9 avril 1917

Les Canadiens conquièrent la crête de Vimy

Le 9 avril 1917, le commandement britannique lance les quatre divisions du Corps canadien à l'assaut de la crête de Vimy, une hauteur stratégique entre Arras et Lens dont les Alliés n'ont encore jamais pu déloger les Allemands depuis le début de la Grande Guerre.

Mémorial canadien de Vimy (Pas-de-Calais), DRLes Canadiens atteignent leur objectif en trois jours mais au prix de 3600 tués et 7100 blessés. On estime à 20 000 les victimes côté allemand. C'est le seul succès dont peuvent se targuer les Alliés dans le cadre de la bataille d'Arras et des grandes offensives d'avril 1917.

L'offensive de Vimy, qui a réuni des combattants de toutes les provinces du Canada, est devenu l'acte fondateur de la Nation canadienne, cinquante ans après la quasi-indépendance du dominion britannique. Les personnes éprises de symboles notent qu'elle a débuté un lundi de Pâques... 

André Larané

Déconvenues françaises

La crête de Vimy, à quelques kilomètres au nord d'Arras, est un plateau aux pentes douces, d'une longueur de sept kilomètres, qui culmine à 145 mètres. On est assez loin de l'Himalaya...

Ce plateau a été solidement occupé par les Allemands dès l'automne 1914 tandis que les Britanniques se sont accrochés à Arras et en ont fait une ville anglaise.

Dès le 9 mai 1915, la 10e armée française du général d’Urbal est chargée d’enlever les positions allemandes situées à l’ouest de la crête, puis de chasser l’ennemi des hauteurs. Pour ce faire, elle s'est vue accorder des moyens importants en hommes et en matériels.

En plusieurs endroits, les lignes allemandes sont enfoncées et deux régiments marocains parviennent même jusqu’au sommet de la crête. Mais faute d'engager ses réserves à temps, le commandement est obligé d'évacuer ses positions. Les Allemands reprennent la crête et renforcent ses défenses.

Le 25 septembre 1915, en coordination avec l’offensive qui débute le même jour en Champagne, un deuxième coup de boutoir français est lancé contre la crête de Vimy. Une fois encore, les moyens employés sont énormes et les premières lignes allemandes sont enlevées. Mais la percée tourne court. Elle se réduit à la prise de la hauteur de Notre-Dame-de-Lorette, où se tient aujourd'hui la plus grande nécropole militaire française.

Ces deux attaques se seront soldées au total par cent mille tués ou blessés du côté français. Dix-huit mois plus tard, la troisième attaque sera la bonne. Elle s'inscrit dans le cadre d'une nouvelle bataille d'Arras. Elle est confiée par le haut commandement britannique au Corps canadien, fort de quatre divisions et d'un total de cent mille hommes. Les unités anglaises doivent pour leur part avancer à l'est d'Arras, le long de la rivière Scarpe.

Fortifications de Vimy, Musée canadien de la guerre, Ottawa

Succès canadien

Julian Hedworth George Byng, vicomte de Vimy, gouverneur général du Canada de 1921 à 1926 (Wrotham Park, Angl., 11 septembre 1862 ; Thorpe-le-Soken, Angl., 6 juin 1935)Instruit par les échecs précédents, le commandement britannique prépare l'offensive de Vimy avec une extrême minutie. Il place à la tête du Corps canadien le général anglais sir Julian Byng, un officier proche de ses hommes et très populaire parmi eux.

L'aviation est mise à profit pour connaître en détail le dispositif allemand. Par ailleurs, pendant plusieurs mois, les tunneliers néo-zélandais se voient confier le creusement d'un réseau de douze tunnels à plus de dix mètres sous terre, en vue d'épargner aux soldats la traversée meurtrière du no man's land et de leur permettre de déboucher au plus près des tranchées ennemies. Dès le soir du 8 avril, 30 000 Canadiens commencent de s'engouffrer dans ces tunnels.

La préparation d'artillerie débute à la mi-mars avec 600 canons qui pilonnent la crête. Elle s'intensifie le matin fatidique du 9 avril. C'est alors que s'élance la première vague d'assaut canadienne, en dépit des bourrasques de neige.

Bataillon canadien partant à l'assaut, Bibliothèque et Archives Canada

De façon méthodique, l'artillerie pilonne le terrain une centaine de mètres au-devant des soldats pour leur ouvrir le passage. En trente minutes, les hommes se rendent maîtres de la première ligne ennemie. Trente minutes de plus leur permettent d'emporter des segments de la deuxième ligne. Le lendemain matin, ils atteignent la cote 145, où se tient aujourd'hui le mémorial canadien.

Mitrailleurs canadiens à l’abri lors de la bataille de la crête de Vimy, Bibliothèque et Archives CanadaAu bout de trois jours, toute la crête est conquise au prix de beaucoup d'énergie et d'abnégation. Voici ce qu'on peut lire à propos des combats, dans un rapport de la 6eBrigade de la 2e Division : « Des hommes blessés jonchent le sol dans la boue, dans les trous d’obus et dans les cratères creusés par les mines; certains hurlent en direction du ciel, d’autres gisent en silence, les uns implorant de l’aide, les autres luttant pour ne pas être engloutis dans des cratères remplis d’eau; le terrain grouille de brancardiers essayant de porter secours à des victimes dont le nombre ne cesse d’augmenter. »

Le succès des « Byng Boys » prend tout le monde au dépourvu. Faute d'avoir prévu une relève pour prolonger l'offensive, les Britanniques laissent les Allemands se replier en bon ordre sur la ligne Siegfried.

À l'est d'Arras, pendant ce temps, les deux premiers jours de la bataille se traduisent par de nets succès tactiques. Avançant sur les deux rives de la Scarpe, les Anglais progressent de plus de cinq kilomètres. Mais après un repli stratégique sur leur deuxième ligne de défense, les Allemands contre-attaquent dès le 14 avril et enrayent l'offensive britannique. Rien de comparable cependant au cuisant échec essuyé par les Français sur le Chemin des Dames les jours suivants...

La prise de la crête de Vimy, le lundi de Pâques 1917 (Musée canadien de la guerre, Ottawa)

Naissance de la nation canadienne

Bien que sous commandement anglais, très localisée et sans conséquence sur la bataille d'Arras, bien que peu de soldats québécois ou francophones y aient participé, la victoire de Vimy est immédiatement saluée au Canada avec enthousiasme.

C'est la première fois en effet que des Canadiens de toutes les provinces ont combattu ensemble. Le brigadier-général A. E. Ross a un mot resté célèbre : « Pendant ces quelques minutes, j’ai assisté à la naissance d’une nation. »

De fait, en 1919, quand il s'agira de négocier la paix avec l'Allemagne, le Canada obtiendra le droit de cosigner le traité de paix à rang égal avec les autres vainqueurs dont le Royaume-Uni, son ancienne puissance tutélaire.

À l'issue du conflit, c'est sur la crête de Vimy, au-dessus de la plaine de Douai et du bassin minier, sur un terrain cédé par la France, que le Canada érigera un émouvant monument à la mémoire de ses morts de la Grande Guerre. Le pays, qui compte à cette époque à peine huit millions d’habitants, a envoyé un total de six cent cinquante mille soldats sur le front. 66 000 ont été tués et plus de 170 000 blessés.

Le Mémorial de Vimy (photographie : Adrian Farwell, DR)

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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