7 décembre 1941

Les Japonais attaquent Pearl Harbor

Le dimanche 7 décembre 1941, au petit matin, des nuées d'avions japonais attaquent par surprise la flotte de guerre américaine à Pearl Harbor, sur l'île d'Oahu, dans l'archipel des Hawaï. Trois heures plus tard, le gouvernement japonais transmet à son homologue américain une déclaration de guerre en bonne et due forme. 

Trois jours plus tard, c'est au tour de l'Allemagne et de l'Italie, alliées du Japon, de déclarer la guerre aux États-Unis. D'européenne, la guerre déclenchée en 1939 sur la frontière germano-polonaise devient mondiale...

André Larané

Dès 7h40, la base américaine sur l’île d’Oahu, à Hawaï est attaquée. Agrandissement : les cuirassés de l'US Navy USS West Virginia et USS Tennessee en feu après le raid aérien japonais sur Pearl Harbor.

L'impérialisme japonais dos au mur

Dix ans plus tôt déjà, le Japon, dirigé par une junte militaire, a envahi la Mandchourie, province périphérique de la Chine. Puis, l'appétit lui est venu et il s'est lancé à la conquête de la Chine elle-même sans reculer devant d'effroyables atrocités comme le « viol de Nankin » en 1937. En septembre 1939, toutefois, ses armées subissent une cuisante défaite en Mandchourie, sur la rivière Khalkin Gol, face aux troupes soviétiques du général Joukov.

Dès lors, le Japon va soigneusement éviter tout nouvel affrontement avec les Soviétiques en dépit de son alliance avec les deux grandes dictatures européennes à partir du 27 septembre 1940, au sein de l'Axe Rome-Berlin-Tokyo. Il va entreprendre la conquête de l'Asie orientale et du Pacifique, jusqu'aux Indes britanniques et l'Australie.

Les États-Unis, première puissance mondiale, près de dix fois plus riches que le Japon, auraient pu s'en tenir à leur tradition isolationniste, inaugurée par la doctrine de Monroe et seulement suspendue en 1917-1920, le temps de dicter le traité de Versailles. Mais le président Franklin Roosevelt, faisant fi du Congrès américain, ne ménage pas son soutien aux Britanniques en lutte contre le IIIe Reich allemand. Il s'inquiète tout autant de l'impérialisme japonais. Il va pour le combattre user d'une provocation économique en suspendant d'abord en janvier 1940 le traité commercial qui lie les États-Unis au Japon depuis 1911, puis en décrétant le 26 juillet 1940 un embargo sur la limaille de fer, l'acier et surtout le pétrole. Le minerai de fer, la fonte, le cuivre et le laiton viennent ensuite.

Isoroku Yamamoto (4 avril 1884, Nagaoka ; 18 avril 1943, Îles Salomon)Cet embargo est insupportable pour le Japon, totalement dépourvue de matières premières. Sans grand espoir, il entame des négociations discrètes avec les États-Unis le 8 mars 1941 mais il est clair pour chacun que la guerre devient probable.

L'amiral Isoroku Yamamoto, qui commande la Flotte impériale et connaît très bien les États-Unis, prédit : « dans l'hypothèse d'une guerre avec les États-Unis et la Grande-Bretagne, je peux bien vous mener de victoire en victoire pendant six mois à un an mais si la guerre se prolonge, je n'ai aucun espoir de succès ».

Le 16 octobre 1941, le Premier ministre Fumimaro Konoe, hostile à la guerre, présente sa démission à l'empereur Hirohito, lequel nomme à sa place le général Hideki Tojo, partisan déclaré de la guerre. 

Le 20 novembre 1941, dans une ultime concession, le nouveau gouvernement propose d'évacuer l'Indochine française qu'il vient d'occuper. Mais le Secrétaire d'État américain Cordell Hull se montre inflexible. Le 26 novembre 1941, en contrepartie de la levée de l'embargo, il exige rien moins que le renoncement par le Japon à toutes ses conquêtres. C'est une déclaration de guerre à peine déguisée.

