4 février 1945

Conférence de Yalta

Du 4 au 11 février 1945 se tient la conférence de Yalta. Elle se tient à quelques kilomètres de la station balnéaire, au cœur de la Crimée, dans le palais Livadia, avec vue sur la mer Noire. Pendant une semaine, Churchill, Staline et Roosevelt vont se concerter sur le sort futur de l'Allemagne et du Japon dont la défaite ne fait plus de doute et projeter la création d'une nouvelle Organisation des Nations Unies en remplacement de la SDN...

André Larané
Churchill et Staline entourent Roosevelt, à Yalta, 4-11 février 1945
 
Les Trois Grands chez le tsar

Le choix de Yalta pour la conférence interalliée vient de Staline, qui avait la phobie de l'avion et ne désirait pas quitter son pays. Grande station balnéaire de la péninsule de Crimée, protégée des vents froids du nord par une chaîne de montagnes, Yalta posséde de belles résidences princières héritées du régime tsariste. C'est dans le palais de Livadia, résidence d'été de l'ancien tsar Nicolas II, que s'est tenue la conférence.

Il a été choisi car, dans la région, c'est à peu près le seul édifice important resté en bon état après le passage de la Wehrmacht. Les services soviétiques l'équipent à la hâte de vingt lignes téléphoniques et Staline convainc Roosevelt, malade et handicapé, de s'héberger sur place, près de lui, plutôt que dans la résidence voisine qu'occupent Churchill et les Britanniques et dont il prétend qu'elle est sujette à des risques d'attentat. Ainsi sera-t-il sûr que les deux alliés anglo-saxons ne feront pas cause commune contre lui.

La résidence d'été de Nicolas II, où s'est tenue la conférence de 1945 (photo : André Larané, 2013)

Quel avenir pour l'Allemagne ?

Quand commence la conférence, l'Armée rouge de Staline a déjà atteint l'Allemagne orientale. Les Anglo-Saxons, quant à eux, n'ont pas encore franchi le Rhin. D'où l'assurance dont fait preuve Staline face à ses alliés occidentaux. Assurance d'autant plus grande que Roosevelt est malade (il meurt trois mois plus tard) et Churchill physiquement usé.

Comme le Japon résiste encore aux assauts américains, Roosevelt n'a de cesse de demander au dictateur soviétique d'entrer en guerre à ses côtés contre l'Empire du Soleil levant. Il lui offre en échange quelques avantages territoriaux en Extrême-Orient (l'île de Sakhaline, Port-Arthur, Dairen...) et oublie tout le reste, en particulier le sort de la Pologne que les Soviétiques se disposent à libérer.

Rusé, Staline, le fera attendre jusqu'à la fin de la conférence pour répondre affirmativement, du bout des lèvres, à sa demande d'intervention. Dans les faits, l'effondrement de la résistance japonaise en Mandchourie et la bombe atomique d'Hiroshima vont rendre inutile une attaque soviétique contre l'archipel en mettant fin à la guerre du Pacifique plus tôt que prévu.

Au final, c'est avant tout sur l'Allemagne que portent les discussions de Yalta.

- L'Allemagne

Les trois chefs alliés projettent de démilitariser l'Allemagne et de la découper en trois zones d'occupation (Churchill obtient après coup qu'une zone soit accordée à la France).

Ils prévoient de démanteler son industrie militaire et de dissoudre l'armée du IIIe Reich. Roosevelt propose même de transformer l'Allemagne en un pays seulement agricole selon le plan de son secrétaire d'État au Trésor Henry Morgenthau, mais son successeur à la Maison Blanche rejette l'idée.

On chiffre à 20 milliards de dollars - un montant énorme - les réparations dont sera imposée l'Allemagne (dont la moitié pour l'URSS), sous forme de transferts de biens industriels, de marchandises, de main d'oeuvre. Une commission de contrôle interalliée coordonnera l'occupation et les transferts.

- L'Organisation des Nations Unies

Les Trois Grands se proposent de réunir à San Francisco, en avril 1945, une conférence internationale en vue de remplacer la défunte Société des Nations (SDN).

