8 janvier 1918

Les Quatorze Points de Wilson

Devant le Sénat américain, le 8 janvier 1918, le président Thomas Woodrow Wilson reprend et développe un discours prononcé un an plus tôt, le 22 janvier 1917, devant la même assemblée.

Dans ce premier discours, le président, représentant de la première puissance économique du monde, alors neutre, avait souhaité s'entremettre entre les belligérants de la guerre européenne. Viscéralement idéaliste et pacifiste en bon fils de pasteur qu'il était, il avait préconisé a peace without victory  (« une paix sans victoire »), au grand scandale des uns et des autres. Ainsi n'avait-il pas envisagé la restitution de l'Alsace-Lorraine à la France.

Mais les États-Unis avaient été ensuite contraints de s'engager dans le conflit, au côté de l'Entente franco-britannique. Il fallait dès lors penser à une paix victorieuse mais dans le respect du droit. C'est tout l'objet de ce nouveau discours.

André Larané

Le président Woodrow Wilson à son bureau (Staunton, Virginie, 28 décembre 1856 ; Washington, D.C., 3 février 1924)

Utopies dangereuses

Pas découragé, le président démocrate énonce donc un programme en Quatorze Points pour mettre fin à la Grande Guerre.

– Les cinq premiers points, de portée générale, préconisent la fin de la diplomatie secrète, la liberté des mers, le libre-échange, la réduction des armements et le droit des peuples colonisés à disposer d'eux-mêmes.

_ Le sixième point, le plus long, se rapporte à la Russie bolchévique et lui promet indulgence et assistance. 

– Les points suivants se rapportent au règlement du conflit : retour à la neutralité de la Belgique, restitution de l'Alsace-Lorraine à la France, création d'un État polonais indépendant au nom du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes...

– Le président envisage le maintien de l'Autriche-Hongrie avec une large autonomie de tous ses peuples (il changera d'avis après .

– Le président suggère de réserver à la future Pologne un accès à la mer. La revendication hitlérienne sur ce fameux couloir de Dantzig sera à l'origine immédiate de la Seconde Guerre mondiale !

– Le dernier point, reflétant l'idéalisme du président, annonce la création d'une Société des Nations.

Certains Anglais trouvent à redire à la liberté des mers. Les Italiens déplorent qu'on ne leur reconnaisse pas des droits sur la côté dalmate.

Les Français se réjouissent de ce que le Président valide la restitution de l'Alsace-Lorraine (même s'il emploie à ce propos un should équivoque au lieu d'un must inconditionnel comme en ce qui concerne la libération de la Belgique). Certains Français auraient par ailleurs aimé se réserver la possibilité d'annexer la rive gauche du Rhin.

Quant aux Allemands, ils dénoncent un texte vu comme hostile ! Ces récriminations prévisibles mises à part, le programme est plutôt bien accueilli. Wilson réussira à en faire passer une partie dans le traité de Versailles. Il ne sera cependant pas suivi par le peuple américain.

Craignant un engrenage fatal et des tensions internes entre les différentes communautés du pays, l'opinion publique et les parlementaires américains se placent en retrait par rapport aux velléités interventionnistes du président.

Le Congrès des États-Unis refuse de signer le traité de Versailles ainsi que d'entrer dans la Société des Nations (il y est encouragé par les élus d'origine irlandaise, qui font ainsi payer à Wilson son refus de soutenir la cause indépendantiste du Sinn Fein irlandais). C'est un échec cuisant pour la diplomatie américaine et plus encore pour la paix future.

Les Quatorze Points conservent le souvenir d'un bel idéal tout en officialisant un principe qui va se révéler pernicieux, le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes : il va exacerber les nationalismes et conduire à des échanges forcés de population.

De l'isolationnisme à l'antiaméricanisme

Après la Grande Guerre, qu'eux-mêmes appellent European War (« Guerre européenne »), les Américains vont souhaiter s'isoler du reste du monde, trop effrayant à leurs yeux. Il s'ensuit la montée de l'isolationnisme, un courant politique qui se traduit dès 1919 par les premières restrictions réglementaires à l'immigration (celles-ci perdureront jusqu'en 1965). En 1924 est introduite l'obligation du visa.

Les Européens ne tardent pas à s'effrayer quant à eux de ce monde nouveau dont les deux millions de Sammies présents sur leur sol leur ont donné un aperçu. C'est la naissance de l'antiaméricanisme. La première manifestation en est littéraire avec la publication par Georges Duhamel de Scènes de la vie future, un recueil de nouvelles qui dépeint les États-Unis sous un jour inhumain et ultra-violent (abattoirs de Chicago...).

Publié ou mis à jour le : 2019-05-14 14:42:56

 
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