30 janvier 1933

Hitler devient chancelier de l'Allemagne

Le chancelier Adolf Hitler et le vice-chancelier Franz von Papen procèdent à l'ouverture du Reichstag le 21 mars 1933Le 30 janvier 1933, Adolf Hitler est appelé à la Chancellerie (un poste équivalent à celui de Premier ministre).

Le président de la République, le vieux maréchal Paul von Hindenburg (86 ans), demande à Hitler (43 ans), chef ou Führer du parti national-socialiste allemand (le NSDAP, en abrégé nazi), de former le nouveau gouvernement allemand. C'est l'aboutissement inattendu d'un parcours chaotique marqué par de nombreux revers.

L'accession au pouvoir de Hitler ne doit rien en effet au vote populaire, son parti ayant recueilli moins d'un tiers des suffrages aux précédentes élections.

Il est le produit de l'inconséquence des milieux conservateurs en cheville avec les milieux financiers, qui se sont crus plus « malins » que le trublion nazi et ont fait fi des choix démocratiques. Le même scénario s'était produit dix ans plus tôt avec l'accession au pouvoir de Mussolini en Italie.

André Larané

La République de Weimar saisie par le doute

Catholique et conservateur, Franz von Papen (1879-1969) succède le 1er juin 1932 au chancelier Heinrich Brüning, lequel a tenté pendant deux ans de sortir l'Allemagne de la crise de 1929. Il a pratiqué pour cela une politique de rigueur qui a plutôt aggravé la situation et lui a valu l'hostilité des grands propriétaires agrariens de la Prusse, parmi lesquels le Reichspresident Paul von Hindenburg.  

Von Papen va demeurer à la Chancellerie jusqu'au 3 décembre 1932 avant d'être brièvement remplacé par le général Kurt von Schleicher (1882-1934) pendant les dernières semaines de 1932 et les premières de 1933.

5 juin 1932. Debout, de gauche à droite : Franz Gürtner, ministre de la Justice, Hermann Warmbold, ministre de l'Économie et Kurt von Schleicher, chancelier et ministre de la Défense du Reich, assassiné en 1934. Assis de gauche à droite : Magnus von Freiherr Braun, ministre de l'Alimentation du Reich, Wilhelm Friedrich von Freiherr Gayl, ministre de l'Intérieur, Franz von Papen, Chancelier, Vice-Chancelier, Ambassadeur et Konstantin von Freiherr Neurath, ministre des Affaires étrangères.

Tractations indignes

Dr Hjalmar Schacht en 1931 (22 janvier 1877, Tinglev ; 3 juin 1970, Munich)La nomination surprenante de Hitler fait suite à des tractations menées par le docteur Hjalmar Schacht. Ce dernier est un financier réputé. Ancien président de la Reichsbank, il est à l'origine du redressement spectaculaire de l'économie allemande après la crise monétaire de 1923, « l'année inhumaine ».

Avec quelques autres sommités du monde économique, il demande par lettre à Hindenburg de nommer à la chancellerie le « chef du groupe national le plus nombreux », autrement dit Hitler. Il y voit le moyen de détourner les masses populaires des communistes et de les rallier à la République de Weimar !

Il est vrai qu'en 1932, l'horreur absolue est représentée par le communisme. À défaut d'être informés des méfaits de Staline, les démocrates gardent un souvenir horrifié de la République des Conseils à Munich comme de la dictature de Bela Kun en Hongrie et de la guerre civile en Russie, une dizaine d'années plus tôt.

Les dirigeants allemands, qui ont perdu la confiance des citoyens à cause de leur politique de « déflation », espèrent que Hitler saura s'opposer à la menace d'une prise de pouvoir bolchévique, rétablir l'autorité de l'État et agir en personne responsable. 

Hjalmar  Schacht organise une rencontre entre le chancelier Franz von Papen et Adolf Hitler  le 4 janvier 1933 dans une villa mise à disposition par le banquier Kurt von Schröder.

À la suite de celle-ci, von Papen soutient la nomination de Hitler comme chancelier sous réserve que lui-même soit vice-chancelier et qu'il n'y ait que deux autres nazis au gouvernement. Ce seront Wilhelm Frick, ministre de l'Intérieur du Reich, et Hermann Göring, ministre sans portefeuille mais par ailleurs ministre de l'Intérieur du Land de Prusse.

