Le 29 avril 1945, tandis que la guerre contre l'Allemagne touche à sa fin, les élections municipales donnent l'occasion aux Françaises de voter pour la première fois de leur Histoire. Il n'était que temps. En effet, les Françaises sont parmi les dernières femmes du monde occidental à acquérir le droit de voter et celui de se faire élire...
Le vote des Françaises résulte d'une ordonnance du 21 avril 1944 prise par le Gouvernement provisoire du général de Gaulle, à Alger : « Les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes ».
Lente émancipation des Françaises
Entre les deux guerres mondiales, sous la pression des mouvements suffragistes et d'intellectuelles comme Louise Weiss, la Chambre des députés vote à plusieurs reprises en faveur du vote féminin. Mais ses propositions sont six fois repoussées par le Sénat.
Les motifs des opposants tiennent à des préjugés personnels et à la crainte paradoxale que les femmes ne renforcent le camp conservateur. La gauche radicale et socialiste craint en particulier que les femmes ne rallient le camp clérical et ne se soumettent aux injonctions de leur curé !
Cependant, les Françaises n'attendent pas le droit de vote pour accéder à des fonctions gouvernementales. Trois d'entre elles obtiennent un sous-secrétariat d'État dans le gouvernement constitué par Léon Blum, en 1936, après la victoire du Front Populaire : Cécile Brunschvicg, Suzanne Lacore, Irène Joliot-Curie. D'autre part, c'est au plus fort de l'Occupation, en novembre 1943, qu'une femme est nommée maire de son village. Il s'agit de Mlle Marie-Rose Bouchemousse, maire de Vigeois (Corrèze).
Il faut attendre les soubresauts de la Libération de 1945 pour qu'enfin les Françaises obtiennent le droit de vote. L'égalité des droits est aussi inscrite dans le préambule de la Constitution de la IVe République (27 octobre 1946) : « la loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l'homme ».
Des femmes sont dès lors régulièrement présentes dans les gouvernements. Mais la féminisation de la représentation parlementaire est lente. Le nombre d'élues à l'Assemblée nationale stagne aux environs de 30 (5% des députés) jusqu'en 1997, date à laquelle il est passé à 59 grâce à un effort particulier du Parti socialiste. Il est passé enfin à 215 en 2022 (37% des députés).
La France se distingue ainsi de la plupart des grandes démocraties européennes par la faible représentation des femmes dans la vie politique et l'âge moyen des parlementaires, relativement élevé (en 2022, 146 députés sur 577 avaient moins de 40 ans, contre une douzaine seulement en 2007).
Notons encore que les militaires, par souci de neutralité politique, avaient été longtemps privés aussi du droit de vote. Ils l'obtiennent enfin le 17 août 1945, quelques mois après les femmes ! La « Grande Muette » n'est plus tout à fait muette.












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Philippe TCHAIDJIAN (12-04-2023 09:58:12)
Bonjour à tous et toutes,
C'est bien par l'ordonnance du 21 avril 1944 prise par le Gouvernement Provisoire de la République Française (G.P.R.F.) - pour application après la libération de la France du joug nazi et de ses complicités explicites et implicites - que le droit de vote a été accordé aux citoyennes de France.
Rappelons-nous toutefois que jusqu'au 05 juillet 1962, l'Algérie était toujours "française", et composée de trois départements à part entière où - en matière de droit électoral - devaient s'appliquer les mêmes droits et obligations que dans les départements de la Métropole ainsi que ceux de Guadeloupe, Martinique, Guyane et la Réunion.
Pour autant, l'ordonnance précitée continuait de dénier le droit de vote aux femmes de 'souche' musulmane dans les trois départements d'Algérie française.
Ce n'est qu'en juillet 1958 que cette injustice qui perdurait fut corrigée par (ou sur instruction péremptoire de) Charles de Gaulle, quelques semaines après son retour au pouvoir, alors qu'il exerçait la Présidence du Conseil [des ministres].
Ce n'est donc que lors du referendum du 28 septembre 1958 (portant sur l'approbation de la nouvelle Constitution proposée par le Gouvernement de la République) que le suffrage fut véritablement universel pour tous les citoyens et citoyennes de la République française de plus de 21 ans.
Précision qui - me semble-t-il - mérite d'être rappelée.
Nordoc007 (17-08-2022 14:34:29)
Je m'inscrit en faux: à ma connaissance, c'est la classe d'âge 18/21 ans qui a obtenu ce droit, sous la présidence Giscard D'Estaing !
Jean-Louis Oneto (26-04-2020 14:52:29)
Bonjour,
Sous l'Ancien Régime, les femmes chefs de famille avaient le droit de vote, de 1302, sous Philippe le Bel jusqu'à 1789 pour les États Généraux. C'est l'assemblée nationale qui par un vote du 22 décembre 1789 exclu le droit de vote des femmes. La République de Corse de 1755 à 1769 accordait aussi le droit de vote aux femmes célibataires ou veuves, la majorité élective étant fixée à 25 ans. On oublie trop souvent que le vote des femmes a été supprimé par la Révolution, même s'il n'y avait pas de suffrage universel, pas plus que pour les hommes d'ailleurs.
Jean-Marc Purro (05-05-2015 10:00:53)
J'ai lu avec intérêt votre synthèse concernant le suffrage féminin. Permettez-moi cependant de corriger une petite erreur cncernant la composition du gouvernement fédéral suisse. En effet, ce dernier reste, de peu, il est vrai,majoritairement masculin. Il est constitué de MMes. Doris Leuthard, Simonetta Sommaruga, Evelyne Widmer-Schlumpf et MM. Alain Berset, Didier Burkhalter, Johann Schnaider-Ammann et Ueli Maurer. En ajoutant la chancelière de la Confédération, nous arrivons, pour ainsi dire, à la parité.
Avec mes meilleurs messages.