6-14 juillet 1938

La conférence d'Évian sur les Juifs

Désemparé face à l'antisémitisme nazi, le président américain Franklin D. Roosevelt propose une conférence internationale en vue de secourir les Juifs dont ne veulent plus les Allemands. Celle-ci se réunit à huis clos du 6 au 14 juillet 1938 à Évian, au bord du Léman.

Aucun des pays représentés n'ayant véritablement envie de recueillir des réfugiés juifs allemands, la conférence n'aboutira à aucun résultat. 

La conférence d'Évian (juillet 1938)

Jeu de dupes

Suite à la prise de pouvoir d'Hitler, les Juifs allemands (1% de la population du pays) ont fait l'objet de brimades et de persécutions de plus en plus brutales, surtout après les lois antisémites de 1935. Un nombre croissant de familles s'est alors résigné à fuir le pays. Mais, confrontés à la crise économique née du krach de 1929, les pays occidentaux rechignent toutefois à les accueillir.

Aux États-Unis, le président Roosevelt est soumis à des pressions opposées, d'une part de la part des mouvements juifs et libéraux qui réclament d'accueillir les Juifs allemands, d'autre part de la part des milieux conservateurs et syndicaux qui ne veulent pas d'une remise en cause des quotas d'immigration. Il va donc botter en touche en proposant une Conférence internationale pour les Réfugiés. Il est sûr qu'elle aboutira à une fin de non-recevoir et il pourra en tirer argument pour exclure tout amendement aux lois sur l'immigration.

Refus sous tous prétextes

32 pays se font représenter à Évian (l'Allemagne n'est pas invitée, l'URSS et la Tchécoslovaquie ne s'y font pas représenter). C'est pour affirmer unaniment leur refus d'ouvrir leurs ports aux 650 000 Juifs allemands et autrichiens, qualifiés par euphémisme de « Réfugiés ».

Les refus se fondent sur des préjugés ou des hypothèses bien plus que sur des faits, comme l'avoue ingénument le délégué australien : « Dans les circonstances présentes, l'Australie ne peut faire plus... Nous n'avons pas de problème racial notable et nous ne voulons pas en importer un ».

La Suisse estime avoir déjà fait le plein de réfugiés autrichiens et rétablit des visas avec son voisin. Elle va même demander à l'Allemagne de tamponner la lettre J sur les passeports de ses ressortissants juifs afin de pouvoir plus facilement les identifier et les repousser à sa frontière !

Un seul pays fait exception : la République dominicaine, dont le dictateur Trujillo fait savoir le 12 août 1938 qu'il serait disposé à accueillir deux cent mille réfugiés car il souhaite « blanchir » sa population ; cette offre équivoque est repoussée.

La presse allemande, triomphante, titre au lendemain de la conférence : « Juifs à vendre ; même à bas prix, personne n’en veut ! ». Hitler, dans les jours qui suivent, ne se prive pas de dauber sur cet échec : « C'était honteux de voir les démocraties dégouliner de pitié pour le Peuple juif et rester de marbre quand il s'agit vraiment d'aider les Juifs ! »

Publié ou mis à jour le : 2021-08-11 15:09:18

 
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