20 octobre 1966

Catastrophe d'Aberfan

C’est le plus grand regret d’Elizabeth II. Une des ombres qui parsèment son si long règne. Le 20 octobre 1966, un glissement de terrain provoque la mort de 144 personnes à Aberfan, au pays de Galles. La plupart des victimes sont des enfants, ensevelis sous une avalanche de terre dans leur école.

Alors que le premier ministre Harold Wilson et le prince Philip se rendent sur les lieux, il faut attendre huit jours pour voir la reine du Royaume-Uni. 

Charlotte Chaulin

Mineurs à la recherche de survivants après le glissement de terrain qui a recouvert le village d'Aberfan en octobre 1966, DR.

Avalanche de terre sur l’école d’Aberfan

Dans le petit village minier d’Aberfan, au sud du pays de Galles, le temps est brumeux en ce matin du 20 octobre 1966. Il est 9h15, les enfants de la Pantglas Junior School sont assis en classe. À midi, ils seront en vacances pour une semaine. Soudain, alors qu’ils suivent le cours sur le tableau noir, c’est un épais nuage noir qu’ils voient s’abattre sur eux par la fenêtre. Une avalanche de terre explose le bâtiment et les ensevelit en moins de cinq minutes à peine.

Sur les 144 victimes de la catastrophe, 116 sont des enfants. Après cet énorme vacarme, le silence règne. « Comme si la nature avait réalisé qu’il y avait eu une énorme erreur. Et qu’elle était restée sans voix », dira plus tard un des professeurs de l’école qui a survécu. Mais que s’est-il passé ?

Ce matin-là, l’un des terrils de la mine locale a subi un glissement de terrain. Les mineurs ont vu comme une vague se soulever du sol et foncer vers le village en contre-bas.

La raison ? Un tas de déchets miniers entassé au fil des années sur la montagne, atteignant 40 mètres de hauteur. « Ce n'était pas rare que cela soit si haut », explique Iain McLean, auteur d’Aberfan : Government and Disaster. « Ce qui était inhabituel, c'est d'avoir un terril aussi haut sur une montagne. Le problème, ce n'était pas les déchets mais l'endroit où ils furent placés : sur une montagne, avec une source d'eau en dessous. » Et l’eau, agissant comme un lubrifiant, a entraîné la désagrégation du terril.

Un terrible accident, qui aurait pu être prévenu si les normes de sécurité avaient été vérifiées. Car, trois ans plus tôt, la terre avait déjà glissé, laissant apparaître un cratère au sommet de la montagne. Et jusqu’au dernier moment, la population aurait pu être évacuée. Mais le câble du téléphone de l'équipe située en haut du terril ayant été volé, aucun signal d'alarme n’a pu être émis.

Alors que le pays de Galles pleure une génération d’enfants balayée, argent et lettres de soutien arrivent des quatre coins du monde.

Elizabeth II se rend à Aberfan huit jours après la catastrophe, DR.

Un soutien de taille manque à l’appel. La reine refuse de se déplacer. Les critiques envers cette réaction inattendue, et inappropriée, sont sévères dans la presse britannique et au sein de la classe politique. Elizabeth II cède finalement sous la pression de son gouvernement travailliste.

C’est donc huit jours plus tard que la reine arrive enfin sur les lieux du désastre... vêtue d’un manteau rouge. La bienséance aurait voulu qu’elle porte du noir, la couleur du deuil, et non du rouge, qui évoque maladroitement le sang des victimes.

Au pays de Galles, tout le monde se souvient de cette catastrophe qui s’inscrit depuis dans l’Histoire nationale. Même s’il ne s’agit pas du pire accident minier du pays, qui est celui de Senghenydd qui a causé la mort de 439 personnes en octobre 1913, le fait que les victimes soient principalement des enfants innocents a marqué à jamais les esprits.

Le cimetière d'Aberfan (2010) : les tombes des enfants victimes de la catastrophe sont signalées par les arches blanches, DR.L’historien Martin Johnes écrivait en 2016 dans un article pour CityMetric : « certains continuent à voir le désastre comme un exemple de la mauvaise gestion du Pays de Galles par les Anglais ». Et la reine le regrette amèrement.

L’expert royal Gyles Brandreth est revenu sur cet événement dans son journal de bord à l’occasion du jubilé d’or de la reine en 2002. Il retranscrit une partie de sa conversation avec Martin Charteris, le secrétaire privé de la reine dans ses jeunes années. Ce dernier lui a confié que l’arrivée tardive sur les lieux de l’accident était le « plus grand regret » de la reine.

Depuis 1966, elle est retournée dans ce village minier plus que quiconque de la famille royale.

Publié ou mis à jour le : 2020-02-04 16:32:52

 
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