On se résout donc à frapper brutalement les États-Unis dans l'espoir fou de les obliger à conclure un armistice rapide et de les renvoyer à leur isolationnisme. Après tout, l'Allemagne n'avait-elle pas vaincue en six semaines l'armée française qui avait depuis 1918 la réputation d'être la meilleure du monde ?

Dans cette affaire, le Japon doit compenser sa faiblesse par la surprise. Décision est donc prise de déclarer la guerre aux États-Unis et d'attaquer dans les minutes qui suivent l'une des grandes bases navales américaines de l'océan Pacifique. Tant mieux si l'attaque porte d'emblée un coup fatal à la flotte américaine (notons qu'Israël n'a pas agi différemment dans la guerre des Six Jours en détruisant en quelques heures les aviations arabes). Tout va se dérouler comme prévu... à quelques détails près. 

Fuite en avant

L'amiral Yamamoto met sur pied le « plan Z » en vue d'attaquer Pearl Harbor, dans l'archipel américain des Hawaï, en plein océan Pacifique, à 5500 km des côtes japonaises.

Les pilotes de l'aéronavale ont subi un long entraînement dans le plus grand secret. Leurs avions ont été équipés de torpilles spéciales, capables de plonger dans les eaux très peu profondes de la base américaine.

Le 25 novembre, la flotte nippone rassemblée dans les ports de l'archipel des Kouriles lève l'ancre et se dirige vers l'est. Elle compte un total de 32 navires (y compris huit pétroliers de ravitaillement), dont six porte-avions (sur les dix que possède le Japon) avec 353 avions embarqués, deux cuirassés, deux croiseurs lourds, onze contre-torpilleurs. Elle compte aussi 27 sous-marins.

Le 4 décembre, la flotte bifurque au sud, vers Hawaï, où l'état-major américain n'a jamais imaginé qu'une attaque pourrait venir du nord. L'amiral Husband Kimmel, qui commande l'US Navy de Pearl Harbor, a fait fi des mouvements suspects rapportés par ses services de renseignement et maintenu les permissions accordées aux soldats et aux marins. L'insouciance est de mise à l'approche de ce beau dimanche hawaïen.

La flotte japonaise se laisse guider par la musique de jazz de la radio de Honolulu. C'est ainsi qu'elle peut s'approcher à 500 km de l'archipel sans être repérée par les radars. Le code de déclenchement de l'attaque est « Tora, Tora, Tora » (Tigre en japonais).

Les 183 avions de la première vague d'assaut neutralisent d'abord les bases aériennes en détruisant les avions au sol. Puis ils  piquent vers les navires rangés dans la rade (90 au total !), en volant entre dix et quarante mètres au-dessus des vagues. Les premières torpilles frappent à 7h40. À cette heure-là, ainsi que le savent les Japonais, la surveillance radar a été suspendue depuis déjà 40 minutes, pour cause de jour chômé. Les Américains vaquent aux occupations de routine d'un dimanche matin.

Dans les tours de contrôle, on croit d'abord à un exercice d'entraînement. À un officier qui donne l'alerte, on répond : « Retournez vous coucher, vous faites un mauvais rêve ». Dans la base navale, la plupart des officiers sont à terre et ne comprennent pas ce qui se passe jusqu'à ce que circule un message : « Raid aérien sur Pearl Harbor. Ce n'est pas un exercice ».

Une deuxième et dernière vague de 137 avions frappe la base à 9h 45 mais les Américains s'étant remis de leur surprise, ils sont accueillis par un feu nourri de DCA.

En deux heures, les Japonais auront détruit ou endommagé huit cuirassés ainsi que 3 croiseurs, 3 destroyers et 4 navires auxiliaires. 188 avions ont été aussi détruits. Au total 2403 marins américains ont été tués et plus d'un millier blessés (à titre de comparaison, l'attaque anglaise sur Mers-el-Kébir le 3 juillet 1940 aura tué 1297 marins français).

Du côté des assaillants, les pertes sont très faibles avec 29 avions détruits et 55 tués.

Fort heureusement, les trois porte-avions affectés à la flotte du Pacifique ne sont pas présents sur les lieux et échappent de ce fait à de graves dommages. Deux se trouvaient dans les environs : l'Enterprise, qui livrait des avions à l'île de Wake, et le Lexington, qui était en route pour Midway pour la même raison.

