9 juin 1944

Le massacre de Tulle

Le 9 juin 1944 est un jour de grand deuil pour Tulle.

Sous les yeux de la population, 99 otages, des hommes de seize à soixante ans, sont pendus aux réverbères et aux balcons de la ville par les soldats de la Panzerdivision SS Das Reich.

Trois jours après le débarquement des Alliés sur les plages de Normandie, les troupes d'occupation veulent de la sorte terroriser la population et dissuader les maquis de la région d'entraver leurs déplacements.

André Larané

Les « maquisards » s'emparent de Tulle

Enclavée dans une cuvette au coeur du Massif Central, la petite préfecture de la Corrèze était jusque-là surtout connue pour ses dentelles et sa manufacture d'armes, laquelle travaillait depuis l'année précédente pour le IIIe Reich. Mais à l'heure du débarquement allié, elle avait aussi un rôle stratégique du fait de sa situation à proximité de deux voies majeures de communication majeures, l'une Est-Ouest (Lyon-Bordeaux), l'autre Sud-Nord (Toulouse-Paris).

Affiche placardée sur les murs de Tulle le 9 juin 1944Aussi la Résistance était-elle très active dans la région : désorganisation du trafic ferroviaire du réseau téléphonique, attaques de convois... La division SS Das Reich du général Heinz Lammerding, établie à Montauban après avoir combattu sur le front de l'Est, avait pris en charge la lutte contre les maquis corréziens en attendant d'intervenir contre le débarquement imminent. Elle bénéficiait dans cette besogne du concours d'Henri « Lafont », le chef de la Gestapo française, et de ses hommes. 

Dans la région de Tulle, le commandant des FTP (Francs-Tireurs-Partisans, communistes), Jacques Chapou, dit « Kléber », décide de son propre chef de s'emparer de Tulle avec plusieurs centaines d'hommes. C'est la première initiative de ce genre, jamais les résistants ne s'étant hasardés jusque-là à attaquer un centre urbain (trop de risques pour un gain aléatoire). La ville est occupée par quelques centaines de soldats allemands et à peu près autant de miliciens et de supplétifs de la police (GMR, Groupes Mobiles de Réserve). 

L'attaque débute le 7 juin à l'aube. Les policiers et miliciens français obtiennent le droit d'évacuer la ville avec leurs armes. Les Allemands, quant à eux, se replient dans la manufacture d'armes, dans l'École normale de jeunes filles et dans une école communale. À la gare ferroviaire, ils massacrent les dix-huit gardes-voies, qui avaient renoncé à suivre les maquisards. 

Le lendemain 8 juin, les assaillants concentrent leurs tirs sur l'École normale et mettent le feu à l'édifice. Les Allemands finissent par se rendre dans l'après-midi, dans la plus grande confusion, au milieu des explosions de grenades et des tirs de fusils. Ils ont en définitive 149 tués et quarante blessés. Certains Allemands, blessés, sont achevés par les résistants et ceux-ci retirent aussi du lot de prisonniers une dizaine d'hommes identifiés comme des membres du redoutable SD (Sicherheitsdienst, service de sécurité de la SS), les conduisent vers le cimetière et les abattent.

Jacques Chapou juge la victoire acquise, la prise de la manufacture et de l'école le lendemain ne devant plus être qu'une formalité. À ceux qui s'inquiètent d'un retour en force de la division Das Reich, il répond en riant que celle-ci doit juger plus urgent de gagner la Normandie où vient d'avoir lieu le débarquement. Las, dès le soir, de premiers chars allemands font leur entrée à Tulle en trois lieux différents. Les maquisards, faute d'artillerie et d'armes en nombre suffisant, se replient aussitôt.

Répression allemande

Le 9 juin au matin, la ville est investie par les Allemands. Par mesure de sécurité et en prévision d'éventuelles représailles, ils s'empressent de parquer dans la cour de la manufacture un total de trois mille hommes, le reste de la population restant cloîtrée chez elle.

