23 avril 1944 - Dissolution du Ku Klux Klan - Herodote.net

23 avril 1944

Dissolution du Ku Klux Klan

Le 23 avril 1944, le « Magicien Impérial » James A. Colescott prononce la dissolution de son organisation, le Ku Klux Klan (KKK), non pas en raison de ses innombrables exactions criminelles et racistes mais pour échapper à un redressement fiscal de près de sept cent mille dollars.

Né dans l'ancien Sud esclavagiste après la guerre de Sécession, le Klan a bénéficié d'un regain de vitalité entre les deux guerres mondiales avant de sombrer dans le ridicule. Après avoir compté plusieurs millions de membres, y compris des hommes politiques plus tard appelés à la Maison Blanche, il survit depuis sa dissolution officielle de façon marginale, en lien avec divers groupuscules suprémacistes blancs.  

Le ressentiment des vaincus sudistes

Le premier Ku Klux Klan (KKK) a été fondé en mai 1866 à Pulaski, dans le Tennessee, à l'initiative de six anciens officiers confédérés (sudistes), humiliés par leur défaite à l'issue de la guerre de Sécession. Le nom de l'association dériverait du grec kuklos (cercle) et de klan, un terme vaguement écossais qui renvoie à la structure classique écossaise, fondée sur la famille au sens large du terme (le clan). Plusieurs des fondateurs étaient d'origine écossaise. L'un d'eux, un dénommé Kennedy, était d'origine irlandaise, mais protestant comme les autres !

Nathan Bedford Forrest (13 juillet 1821, Bedford, Tennessee ; 29 octobre 1877, Memphis, Tennessee)Tous ces hommes sont bien insérés dans la vie sociale, avec des revenus décents ou confortables, et l'un d'eux possède même le journal de Pulaski.

Au début, les membres du Klan se contentent de virées nocturnes à cheval, vêtus de draps et de taies d'oreiller, pour effrayer le voisinage. Puis ils se mettent à brutaliser ou tuer les anciens esclaves en vue de les empêcher de faire usage de leurs droits civiques. Ils utilisent aussi toutes les ressources de la loi pour établir un régime de ségrégation raciale et n'hésitent pas à s'en prendre aux Blancs libéraux.

Le Klan attire des planteurs excédés par les exactions des Nordistes ainsi que d'anciens soldats, officiers et généraux confédérés. Parmi ceux-ci figure Nathan Bedford Forrest, propriétaire d'esclaves et ancien général de cavalerie. Excellent tacticien, surnommé the Wizard of the Saddle ( « Sorcier de la Selle »), il traîne l'accusation d'avoir fait massacrer les six cents hommes de la garnison de Fort Pillow, dont une majorité d'anciens esclaves noirs, après qu'ils se soient rendus le 12 avril 1864. C'est lui qui devient le premier « Magicien Impérial » du KKK.

Dès 1869, Forrest prononce officiellement la dissolution de ce premier Klan. C’est le résultat du bilan terrible de ses actions à travers tout le Sud. Par centaines, noirs, hommes, femmes, enfants, ont été battus, torturés, assassinés et en outre, cela a été aussi le sort de très nombreux fonctionnaires républicains, de maîtres d’écoles, de docteurs venus dans le Sud dans le cadre du travail du Bureau des Affranchis.

Mais cette dissolution est purement tactique et l'on compte un minimum de 3 500 noirs assassinés jusqu'en 1875. L'« Empire invisible du Klan » poursuit ses exactions  malgré l'envoi de troupes fédérales dans les comtés du Sud. Il est vrai que l'essentiel de l'armée est mobilisé par les guerres indiennes.

En 1877, en échange du soutien que lui ont apporté les démocrates du Sud, le nouveau président Rutherford B. Hayes retire les troupes fédérales. Dans les États du Sud, des lois ségrégationnistes (lois « Jim Crow ») se mettent très officiellement en place avec le feu vert de la Cour suprême (arrêt Plessy vs Ferguson). Ses objectifs ayant été atteints, le premier KKK, qui a compté jusqu'à un demi-million de sympathisants, n'a plus de raison d'être !

Le renouveau du Klan

Naissance d'une Nation, par Griffith (1915)En 1915 sort le film de D.W. Griffith, Naissance d'une Nation, inspiré d'un médiocre roman de Thomas Dixon, The ClansmanL'Homme du Clan. Il remet le Ku Kux Klan au goût du jour en le présentant comme un noble mouvement au service de la « civilisation blanche ».

Et dès 1922, sous la direction de son nouveau « Magicien Impérial » Hiram W. Evans, le KKK « moderne » se targue de compter... huit millions de membres dans tout le pays - plus sûrement trois à quatre millions -, parmi lesquels de nombreux sénateurs, gouverneurs, maires, shérifs...

Même les quatre présidents Wilson, Harding, Hoover et Truman ont à un moment ou un autre de leur vie sympathisé avec lui.

L'organisation oriente sa hargne vers les Noirs mais aussi les catholiques, les juifs, les communistes, les immigrés.... Bref, beaucoup de monde. Mais elle se disqualifie dès avant la Seconde Guerre mondiale par ses accointances avec les nazis, par des scandales sexuels et par des affaires de corruption.

Hiram Wesley Evans, Sorcier impérial du KKK, en 1925 (26 septembre 1881 ; 14 septembre 1966) Le président Roosevelt et son Secrétaire du Trésor Morgenthau vont l'abattre comme AlCapone en pénétrant dans sa comptabilité.

C'est ainsi que James A. Colescott, devenu « Magicien Impérial » en remplacement d'Evans, dissout l’« Empire invisible » pour éviter de rembourser 685 305 dollars d’arriérés d’impôts sur les bénéfices des années précédentes !

Après une éclipse pendant la Seconde Guerre mondiale, le Klan va renaître une nouvelle fois de ses cendres à Atlanta, sous la forme d'une société secrète entourée d'un rituel fantasmagorique : croix enflammées dans la nuit, tuniques blanches et cagoules, messages et noms codés.

Il sombrera dans le ridicule en 1954 lorsqu'un espion infiltré dans ses rangs, Stetson Kennedy, révèlera au grand jour ses rituels et ses codes dans un livre, I rode with the Klan. Son exploit n'a rien à voir avec la mascarade cinématographique : BlacKKKlansman - J'ai infiltré le Ku Klux Klan (2018).

Sources bibliographiques

On peut se reporter aux ouvrages de Roger Martin : AmeriKKKa, Voyage dans l’Internationale néo-fasciste et la série BD AmeriKKKa, fondée sur des faits authentiques. Nous remercions l'auteur pour sa très utile contribution à la rédaction de cet article.

Par ailleurs, on peut aussi lire le témoignage de Stetson Kennedy, réédité aux éditions de l'Aube en 2006, J'ai appartenu au Ku Klux Klan.  

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2019-08-06 11:29:44

 
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