Le jour de sa nomination au poste de chancelier allemand, Adolf Hitler salue une foule d?Allemands enthousiastes d?une fenêtre de l?immeuble de la Chancellerie. Berlin, Allemagne, 30 janvier 1933, Washington, United States Holocaust Memorial Museum.Von Papen et les conservateurs espèrent se servir du Führer nazi pour enrayer la menace communiste. Pleins d'illusions, ils croient pouvoir le garder en main. Son parti, le NSDAP, est en effet en perte de vitesse depuis les élections législatives du 6 novembre 1932 qui lui ont valu 33,1% des suffrages au lieu de 37,3% en juillet 1932. Il a perdu deux millions de voix sur un total de 17 millions en quatre mois.

Reste à obtenir l'accord du Reichspresident, lequel éprouve le plus grand mépris pour Hitler, caporal sorti de nulle part. Hitler lève ses réticences en nouant avec lui, le 22 janvier 1933, un authentique pacte de corruption ainsi que le qualifie l'historien Johann Chapoutot. Il promet à Hindenburg, issu d'une famille de Junkers prussiens, que les agrariens (grands propriétaires de l'Est) jouiront de leurs terres et continueront de bénéficier des aides publiques (Osthilfe). Cela convient tout à fait au Maréchal-Président qui n'avait pas apprécié les tentatives de réformes agraires des précédents chanceliers Brüning et Schleicher.

Enfin au sommet, le chancelier Hitler constitue de la façon la plus légale un gouvernement largement ouvert aux représentants de la droite classique. Il ne compte donc que trois nazis, Hitler compris. Von Papen reste lui-même vice-chancelier. 

Faute de majorité absolue au Parlement, Hitler paraît loin de pouvoir gouverner à son aise. Personne ne prend au sérieux son programme raciste et antisémite qu'il a au demeurant mis en sourdine. Beaucoup d'Allemands pensent par contre qu'il peut redresser le pays en proie à la crise économique.

Le chancelier Hitler et le Reichspresident Paul von Hindenburg (mars 1933)

Course à la dictature

Avec une rapidité foudroyante et par des moyens tout à fait illégaux, Hitler procède à une « mise au pas » (Gleichsschaltung) audacieuse et asseoit sa dictature en dépit de la faible représentation de son parti au gouvernement et au Reichstag.

Dès le lendemain de son investiture à la Chancellerie, le 1er février 1933, Hitler obtient de vin Hindenburg une dissolution du Reichstag, non convenue au départ. Les nouvelles élections sont fixées au 5 mars 1933. Dans le même temps, il présente son gouvernement comme celui de la « dernière chance d’éviter une guerre civile » et trace ce que son chef de la propagande, Josef Goebbels, appelle « les grandes lignes de la lutte armée contre la terreur rouge ».

La police est fondée à saisir les journaux qui le critiquent, comme à disperser les meetings qui le contestent. De leur côté, les miliciens de son parti, les Sections d'Assaut (SA), terrorisent l'opposition en guise de campagne électorale (ils commettent pour le moins 51 assassinats).

Hermann Goering en 1932 (12 janvier 1893, Rosenheim ; 15 octobre 1946, Nuremberg)Ils bénéficient de la position-clé de l'un des principaux acolytes de Hitler, à savoir Hermann Göring (ou Goering). Celui-ci est en effet ministre de l'Intérieur du principal État allemand, la Prusse. Il en profite pour manipuler la police, révoquer les fonctionnaires hostiles, placer des nazis aux postes essentiels...

Surtout, Göring a sous ses ordres 90 000 policiers, soit la moitié des effectifs de toute l'Allemagne. Qui plus est, il recrute immédiatement 50 000 nouveaux policiers par les miliciens nazis de la SA (Sturmabteilung). Ces nouveaux-venus gardent leur uniforme noir de nazi et lui ajoute un brassard Polizei.

Hitler fait planer le spectre de la « révolution bolchevique » mais celle-ci tardant à éclater, il décide de l'inventer. Le 24 février, une descente de police au siège du Parti communiste allemand permet à Goering d'annoncer la saisie de documents annonçant ladite révolution... Mais ces documents ne seront jamais publiés.

Comme toute cette agitation ne semble pas suffire à rallier une majorité de suffrages aux nazis, ces derniers décident en conséquence d'incendier le bâtiment du Reichstag.

Aveuglement de la presse et de la classe politique françaises

En France, comme l'explique ci-dessous l'historien Alfred Grosser (13 janvier 1960), peu d'hommes politiques et de journaux mesurent les conséquences de l'accession au pouvoir de Hitler ; le plus choquant étant  L'Humanité communiste qui justifie certaines revendications nazis. 


Le PCF, l'Humanité et Hitler,  source : INA
Publié ou mis à jour le : 2026-02-22 18:58:59

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