L'officier Aurel Kowatsch prend contact avec le préfet du département, lequel fait valoir que les blessés allemands de l'École normale ont été pour la plupart correctement pris en charge dans l'hôpital. S'étant concerté avec son supérieur, le général Lammerding, arrivé en fin de matinée, il renonce donc à brûler la ville comme il en aurait eu d'abord l'intention. Mais voilà que les Allemands découvrent les corps de quarante des leurs qui auraient été délibérément suppliciés par les maquisards. C'est en tout cas ce qu'affirme un SS survivant des combats de la veille, Walter Schmald.

Ils décident de sévir en conséquence et ordonnent la pendaison de cent vingt otages. C'est tout de même moins que le quota que Lammerding avait lui-même fixé, inspiré de son expérience sur le front de l'Est : trois otages exécutés pour chaque soldat blessé, dix otages exécutés pour chaque soldat tué !  

Heinz Lammerding (27 août 1905, Dortmund - 13 janvier 1971, Bad Tölz)Les SS font dans la cour de la manufacture un premier tri de quatre cents hommes, renvoyant les autres chez eux, puis un tri ultime sous la supervision de Walter Schmald, non dénué de sadisme.

Les pendaisons débutent vers 16 heures. Sous les yeux des autres prisonniers et également de quelques notables de la ville, dont le maire, les malheureux sont conduits par groupes de dix au pied des noeuds coulants, encadrés par deux Allemands. Ils sont poussés à tour de rôle sur une échelle ou un escabeau et meurent pour la plupart dans une terrible agonie. L'effet est terrifiant aussi pour les femmes et les enfants qui observent la scène derrière les volets. 

Sans raison apparente, les SS s'arrêtent au 99e supplicié. Les autres otages sont transférés vers Limoges d'où 149 gagneront le camp de déportation de Dachau. 101 n'en reviendront pas. Pour Lammerding, l'objectif est atteint car une bonne partie de la population qui, la veille, applaudissait aux exploits des maquisards, les vomit désormais et n'est pas loin de leur attribuer la responsabilité du drame.

Le lendemain, un détachement de la même division SS entre dans la cité d'Oradour-sur-Glane...

Certains participants du drame ont été jugés après la guerre et condamnés à quelques années de prison. Condamné par contumace, Heinz Lammerding a pu quant à lui se reconvertir en chef d'entreprise prospère à Munich et finir ses jours sans plus de tracas.

Publié ou mis à jour le : 2024-06-06 11:43:13
Ernestine (11-06-2024 00:32:45)

Je rejoins Ty Bihan dans sa critique de Monsieur Boutté. Je regrette infiniment que Monsieur (ou Madame) Boutté rejoigne le discours vychiste pour condamner les résistants D'une part, les groupes SS voire du Sicherheitsdienst (SD) opérant en même temps que la Wehrmacht n'étaient pas une "armée (conventionnelle) en campagne", mais bien des troupes d'assassins entraînés à torturer et tuer (pour l'Europe de l'Est, voir les analyses de Christian Ingrao). D’autre part, Dans le camp de concentration de Dora-Mittelbau, ce sont les communistes qui ont organisé la résistance au sein de l'organisation régulière du camp, car eux avaient le moral alors que d’ autres détenus ayant perdu leur moral étaient qualifiés de "muselmänner" ( voir Primo Lévi, si j'étais un homme). Certains survivants, non communistes, en ont témoigné après leur libération. Et si dans la France de De Gaulle, c'est Oradour sur Glane qui est devenu le village martyre des exactions des meurtriers nazis (je rappelle ici, que lors des procès de Nuremberg, les crimes nazis ont été traités de crime contre l'humanité, en particulier dans le Vercors - Allez, cher "Monsieur Boutté" sur la page https://museedelaresistanceenligne.org/media976-Les-pendus-de-la-Mure-Vassieux-en-Vercors, qui présente la photo de deux hommes pendus " avec cette légende: “La photo représente un exemple des exactions allemandes dans le Vercors. Elle est une des plus connues. Par un système de cordes et de planche, les deux hommes, épuisés, se sont pendus mutuellement. Les corps n'ont été découverts qu'une quinzaine de jours après la pendaison par le groupe dirigé par Jean Veyer de Die.” Je ne sais pas si Jean Veyer était “communiste”, mais je sais ce que les habitants civils et les maquisards ont subi comme crimes contre l’humnanité dans tout le Vercors. Je vous épargnerai la description des autres exactions établies dès 1944 par les auteurs suisses Albert Béguin et autres dans leur “Le livre noir du Vercors”, actuellement en vente pour 126 Dollars, que j’ai acheté en Allemagne pour dix euros. C’est dire quelle valeur monétaire la mémoire des atrocités commises en France par les soldats allemands au nom du « bien public » du peuple allemand (concept perverti par les nazis menant une guerre d’aggression), soldats tout jeunes parfois, poussés à bout par leurs supérieurs. Alors, je vous demanderai, Monsieur Boutté, dix ans après votre commentaire, de respecter au moins en France et la mémoire des civils sacrifiés par les troupes allemandes, et la mémoire de tous les résistants à l’occupation allemande, de quelque bord politique qu’ils fussent. Ils ont donné leur vie. Et les rescapés ont souffert des commentaires et des reproches comme celui que vous avez formulé.
La fille d'un évadé du STO dans les pâturages cantaliens, décédé depuis.

