2 avril 1918 - Un mot de trop fait tomber l’empire austro-hongrois - Herodote.net

2 avril 1918

Un mot de trop fait tomber l’empire austro-hongrois

Publié ou mis à jour le : 2018-09-08 18:24:57

Début avril 1918, alors que l’Allemagne mène une offensive de la dernière chance sur le front occidental en vue de conclure la Grande Guerre, le sort de son alliée, l’Autriche-Hongrie, va basculer en quelques jours.

Jusque-là, peu de gens contestaient la légitimité de la double monarchie austro-hongroise, qui unissait sous la dynastie des Habsbourg l'empire d'Autriche et le royaume de Hongrie. La victoire à Caporetto des régiments multiethniques de l'armée KuK (pour kaiserlich und königlich, « impériale et royale ») avait montré qu'elle restait solide.

Il suffira non pas d’une nouvelle bataille militaire mais d’une bataille de communiqués de presse et de « fake-news » pour que cette belle assurance s’effondre et que soit programmée sa dissolution…...

André Larané
L'armée austro-hongroise dans sa diversité, au début de la Grande Guerre (gravure de propagande)

Guerre de communiqués

Les deux interprètes de cette comédie au goût douteux sont le médiocre ministre austro-hongrois des Affaires étrangères, le comte Ottokar Czernin (44 ans), et le fougueux Président du Conseil français Georges Clemenceau (78 ans).

Le comte Ottokar Czernin en tenue d'apparat (26 septembre 1872, Dimokur ; 4 avril 1932 à Vienne)L’affaire commence le 2 avril 1918 par un discours du premier devant le conseil municipal de Vienne.

Rien que de très banal si ce n’est que le ministre évoque la guerre en cours et l’étroite alliance entre Berlin et Vienne. Il insinue là-dessus que le Français lui aurait proposé, à l’automne précédent, une paix séparée : « Monsieur Clemenceau, peu avant le début de l’offensive sur le front ouest, m’a fait demander si j’étais prêt à entamer des négociations et sur quelles bases. D’accord avec Berlin, je répondis aussitôt que j’étais prêt à ces discussions, et que je ne voyais aucun obstacle à la paix avec la France, à l’exception des revendications de celle-ci sur l’Alsace-Lorraine. Paris me répondit qu’aucune négociation n’était possible dans ces conditions. Dès lors, nous n’avions plus le choix » (*).

Le ministre fait allusion à des contacts secrets, en Suisse, entre deux diplomates de second rang, le comte autrichien Revertera et le capitaine français Armand, agent du 2e Bureau, entre août et décembre 1917.

Clemenceau, qui n’a été appelé à la tête du gouvernement que le 17 novembre 1917, n’a pas suivi cette négociation. Quand son chef de cabinet Georges Mandel l’informe au téléphone, le lendemain 3 avril, des propos de Czernin, le « Tigre », en visite sur le front, répond avec sa rudesse coutumière : « Le comte Czernin ment ! ».  Le propos est repris par la presse.

Georges Clemenceau en visite sur le front (source : ECPAD)

L’affaire aurait pu en rester là mais ce n’est pas l’avis de Clemenceau. Il demande des compléments d’information au Quai d’Orsay sur les discussions Armand-Revertera.

L'empereur Charles Ier et son épouse Zita en visite sur le front après leur avènementOn lui apporte les documents et, par la même occasion, on y ajoute des documents ultraconfidentiels sur d’autres négociations menées au début de l’année 1917 par le jeune et tout nouvel empereur Charles Ier de Habsbourg (30 ans) avec les gouvernants français et anglais...

Monté sur le trône à la mort de son grand-oncle François-Joseph, le 22 novembre 1916, Charles Ier a immédiatement envisagé de retirer son pays de l’alliance avec l’Allemagne et de la guerre. Il a commencé par remplacer son ministre des Affaires étrangères Stephan Burián par le comte Czernin, qu’il espérait rallier à ses vues.

Dans le plus grand secret, avec le concours de son épouse, la très pieuse impératrice Zita de Bourbon-Parme, d’origine franco-italienne, il prend contact avec les frères de celle-ci, Xavier et Sixte de Bourbon-Parme, qui servent dans les armées ennemies !

Sous le sceau du secret, avec l’aide du pape Pie X, Xavier et Sixte entrent en relations avec le président français Raymond Poincaré et le Président du Conseil Aristide Briand, ainsi qu’avec le Premier ministre britannique David Lloyd George, en vue de conclure une paix séparée et rompre l'alliance avec l'Allemagne !

Ils transmettent même aux dirigeants français et britanniques une lettre de Charles par laquelle celui-ci accepte le retour de l’Alsace-Lorraine à la France…


 
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