Le 1er novembre 1954, en Algérie, des indépendantistes commettent plusieurs dizaines d'attentats, dont certains meurtriers. C'est la « Toussaint rouge », à l'origine de la guerre d'indépendance de l'Algérie.
Ces événements surviennent dans une Algérie française découpée en plusieurs départements mais profondément divisée entre :
– 8 millions de musulmans qui ont un statut d'indigène et relèvent du droit coranique coutumier,
– près d'un million de citoyens français : immigrants de la métropole et du bassin méditerranéen, juifs locaux naturalisés en 1870, musulmans en très petit nombre ayant renoncé à leur statut coranique.
Quelques mois plus tôt, en Indochine, les Français ont été défaits par le Vietminh. Quelques indépendantistes algériens y voient un encouragement à se lancer à leur tour dans la lutte armée contre la puissance coloniale, bien qu'ils soient en très petit nombre (quelques centaines au plus) et presque totalement dépourvus d'armes. Ils forment au printemps 1954 un Comité révolutionnaire d'union et d'action (CRUA) et choisissent la date du 1er novembre pour déclencher l'insurrection. Une trentaine d'attentats plus ou moins désordonnés ont lieu en ce jour de la Toussaint : récoltes incendiées, gendarmerie bombardée...
On compte au total dix morts. Les deux premières victimes, assassinées la veille de la Toussaint, sont deux Français d'Algérie : un chauffeur de taxi de confession juive, Georges-Samuel Azoulay et Laurent François, libéré depuis 6 mois du service militaire. Les autres victimes sont l'agent forestier François Braun, l'agent de police Haroun Ahmed Ben Amar et quatre appelés : le soldat Pierre Audat et le brigadier-chef Eugène Cochet, tués en pleine nuit dans le poste de Batna, dans le massif des Aurès, ainsi qu'André Marquet et le lieutenant Darneaud. Sont également tués le caïd Ben Hadj Sadok et Guy Monnerot, qui voyageaient ensemble.
La mort de ce dernier émeut plus particulièrement l'opinion. Ce jeune instituteur est venu de la métropole avec son épouse pour instruire les enfants du bled. Leur autocar est attaqué dans les gorges de Tighanimine. Ils sont extraits du véhicule ainsi que les autres passagers et touchés par une rafale de mitrailleuse destinée au caïd Hadj Sadok.
Guy Monnerot succombe sur le champ mais sa femme Jeanine survivra à ses blessures. Les meurtriers des deux Français auraient enfreint l'ordre de ne tuer que le caïd, membre de l'élite musulmane francophile. Ils auraient été plus tard sanctionnés par leurs chefs.
En définitive, les attentats de la « Toussaint rouge » ont très peu de retentissement dans l'opinion française et la presse métropolitaine en fait à peine écho. Ils n'en marquent pas moins le début de la guerre d'Algérie, huit années de tourments qui ont marqué durablement les esprits et les coeurs des deux côtés de la Méditerranée...












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Jacques Groleau (03-11-2024 15:20:16)
Triste "anniversaire de la honte", qu'accroît encore l'attitude inadmissible d'un président "serpillière" devant la dictature corrompue sévissant en Algérie, dont les dirigeants préfèrent se faire soigner en France !
LEGMA (03-11-2024 13:03:21)
Il n'y avait pas de ségrégation raciale en Algérie, le problème venait du respect de la religion islamique. Les Algériens pouvaient se marier en mairie et être monogame ou choisir la polygamie en passant par la justice musulmane. Mes copains de lycée arabes ne permettaient pas aux femmes de quitter la maison non voilées. Peu de filles algériennes étaient autorisées par leurs parents à aller au lycée.
Ces conditions de vie ne permettaient pas l'harmonie de la vie civile.
Pour information, la majorité des pieds noirs étaient ouvriers (mes grands parents non titularisés n'avaient pas de retraite , comme en France) et mon propriétaire était Algérien.
JM KAËS (03-11-2024 12:54:28)
Merci pour ce rappel historique du 70e anniversaire de la Toussaint rouge. Anniversaire très peu voire pas du tout commémoré en France, certainement pas en Algérie dont les gouvernants successifs se servent continuellement pour aggraver les misères d’une population victime d’un système dictatorial. Bien évidemment Macron en a profité pour sortir de sa torpeur en rendant hommage à un voyou, Ben M’hidi, co auteur des attentats commis par des gens irresponsables qui ont assassiné de pauvres victimes dont la plupart étaient des civils : exemple des époux Monnerot, instituteurs venus de métropole pour éduquer les Algériens musulmans.
Alexandre Feigenbaum (03-11-2024 12:32:42)
Quelques mois après cet évènement, avait lieu le conférence de Bandœng, qui marque la première étape du mouvement anticolonial, puis décolonial international. L'Algérie était au centre des débats.
desavoy (01-11-2015 18:40:09)
Dominique pensez-vous qu'un million d'habitant de souche européenne pouvaient durablement maintenir les huit millions de souche arabo-berbère dans la situation où ils les maintenaient volontairement avec la complicité de la République Française! OK De Gaule a bâclé la fin d'une histoire franco-algérienne dont la fin dramatique était prévisible depuis 1871!
SOUCHAUD JC (30-10-2012 09:05:05)
BREF ET SYNTHETIQUE MERCI POUR CE RESUME mais que vient faire Benj.STORA dont la qualité autoproclamee ne mérite pas une place dans cette évocation de la TOUSSAINT ROUGE.
LEJEUNE DOMINIQUE (03-11-2006 01:16:22)
Pour répondre à la question comment en est-on arrivés là , je dirai que tout a dépendu d'un seul homme Charles de Gaulle qui a choisi l'indépendance de l'Algérie en abandonnant nos trois départements de la rive sud de la méditerranée , choix dont nous payons les conséquences incalculables aujourd'hui.
Mais évitons la polémique ,la chair de notre chair, le sang de notre beau pays perdu continue à sourdre des plaies: rappelons seulement que le même homme après avoir amputé le territoire national criait quelques années plus tard:" vive le Québec libre" que nous avions également cédé à l'Angleterre lors du désastreux traité de Paris deux siècles avant.
Qu'allons-nous laisser tomber demain : la Nouvelle Calédonie?
Ô , Français!