Le troisième, le Saratoga était, lui, aux États-Unis, à San Diego, pour réparations. D'autre part, six des huit cuirassés attaqués seront rapidement remis en service. La contribution de ces bâtiments à la riposte américaine sera essentielle.

La guerre devient mondiale

Pendant ce temps, à Washington, l'ambassadeur japonais Nomura se disposait à remettre en main propre au Secrétaire d'État Hull une réponse à son mémorandum du 26 novembre. Il s'agissait de fait d'une déclaration de guerre. Las, les lenteurs de l'administration et de la traduction vont le retarder et c'est une heure après le début de l'attaque de Pearl Harbor que le ministre américain reçoit le document. Dès le lendemain, devant le Congrès, le président Roosevelt allait exploiter cette faute en dénonçant la félonie d'une attaque sans déclaration de guerre préalable. Il s'ensuit une union sacrée et le Congrès déclare la guerre au Japon.

Trois jours plus tard, l'Allemagne et l'Italie, alliées du Japon, déclarent à leur tour la guerre aux États-Unis. Ce faisant, Hitler se dit que ses sous-marins pourront attaquer sans aucune restriction les navires américains qui approvisionnent le Royaume-Uni et l'URSS. Avec l'attaque de Pearl Harbor, le conflit qui avait éclaté en Europe deux ans plus tôt à l'initiative de Hitler devient véritablement mondial. 

Les États-Unis sont entraînés à leur corps défendant dans une guerre sur deux fronts, en Europe contre l'Allemagne et dans le Pacifique contre le Japon. Roosevelt sait que les Japonais n'ont pas la capacité de résister durablement et sont voués à perdre la guerre. Il n'en va pas de même des Allemands. Dès le début de 1942, le président américain choisit de porter l'essentiel de ses efforts sur le front européen, au grand soulagement de Churchill et de Staline.

Roosevelt savait-il ?

Les Japonais sont coutumiers de l'entrée en guerre par une attaque surprise et sans déclaration préalable. En 1904, ils ont ainsi attaqué la base russe de Port-Arthur, en Chine du nord. Dans les années 1930, le général Tojo et l'empereur Showa (Hiro Hito) ont de même envahi la Mandchourie puis agressé la Chine.
Suite à l'attaque de Pearl Harbor, Husband E. Kimmel est rétrogradé au rang de contre-amiral.À l'automne 1941, le Japon affiche l'ambition de créer en Asie et dans le Pacifique une « sphère de coprospérité » à sa dévotion. Les responsables américains s'attendent donc à une attaque de leur part. Mais aucun ne sait quelle base du Pacifique en fera les frais : Guam ? Les Philippines ? Pearl Harbor ?
Le président Franklin Delano Roosevelt n'est pas en mesure d'empêcher cette attaque japonaise sauf à désarmer toutes ses bases de l'océan Pacifique et à lever le drapeau blanc.
Eût-il connu à l'avance l'objectif visé qu'il ne lui aurait servi à rien de le protéger. S'il l'avait fait, les Japonais auraient changé de plan au dernier moment et attaqué une autre base.
On peut raisonnablement penser que le président soupçonnait une attaque sur Pearl Harbor et qu'il a voulu limiter la casse en laissant quelques cuirassés et surtout les porte-avions quitter le port dans les jours précédents.
L'amiral Kimmel, commandant en chef de la flotte américaine du Pacifique, limogé trois mois après l'attaque, n'en a pas moins prétendu pour sa défense que celle-ci faisait partie d'un plan machiavélique de Roosevelt désireux d'entraîner le pays dans la guerre contre l'Axe germano-italo-japonais.