Ty bihan (09-06-2024 17:54:27)

Je regrette que certains commentaires soient une offense aux résistants de cette époque. A titre d' Exemple, Jacques Chapou mérite mieux que ce qui est écrit par Monsieur Boutté. Je l' invite à lire la fiche du Maîtron qui lui est consacrée. Il y lira que " Kléber" s' est battu jusqu' à la dernière balle ( à Bourgneuf, Creuse) au point qu' après avoir vidé son chargeur sur les soldats allemands, il a gardé la dernière balle pour lui-même, se suicidant, pour ne pas tomber aux mains des Allemands. Une place et une statue lui rendent hommage à Cahors.

Ty bihan (09-06-2024 14:54:45)

En lisant le commentaire du sieur Boutté, j' ai pensé, que très bientôt, Vincent Reynouard, négationiste bien connu et protégé ferait bientôt office liturgique en.ce concerne Vichy, les juifs, les résistants communistes et autres. Heureusement, quelques historiens sérieux savent quels furent les agissements de la division Das Reich de Saint Céré à Oradour sur glane.

Liger (08-06-2020 18:01:59)

On peut critiquer l'irresponsabilité ou le cynisme des communistes.

MAIS on doit d'abord relever que Heinz Lammerding est mort dans son lit après avoir mené une existence prospère et confortable au lieu d'avoir été châtié pour ses crimes épouvantables : cela reste une tache indélébile sur l'honneur de la RFA dont maints responsables ont tout fait pour qu'il échappe à la Justice... et ce n'est malheureusement pas le seul cas.

Il ne s'agit pas de ranimer des haines, ce qui serait stupide et odieux, d'abord parce que les Allemands d'aujourd'hui n'ont aucune responsabilité dans ces crimes, mais de rappeler que la dénazification a connu des nombreux ratés dont certains - comme celui-ci - sont inexcusables.

« Certes, il faut [savoir] tourner la page, mais avant, il faut l'avoir lue. »
Jelio JELEV, Président de la Bulgarie - Cité dans Le Monde du 29 avril 1995

mjpg (08-07-2014 16:36:29)

la version officielle serait bien loin de la réalité,quant aux éléments déclencheurs des représailles allemandes. Un des témoins et me semble-t-il lui même déporté, donne une version tout autre que celle donnée dans l'article et ce dans un livre sur ce douloureux et tragique épisode.

Boutté (01-04-2014 17:52:48)

Lorsqu'à la fin 41 les Communistes sont enfin entrés en résistance, ils ont d'emblée commis des assassinats afin de provoquer les réactions typiques d'une armée en campagne dans un pays qui a levé les hostilités à son égard . Nombreuses furent donc les réactions de ce type qui ont conduit à un grand nombre de morts inutiles d'innocents .

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