Créée à Genève à l'issue de la Première Guerre mondiale, la SDN s'était révélée inapte à prévenir de nouveaux conflits. On espère que la future Organisation des Nations Unies, implantée à New York et dotée de plus grands pouvoirs, se montrera plus efficace. À la tête de l'ONU est prévu un Conseil de sécurité au sein duquel une poignée de membres permanents disposeront d'un droit de veto (c'est l'assurance pour ces membres de n'être jamais gênés par une décision de l'ONU).

Churchill plaide avec énergie pour qu'en plus des Trois Grands (États-Unis, Royaume-Uni, URSS), la France et la Chine disposent aussi d'un siège permanent.

- Annexions soviétiques

Bien entendu, il n'est pas question de contester à l'URSS victorieuse les territoires qu'elle a déjà annexés ou s'apprête à le faire (il semble que la Grande-Bretagne lui ait déjà donné des assurances en ce sens lors de la signature du traité anglo-soviétique de Londres, le 26 mai 1942).

C'est ainsi qu'elle conserve les États baltes (Lituanie, Lettonie, Estonie) dont elle s'était emparé en 1940 ainsi que la Moldavie, enlevée à la Roumanie. Elle conserve aussi la Carélie finnoise et la Pologne orientale, annexées en 1940.

Elle annexe la Prusse orientale dont la population est sans ménagement chassée vers l'ouest. La capitale de cette vieille province allemande, la prestigieuse Koenigsberg, ville natale du philosophe Emmanuel Kant, devient une base militaire soviétique sous le nom de Kaliningrad.

- Les pays libérés d'Europe centrale

En ce qui concerne les pays européens libérés de la tutelle nazie, les « Trois Grands » s'engagent à les laisser libres de choisir leur destin.

Dans une « Déclaration sur l'Europe libérée », ils réaffirment les principes d'autodétermination inscrits dans la Charte de l'Atlantique.

Ainsi, iI est prévu que la Pologne sera administrée par un gouvernement d'« union nationale ». Mais au sein de celui-ci, le Comité de Lublin, aux ordres de Staline, prend très vite le dessus sur le Comité de Londres, constitué de résistants démocrates.

- Bilan

Tout au long de la conférence, Roosevelt tient en lisière Churchill et se laisse abuser par les bonnes manières et la bonhomie de Staline. Il croit en sa loyauté et déclare à propos de Yalta : « Cette conférence marque la fin du système des actions unilatérales et des alliances exclusives, des sphères d'influence et de l'équilibre des puissances ».

Autrement plus lucide mais désespérant de se faire entendre, Churchill ne peut que constater les dégâts sur le camp occidental et démocratique. Furibond, il quitte la conférence un jour plus tôt que prévu. Il ne faudra au président américain que quelques semaines pour mesurer ses erreurs et constater en Pologne et ailleurs le peu de crédit des promesses de Staline.

Malgré son grand retentissement médiatique, la conférence de Yalta n'a eu aucun effet sur la fin de la Seconde Guerre mondiale et la définition de l'Europe d'après guerre.


La conférence des trois grands à Yalta,  source : INA

Mainmise soviétique sur l'Europe centrale

Contrairement à une légende postérieure, il n'a pas été question d'un « partage » de l'Europe au cours de la conférence de Yalta.

C'est de son propre chef et en violation des promesses faites à Yalta que Staline a imposé un régime communiste à tous les pays (sauf l'Autriche) libérés par ses armées. Churchill lui-même a facilité sa mainmise sur l'Europe centrale lors d'un tête-à-tête à Moscou, le 10 octobre 1944, cinq mois avant la conférence de Yalta, et sans doute aussi lors de la signature du traité anglo-soviétique, le 26 mai 1942. Le dictateur soviétique savoure son triomphe à la conférence de Potsdam, du 17 au juillet au 2 août 1945.

Publié ou mis à jour le : 2019-12-26 22:00:24

 
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