Publié ou mis à jour le : 2023-12-07 09:41:29
MICHEL06 (08-12-2021 14:06:45)

La these de "Roosevelt/les USA avaient prévu l' attaque" est abandonnée par la plupart des historiens:
1/il faut voir beaucoup de cynisme chez ROOSEVELT pour accepter autant de pertes
2/ les sanctions US étaient elles des "provocations" ? Roosevelt a voulu freiner l' expansionnisme/militarisme japonais (attaques de la Mandchourie , de la Russie, de la Corée, de Taiwan, de la Chine) par l' économie pour éviter une guerre: ça n' a pas marché, mais n' est-ce pas ce que font toutes les démocraties depuis 75 ans envers les dictatures ?
2/ les USA s'attendaient à des SABOTAGES plus qu'à une attaque
voir le doc actuellement:
https://www.france.tv/documentaires/histoire/2927999-pearl-harbor-le-monde-s-embrase.html
M. Larané va t -il encore céder à son antiaméricanisme ?

Jean Louis Taxil (07-12-2013 12:06:26)

"...7 décembre 1941, une date qui restera dans l'Histoire comme un jour d’infamie, les États-Unis ont été attaqués délibérément par les forces navales et aériennes de l'empire du Japon". L'isolationisme des USA ne pouvait se prolonger. Il aurait conduit à un isolement quasi-total du pays, pris entre une riche 'sphère de coprospérité' et un espace germanisé extraordinairement re-vitalisé. L'article conduit à lire nombre de livres détaillant ces questions stratégiques et économiques. Sans oublier "L'aviateur du Pacifique", fiction du capitaine Danrit, alias du brillant colonel(?) français Driant, prophétisant l'attaque japonaise de Pearl Harbour, écrit dans les années 10/2O.
Pour l'anecdote, l'amiral Yamamoto, qui connaissait les USA et son énorme potentiel industriel, s'était montré très clair envers son gouvernement sur la réaction américaine et les chances de poursuivre des hostilités au-delà de deux ans. Cordialement.

vanos (07-12-2013 07:44:32)

"On peut raisonnablement penser que le président soupçonnait une attaque sur Pearl Harbor et qu'il a voulu limiter la casse en laissant quelques cuirassés quitter le port dans les jours précédents."
Non, pas les cuirassés (ils étaient tous là) mais les porte-avions.

A. BERNARD (10-10-2006 11:05:09)

L'histoire est une science qui mérite respect et surtout sérieux. Votre article est certe réaliste,mais il lui manque ce petit élément qui fait passer une explication généraliste à une vision réaliste de l'histoire. Prenons les faits: pertes américaines 8 cuirassés, 3 croiseurs, 3 destroyers et 3 navires auxiliaires. Certes dans l'instant cela semble exact, mais la réalité est plus complexe
Les pertes US réélles sont à revoir nettement à la baisse.
2 cuirassés sont réellement perdus : l'Arizona, suite à l'explosion de sa soute à munition avant, et l'Oklahoma qui, touché par 4 torpilles, chavirera, renfloué en 1942 il sera envoyé à san Diego ou aprés expertise les autorités navales préfereront l'envoyer à la ferraille, la reconstruction eut été trop couteuse pour un résultat douteux. Les 6 autres seront remis en état.

Croiseurs: 3 endommagés et non détruits, le Raleight, vieux rafiot inutilisable dans les combats modernes, remis en état et servant sur des théâtres secondaires. L'Héléna et l'Honolulu, tous 2 seront réparés suffisamment vite pour combattre aux Iles salomon.

Destroyers 3, le Shaw définitivement détruit, le Cassin et le Down, dont les machines et l'armement seront récupérées et utilisés sur de nouvelles coques.

Auxiliaire: le Curtiss, l'Oglala et le Vestal qui seront récupérés et réparés. Et enfin un ancien cuirassé désarmé qui sert de bateau cible radiocommandé l'Utah, et que les Japonais ont pris pour un navire en état de combattre. Là, ce n'est pas une grosse perte. Il sera quand même renfloué et demoli pour se servir de l'acier.

En réalité cette attaque est surtout une fausse victoire japonaise, du point de vue naval, car les 8 cuirassés sont inaptes à un combat moderne, trop lents (20 noeuds maximum), pas d'armement antiaérien valable, un blindage désuet.

L'erreur japonaise aura été de ne pas s'attaquer aux réels objectifs stratégiques, les dépots de fuel, de pièces détachées et surtout aux cales sèches.

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