés. Le commissaire Ottavioli propose à Caillol de les appeler depuis son propre téléphone qui n'est pas sur écoute. Caillol appelle deux fois : « C'est foutu, la rançon a été saisie, il faut éviter le carnage et relâcher le baron ». Deux heures après, le baron est libéré, abandonné sur un terrain vague dans une rue d'Ivry-sur-Seine, avec un billet de dix francs. C’est la première fois qu’il marche depuis deux mois, ayant été enchaîné.

Après plusieurs mois d'enquête, tous les ravisseurs seront arrêtés. Les peines infligées à l’issue du procès iront de quinze à vingt ans de réclusion criminelle. Leurs complices écoperont de deux à cinq ans.

L’enlèvement du Baron Empain sera le dernier de cette importance réalisé sur le territoire français par des malfaiteurs fichés au grand banditisme.

 
Publié ou mis à jour le : 2020-01-22 16:22:22

 
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