6 novembre 1975

Le Maroc annexe unilatéralement le Sahara espagnol

Le 6 novembre 1975, une « Marche verte » conduit 200 000 Marocains vers la colonie espagnole du Rio de Oro. Pour le roi Hassan II comme pour ses sujets, ce Sahara occidental appartient naturellement et historiquement au Maroc.

Après un long conflit avec les rebelles sahraouis soutenus par l'Algérie, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté ce 31 octobre 2025 une « proposition d’autonomie du Maroc » pour le Sahara occidental. Fin du conflit ?...

Alban Dignat

Un morceau de désert aux marges du Maroc

Le Maroc après le traité de Fès de 1912 (source : wikipedia)C'est une partie de l’ensemble saharien que la colonisation arracha au Maroc. Celui-ci fut en effet très largement amputé  de toute sa profondeur saharienne tant par la France que par l’Espagne.

Lors de la conquête de l'Algérie, la France s'empara des provinces marocaines comprises entre Figuig et la région du Touat d’une part, ainsi qu’entre le Drâa et les actuelles frontières de la Mauritanie et du Mali d’autre part. Ces pans du Sahara furent en 1962 cédés à l'Algérie indépendante dont ils forment le triangle occidental.

Quant à l'Espagne, elle s'attribua à la fin du XIXe siècle le Sahara occidental dont le littoral avait été exploré par les navigateurs espagnols dès le XVe siècle.

Ce territoire devint la colonie puis la province du Rio de Oro mais n'a intéressé la métropole qu'en 1963 avec la découverte d'importants gisements de phosphate.

C'est un morceau de désert de 280 000 km2, grand comme la moitié de la France. Il était peuplé en 1974 de seulement 82 000 personnes dont 15 000 Européens. Les autres habitants étaient des nomades berbères de la tribu des Sanhadja. Leur nombre est évalué à un demi-million en 2025.

Parade militaire des soldats de l'Armée populaire de libération sahraouie. Agrandissement : Femmes soldats dans les rangs de l'Armée populaire de libération sahraouie.

Un élément-clé de la rivalité entre Maroc et Algérie

Profitant de ce qu'à Madrid, en 1975, le vieux caudillo Francisco Franco était à l'agonie, le Maroc et la Mauritanie réclamèrent instamment à l'Espagne la cession du Sahara. L'Algérie, de son côté, soutint la formation d'un front de libération indépendantiste, le Polisario.

Par les accords de Madrid, signés le 14 novembre 1975, une semaine avant la mort de Franco, l'Espagne consentit à se retirer de sa province et à partager celle-ci entre le Maroc et la Mauritanie. Mais le 27 février 1976, le front Polisario soutenu par l'Algérie proclama l'avènement d'une République arabe sahraouie et se lança dans des opérations de guerilla.

Des combattants sahraouis du Front Polisario, 1980, Paris, musée du Quai Branly - Jacques Chirac.Comme le Maroc et l'Algérie menaçaient de se faire la guerre, la Mauritanie se retira du jeu en cédant au Maroc sa part de l'ex-colonie espagnole le 14 août 1979.

En novembre 1979 enfin, grâce à l'habileté de la diplomatie algérienne, le front Polisario obtint de l'ONU la condamnation de l'annexion par le Maroc du Sahara occidental. En attendant un référendum d'autodétermination que refuse Rabat, l'ONU considéra dès lors que le Sahara occidental était toujours sous l'autorité administrative de l'Espagne ! 

La situation s'est figée. De 1980 à 1987, les Marocains érigèrent un « mur des Sables » de 2 700 kilomètres gardé par un corridor de mines et 100 000 militaires ! Ainsi le Sahara utile, ses phosphates et son littoral, furent-ils à l'abri des incursions sahraouies.

Mais à la surprise générale, les États-Unis de Donald Trump entérinèrent en décembre 2020 le projet d'autonomie promis au Sahara par le gouvernement marocain et reconnurent la souveraineté de Rabat sur le territoire.

En mars 2022, le Premier ministre socialiste espagnol Pedro Sánchez la reconnut à son tour avec l'espoir d'une ouverture sur les présides de Ceuta et Melilla, revendiquées par Rabat. Pour l'heure, Madrid n'a pas obtenu satisfaction mais Alger n'a pas attendu pour prendre des mesures de rétorsion à l'encontre des entreprises espagnoles...

En juillet 2023, Benyamin Netanyahou, Premier ministre d’Israël, fut le troisième dirigeant à reconnaître la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental.

Du côté de la France, qui a pendant quelques décennies exercé sa souveraineté sur le Maroc et la plus grande partie du Sahara, un changement majeur s'est produit le 30 juillet 2024, quand le président Emmanuel Macron a reconnu la souveraineté du Maroc sur ce territoire et considéré le plan d’autonomie marocain comme « la seule base pour une solution politique juste et durable » pour le Sahara occidental.

Cette sortie de l'équivoque entretenue jusque-là par la diplomatie française était sans doute liée au resserrement des liens entre l'Algérie et la Russie, à laquelle la France est opposée en raison du conflit en Ukraine.

