27 février-6 mars 1943

Cri d'amour dans la Rosenstraße

Le 27 février 1943, les nazis raflent à Berlin les derniers Juifs de la ville. Il s'agit pour la plupart d'hommes mariés à des femmes de souche « aryenne », autrement dit « de bonne race allemande ». Plusieurs centaines attendent dans un bâtiment de la Rosenstraße d'être déportés dans un camp d'extermination. Mais leurs épouses vont obliger le pouvoir à faire marche arrière.

Block den Frauen, mémorial aux manifestantes réalisée par Ingeborg Hunzinger en 1985 (Berlin-Mitte).

Des Allemands face à l'horreur

À la veille de ce drame, la plupart des Juifs encore présents en Allemagne au début de la Seconde Guerre mondiale ont déjà été déportés dans des camps d'extermination dans le cadre de la Solution finale mise au point par Hitler et ses sbires.

Seuls ceux mariés à des non-juifs - en allemand, les Mischehen - ont été provisoirement épargnés, ainsi que leurs enfants - les Mischlinge. Ils sont au nombre de 20 000 environ, dont la moitié à Berlin. Dépouillés de l'essentiel de leurs biens et chassés de leur profession, ils sont astreints aux travaux forcés dans des usines de munitions.

L'administration nazie est gênée dans son oeuvre de mort par les liens affectifs qui rattachent ces juifs aux autres Allemands. Elle s'efforce par tous les moyens de persuader les conjoints non-juifs de demander le divorce et dans ce cas, le conjoint délaissé ne tarde pas à être arrêté et déporté. Mais relativement rares sont les couples qui acceptent ainsi de se séparer.

Cependant, le 31 janvier 1943, les Allemands essuient à Stalingrad une cuisante défaite et le 13 février 1943, à Berlin, devant une foule hystérique, le ministre de la propagande Joseph Goebbels proclame la « guerre totale ». Pour Hitler, il n'est plus question d'épargner les derniers Juifs allemands. C'est ainsi que le 27 février 1943, la garde personnelle du Führer arrête les Juifs sur leurs lieux de travail par centaines cependant que des hommes de la sinistre Gestapo (la police politique) se rendent à leur domicile et enlèvent leurs enfants.

Les malheureux sont conduits dans cinq centres de détention au coeur de Berlin. L'un d'eux est situé au 2-4, Rosenstraße (rue des roses). Le bâtiment est à deux pas de la Burgstraße, une rue où se trouve le quartier général de la Gestapo pour les affaires juives.

Le soir, des épouses constatant l'absence de leur mari se rendent devant le centre de détention. Le lendemain, un dimanche, jour chômé, elles sont plusieurs centaines qui crient devant la façade: « Rendez-nous nos maris ! » Leurs maris, à travers les murs, leur répondent comme ils peuvent. La manifestation se prolonge les jours suivants et même après la tombée de la nuit, malgré un froid glacial. Elle rassemble par moments plusieurs centaines de personnes dont quelques hommes.

La Gestapo, rapidement alertée, fait intervenir la police. Mais à peine les policiers dispersent-ils le groupe que celui-ci se reconstitue aussitôt. Une brigade SS est appelée à la rescousse. Elle menace de mitrailler les manifestants mais la détermination de ceux-ci ne faiblit pas. Enfin, au bout d'une semaine, Goebbels, de guerre lasse, se résigne à suspendre la rafle des Mischehen. À partir du 6 mars, les détenus du 2-4, Rosenstraße sont autorisés à rejoindre leur famille.

Bibliographie

Cet épisode peu connu des persécutions antisémites montre que les citoyens allemands pouvaient faire fléchir les nazis et freiner le génocide juif... sous réserve de le vouloir vraiment.

Il a fait l'objet d'un film remarquable : Rosenstraße

On peut lire sur la résistance civile au nazisme le livre très bien documenté de Jacques Semelin : Sans armes face à Hitler, la résistance civile en Europe 1939-1943 (préface de Jean-Pierre Azéma, Bibliothèque historique Payot, 1989, 270 pages). De ce livre est tiré le récit ci-dessus.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2022-02-24 13:20:46
Ghislaine S (22-03-2022 13:35:12)

Et les enfants (mischlinge) que sont-ils devenu ?

Pierre Marie (26-12-2019 17:17:51)

@ Erik (28-02-2018 18:40:44)
Je fais part de mon grand étonnement de commentaires pour le moins mal orientés et dont l'expression sonne faux sur un site dont on ne peut mettre en doute la véracité de toutes les sources. S'il peut, parfois s'introduire des remarques plus personnelles, je ne vois pas pourquoi certains commentateurs expriment leurs doutes. On aimerait bien connaître les raisons profondes de leur scepticisme.

Erik (28-02-2018 18:40:44)

Comment dire? Cette histoire me semble sonner faux comme une pièce d'étain. Ou alors c'est tout ce que l'on nous a dit auparavant qui était faux. Étrange ce malaise.

Jean LOIGNON (26-02-2017 22:35:13)

Sur quelques 25 000 Justes parmi les Nations, on compte 569 Allemands. Le plus connu est Oskar Schindler, dont la vie a inspiré le film de Spielberg "la Liste de Schindler".

S.Guimet (26-02-2017 13:25:00)

C'est une question. Est-ce que ces épouses ont été reconnues comme Justes parmi les nations ? Et d'ailleurs y a-t'il des Allemand(e)s reconnu(e)s comme tel(le)s ?

Christophe GROS (22-02-2010 14:04:48)

Une phrase importante dans ce reportage de qualité, au travers de la réalité incontestable du Génocide... "... sous réserve de le vouloir vraiment"...

Surtout que maintenant qui douterait encore que personne n'était informé ou n'avait pas connaissance de l'existence de la Shoah ?...

Certes, pas tout le peuple allemand... mais certainement pas qu'une minorité et encore moins les élites...

Pour le 2-4 Rosenstrasse... C'est l'Amour qui a fait reculer le monstre ces jours là... Un bel exemple de courage et d'abnégation... de volonté et de fidélité...

Témoignage important dans la transmission de la mémoire de l'Humanité...

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