17 février 1925

Les Kurdes se rebellent

Le 17 février 1925, à l'appel du prédicateur cheikh Saïd, l'Anatolie orientale, majoritairement peuplée de Kurdes, se soulève contre « les infidèles de la République ». C'est le premier soulèvement kurde contre la République turque et son fondateur Moustafa Kémal.

Dix mille combattants, dont beaucoup de déserteurs de l'armée turque, s'emparent de plusieurs localités. La répression par le Premier ministre Ismet pacha est impitoyable. Le 27 juin 1925, cheikh Saïd et 29 partisans sont condamnés à mort et aussitôt pendus.

Cette révolte survient après l'abolition du califat et l'expulsion du dernier calife par Moustafa Kémal. Bien qu'ayant aidé ce dernier à lutter contre les Grecs et les troupes d'occupation étrangères, les Kurdes en sont bien mal récompensés.

Ingratitude turque

Le traité de Sèvres, qui a dépecé l'empire ottoman après la Grande Guerre, a projeté un « territoire autonome des Kurdes » (III, art. 62-64) dans l'Est de l'Anatolie. mais le traité a été rejeté par les Turcs, lesquels, au terme d'une Guerre d'indépendance menée par Moustafa Kémal, ont imposé la signature d'un nouveau traité, à Lausanne, dans lequel il n'a plus été question de Kurdistan autonome.

Il faut dire que les Kurdes n'ont pas su saisir l'occasion qui s'offrait à eux de s'affranchir. Pendant la Grande Guerre, ils ont massivement participé au massacre de leurs voisins arméniens et grecs et se sont appropriés leurs terres et leurs biens. Aussi, « obnubilés par la crainte d'un retour en force des Arméniens, ils ont prêté main-forte aux nationalistes turcs réfugiés en Anatolie orientale et combattu à leurs côtés dans le but à la fois de défendre leurs terres et la foi musulmane » (note).

Pendant la Guerre d'indépendance, Moustafa Kémal a multiplié les gestes d'ouverture envers les Kurdes mais, sitôt après la victoire, consacrée par l'armistice de Mudanya, le 11 octobre 1922, il change de registre.

Le 23 janvier 1922, à Lausanne, lors des nouvelles négociations de paix, son représentant Ismet pacha déclare : « Le gouvernement de la Grande Assemblée nationale est celui des Turcs et des Kurdes. (...) les Kurdes ne diffèrent en rien des Turcs et tout en parlant des langues différentes, ces deux peuples forment un seul bloc au point de vue de la race, de la foi et des moeurs » (note). Dont acte. Il ne sera plus question de territoire autonome en Anatolie orientale.

Mais dès la fin des hostilités, la nouvelle République turque renie l’existence même des Kurdes sur son territoire. Elle les présente officiellement comme des « Turcs des montagnes » et leur interdit l'emploi de leurs dialectes dans le cadre d'une campagne : « Citoyen, parle turc ! ». Elle entreprend même de turciser tous les toponymes (noms de lieux) et les patronymes (noms de personne) à consonance kurde. Les Kurdes qui refusent de se soumettre se voient interdire tout espoir de progression dans l'échelle sociale.

Villageois kurdes réfugiés du Dersim en 1938

Permanence de la « question kurde »

Le 28 octobre 1927, quelques Kurdes récalcitrants proclament une éphémère République d'Ararat dans les montagnes mais elle est détruite par l'armée turque quelques mois plus tard.

En 1936, les villageois du massif du Dersim (Tunceli en turc), à l'est de l'Euphrate, renouent avec leur tradition rebelle et tiennent en échec l'armée turque. Celle-ci recourt à des bombardements aveugles. Elle enfume aussi les grottes où les insurgés ont trouvé refuge. Le chef de la rébellion, Seyid Riza, est pendu le 15 novembre 1937 avec l'un de ses fils, âgé de seize ans. Le bilan est évalué à quelques dizaines de milliers de morts et autant d'exilés.

Malgré la répression, la « question kurde » ne cessera plus de hanter la Turquie jusqu'à nos jours. Elle est relancée par Abdullah Öcalan, dit « Apo », jeune militant de la cause kurde, né le 4 avril 1949. Il fonde en 1978 le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) qui se veut marxiste-léniniste. Son activisme s'ajoute à celui de l'extrême gauche et de l'extrême droite turques et, dans la crainte d'une révolution « à l'iranienne », l'armée prend le pouvoir le 12 septembre 1980.

Empêché de s'exprimer dans l'agora politique, le PKK se jette en 1984 dans la lutte armée. Entre coups de main, attentats et répression, celle-ci embrase toute la Turquie orientale et même les métropoles. Elle aurait fait à ce jour 45.000 morts et vaut au PKK d'être classé par les Occidentaux parmi les organisations terroristes.

Manifestation de soutien des Kurdes à Ocalan (2011), DR

Öcalan, auquel on attribue de nombreux crimes de guerre et aussi l'assassinat de divers rivaux, est enlevé par des agents turcs au Kénya en février 1999. Condamné à mort puis grâcié et détenu sur une île de la mer de Marmara, il négocie de sa prison un cessez-le-feu qui prend effet le 21 mars 2013, à l'occasion de la fête kurde de Newroz. 

Mais ce cessez-le-feu, comme les précédents, ne dure pas. Il est brutalement rompu par le président Erdogan, désireux tout à la fois de rehausser son image auprès des nationalistes turcs et de briser le PKK, fort de 5000 combattants. C'est ainsi que le 1er juillet 2015, l'aviation turque bombarde les bases du PKK établies autour de Qandil, dans le Kurdistan irakien.

Amère déconvenue pour le nouveau Parti Démocratique des Peuples (HDP) et son charismatique leader, le député kurde Selahattin Demirtas, qui croyaient pouvoir résoudre pacifiquement la question kurde après leur relatif succès aux élections législatives du 7 juin 2015.

René Castillon
Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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