Le 15 décembre 1941, pendant l'occupation allemande, 75 otages juifs et/ou communistes sont fusillés au mont Valérien, un ancien fort à l'ouest de Paris. Le même jour, 25 autres otages sont fusillés en province.
C'est le point d'orgue de la « politique des otages » menée par les Allemands pour tenter d'étouffer la Résistance.
Le 23 décembre 1940, Paris se couvre d'une affiche terrifiante : « L’ingénieur Jacques Bonsergent a été condamné à mort par le tribunal militaire allemand pour acte de violence envers un membre de l’armée allemande. Il a été fusillé ce matin ».
Le jeune homme (28 ans) avait été arrêté six semaines auparavant parce qu'il avait participé à une rixe nocturne avec des soldats. Hitler s'est servi de lui pour lancer un avertissement au maréchal Pétain, qui avait révoqué dix jours plus tôt le vice-président Pierre Laval et refusé d'assister aux Invalides au retour des cendres de l'Aiglon.
Jacques Bonsergent peut être considéré comme le premier otage français mais son cas restera isolé jusqu'à l'été 1941.
Attentats et répression
Les premières exécutions massives d'otages sont intervenues après l'invasion de l'URSS par la Wehrmacht, le 22 juin 1941, quand les communistes français décidèrent enfin de participer à la Résistance.
Cela commence le 21 août 1941 quand, dans le métro parisien, un militant communiste de 22 ans, Pierre Georges, futur « colonel Fabien », abat au hasard un militaire allemand. Les Allemands, sur ordre de Hitler, réagissent aussitôt avec la plus extrême brutalité en exécutant des dizaines d'otages extirpés des maisons d'arrêt.
Le 28 septembre 1941, ils publient une ordonnance dite « code des otages » qui fixe le prix du sang pour les attentats dont les auteurs n'auront pas été retrouvés. Ce faisant, ils mettent un terme à la précaire cohabitation pacifique entre l'armée d'occupation et le peuple français et tombent dans le piège tendu par les communistes...
Les Français, en effet, se radicalisent. D'un côté se multiplient les actes de résistance, de l'autre les dénonciations anonymes à la police française ou, pire, à la police allemande, la Gestapo.
L'exécution à Châteaubriant, en Bretagne, le 22 octobre 1941, de 27 détenus communistes va particulièrement choquer l'opinion et faire comprendre aux Allemands le caractère « contre-productif » des exécutions d'otages. Ils les suspendent illico.
Deux ans plus tard, néanmoins, le 2 octobre 1943, ils fusillent en un seul jour 50 détenus du camp de Romainville en réaction à l'assassinat de Julius Ritter, chef du service de la main-d'oeuvre.
Tandis que se rapproche la fin de la guerre et la défaite de l'Allemagne, les exécutions d'otages reprennent de façon systématique. En quelques mois, près d'un millier d'otages paient de leur vie les attentats commis contre les occupants. Le mont Valérien conserve le souvenir de nombre d'entre eux.
Parmi les otage fusillés au mont Valérien le 15 décembre 1941 figurait Gabriel Péri (39 ans), ancien député communiste et journaliste à L'Humanité, l'organe officiel du Parti communiste français (PCF).
Spécialiste de la politique internationale dans le quotidien communiste, Gabriel Péri dénonça très tôt le péril nazi... Mais cela n'empêcha pas Staline de conclure avec Hitler un pacte de non-agression le 23 août 1939.
Ce pacte rendit le PCF supect de collusion avec l'ennemi et lui valut d'être interdit par le gouvernement français le 26 septembre 1939, après la déclaration de guerre de la France à l'Allemagne. La parution de L'Humanité fut elle-même suspendue.
Le secrétaire général du parti, Maurice Thorez, se réfugia à Moscou pour n'avoir pas à combattre dans les rangs de l'armée française. Jacques Duclos dirigea le Parti communiste clandestin en son absence.
Le 14 juin 1940, peu après l'entrée des Allemands à Paris, il demanda à la Propagandastaffel l'autorisation de reparaître. Gabriel Péri protesta alors contre cette compromission du Parti avec l'occupant, ce qui lui valut d'être écarté de la rédaction. Finalement, il fut arrêté le 18 mai 1941 par la police française, vraisemblablement dénoncé par un « camarade» communiste, voire par l'un des chefs du Parti (Jacques Duclos ?), sans que toute la lumière ait été faite sur cette arrestation.
À cette date, au printemps 1941, le vent était en train de tourner. Hitler multipliait les menaces contre la « patrie du socialisme réel », l'Union soviétique du camarade Staline. Les communistes français se préparaient à entrer en résistance, donnant raison, mais un peu tard, à Gabriel Péri.
Livré aux Allemands par Pierre Pucheu, ministre de l'Intérieur du gouvernement de Vichy, Gabriel Péri apprit le 14 décembre 1941 qu'il allait être exécuté comme otage. Il écrivit dans sa dernière lettre : « Que mes compatriotes sachent que je vais mourir pour que vive la France... »











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lb.dutignet (15-12-2024 12:25:14)
J'ai été particulièrement choqué par cette fin de phrase , s'agissant des la politique des otages , des Allemands" tombant dans le piège tendu par les communistes ".
Que je sache , fin septembre 1939 , il y a quatre mois que les nazis ont envahi l'URSS, y pratiquant d'entrée de jeu la " Shoah par balles " et la destruction systématique des villages traversés: tous les hommes instruits immédiatement fusillés , adultes en âge de travailler épargnés , femmes " potables " réservées aux bordels militaires , tout le reste enfermé dans l'église à laquelle on met le feu .Tous les historiens sont unanimes , plus de 1500 villages russes ont subi le sort d'Oradour/Glane .
D'autre part , dès 1928 , devant la montée des fascismes en , Europe , Italie , Espagne,
Allemagne , l'URSS ,par la voix de Litvinov , aux Affaires Etrangères , et Maïsky, ambassadeur en Grande-Bretagne, ont insisté pour créer un front uni contre ces dangers .
Les Occidentaux ont constamment laisser traîner les pourparlers , espérant voir les deux extrêmes se dévorer entre eux (Mémoires de Maïsky , témoignages des participants militaires français , sans pouvoirs décisionnels , aux échanges à Moscou , etc...)
Finalement Staline , qui , lui, avait lu " Mein Kampf "( A " L'Ouest , seul Churchill avait compris et ira à Moscou pour signer un traité par la suite ) et savait le sort que leur réservait Hitler , suivra enfin les conseils de Molotov , limogera Litvinov et Maïsky , et signera le pacte germano-soviétique. Raison principale: l'état de l'Armée Rouge , pas prête avant l'été 1942 ( même constat pour l'armée française de l'époque ! )
Dans le même temps , ce sur quoi peu ont insisté , il lancera le déménagement de plus de 1500 usines d'armement au-delà de l'Oural , les mettant ainsi à l'abri des Allemands
L'URSS vaincue , les Allemands ayant l'accès au pétrole roumain, aux ressources industrielles et agricoles des pays conquis , quel aurai été le sort de l'Europe ? .
Et , malgré l'entrée en guerre des USA , quelle aurait été la durée de la guerre , et le prix qu'aurait coûté la victoire ?
Hors de question de tresser la moindre couronne à Staline , mais ne pas minimiser non plus des décisions qui ont pesé lourd dans nos chances de survie .
L'aveuglement obsessionnel et la phobie " communiste "ont eu un prix exorbitant pour les populations de tous les pays à cette époque .
Lucien Alexandre Marion (14-07-2006 19:11:07)
Puisse leurs memoires se perpetuer dans le temps.