Elle entraîna aussitôt une protestation violente d'Alger. L'écrivain franco-algérien Boualem Sansal et le journaliste Christophe Gleizes sont les victimes collatérales de ce bras de fer diplomatique.

En attendant, Donald Trump, de retour à la Maison Blanche, a obtenu du Conseil de Sécurité de l'ONU qu'il adopte le 31 octobre 2025 sa « proposition d'autonomie » destinée à satisfaire le Maroc tout en préservant l'identité sahraouie. Peut-être est-ce la fin d'un demi-siècle de conflit...

Publié ou mis à jour le : 2026-02-06 21:30:33
Liger (02-11-2025 20:06:50)

La validation le 31 octobre 2025 par le Conseil de sécurité de l’ONU de la proposition du Maroc relative à l’ex-Sahara espagnol est une excellente nouvelle parce que cette décision est conforme au droit international et au bon sens :
- cela valide la récupération par le Maroc d'une province qui lui avait été enlevée par l'Espagne en 1884 ;
- c'est un échec humiliant pour la dictature militaire du FLN qui ruine de fond en comble l'Algérie depuis 1962 et fait de plus en plus détester son pays à travers le monde suite à sa « politique » extérieure maladroitement « barbelée » ; le FLN a manipulé en vain les Sahraouis (ci-devant Réguibat) en créant de toutes pièces un « indépendantisme » bidon (le Front Polissario) pour ennuyer ses voisins ; les lecteurs de Kessel et Saint-Exupéry (cf. « Courrier Sud « ) se souviendront de ces « nobles fils du désert » spécialisés dans le pillage et l'esclavage assortis de demandes de rançon pour libérer les infortunés aviateurs qu'une panne de leur appareil avait fait tomber entre leurs mains féroces...

Encore un cas dans lequel la « diplomatie du " rentre-dedans " » de M. Trump s'avère être inspirée et efficace, que l'on apprécie ou non sa personnalité (mais ce n'est pas la question). Avec un peu de chance, cette ridicule, ruineuse et meurtrière affaire sera définitivement réglée, ce qui permettra au Maroc, avec lequel la France doit intensifier un fructueux partenariat, de cesser de gaspiller des ressources dans un conflit créé de toutes pièces par le FLN algérien et de poursuivre son remarquable développement, facteur de progrès pour les pays sahéliens voisins. La résolution de cet imbécile conflit est de l'intérêt de tous, y compris des Sahéliens et des Français car l'instabilité nuit au progrès et génère des migrations incontrôlables.

Pendant ce temps, tant que les meurtriers kleptocrates du FLN resteront au pouvoir en Algérie, ce pays continuera à gâcher ses chances et gaspiller ses ressources tandis que ces minables et cyniques dirigeants continueront de ronger vainement leurs os de la haine et des récriminations victimaires, notamment à l'égard de la France. Nuisibles individus, tout comme leurs idiots utiles (« wokistes », décolonialistes, repentants autoflagellants et autres agitateurs irresponsables de LFI).

Pendant ce temps-là encore, l'intéressant projet de gazoduc qui reliera le Nigéria à Tanger en longeant la côte de l'Afrique de l'ouest dont les productions se raccorderont à ce tuyau contribuera à développer et enrichir le Maroc tandis que l'Algérie du FLN sera encore plus isolée au moment où ses perspectives de production d'hydrocarbures sont en baisse tendancielle à moyen et à long terme. Espérons que la diplomatie française, si peu inspirée en Afrique au cours de la dernière décennie, saura développer un fort intéressant partenariat avec le Maroc, pays d'avenir.

Bernard (06-11-2023 17:50:00)

« L'histoire est le produit le plus dangereux que l'alchimie de l'intellect ait élaboré » (Paul Valéry). Elle donne de faux souvenirs aux peuples, qui croient volontiers et sincèrement que tel ou tel territoire voisin, dès lors qu’il leur a appartenu un moment dans l'Histoire, doit leur revenir coûte que coûte. Et chaque pays voyant midi à sa porte, c'est là la clé de la plupart des guerres. Le Maroc n'y échappe pas, qui rêve de reconstituer l'empire des Almoravides qui s'étendait des confins du Sénégal jusqu'au sud de l'Espagne au XIIème siècle.

De son côté, l’Algérie, lointaine contrée désertique de l’ex empire ottoman, qui n’a aucun passé historique et a pratiquement été créée ex-nihilo par la France - l’une des raisons pour laquelle, paradoxalement (syndrome de la volonté de tuer le père ?), elle en veut beaucoup à celle-ci - ne veut pas laisser faire, d’abord par jalousie à l’égard de sa voisine du Maghreb, mais aussi dans l’espoir fou de se frayer un jour (sait-on jamais ?) au travers de l’ex Sahara espagnol un débouché vers l’Atlantique.

Bien entendu, les grandes puissances – Etats-Unis derrière le Maroc et Russie derrière l’Algérie, sans parler de la Chine qui pointe son nez – soufflent sur les braises car il faut savoir diviser pour régner.

Tout cela serait dérisoire si ce n’était là la matrice d’un conflit sanglant où les peuples concernés n’ont rien à gagner.

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