30 décembre 1916

Assassinat de Raspoutine

Selon le calendrier grégorien, c'est le 30 décembre 1916, à Petrograd (Saint-Pétersbourg) qu'est assassiné Gregori Iefimovitch Raspoutine (44 ans). Par son influence sur la famille du tsar Nicolas II, cet illuminé a contribué au discrédit de la dynastie. Mais peut-être aussi aurait-il dû être mieux écouté quand il mettait chacun en garde contre les conséquences d'un conflit avec les Puissances Centrales...

Guérisseur chanceux

Raspoutine est un guérisseur illettré et mystique originaire de Tioumen, en Sibérie. Il prétend être un starets (chef de communauté monastique) alors qu'il n'est même pas moine.

Ayant déjà voyagé au Moyen-Orient, il fait son entrée à la cour impériale de Saint-Pétersbourg en 1904, à la demande de la grande-duchesse Militza, passionnée d'occultisme. 

Quelques mois plus tard naît le tsarévitch Alexis, seul fils du tsar Nicolas II. L'héritier du trône se révèle atteint d'hémophilie.

Désespérant de le sauver avec la médecine traditionnelle, l'impératrice Alexandra Fedorovna se résout en 1907 à faire appel aux services du jeune guérisseur venu de Sibérie.

Celui-ci s'acquiert alors une réputation de thaumaturge grâce aux soins qu'il prodigue au tsarévitch

En fait, le seul bienfait qu'il lui procure est d'interdire la prise de médicaments et en particulier de l'aspirine qui a pour effet de liquéfier le sang et aggraver le mal, ce que chacun ignore au début du XXe siècle.

Protégé par l'impératrice, qui le considère comme un envoyé de Dieu, il profite de son immunité de fait pour placer ses affidés à des places de haut rang. D'une sexualité hors du commun, il se signale aussi par des orgies avec les femmes de la haute société, ce qui le fait haïr du peuple et des nobles. « Pour se rapprocher de Dieu, il faut beaucoup pécher », se justifie-t-il.

Au demeurant peu soucieux de s'enrichir, il distribue en aumônes une bonne partie des cadeaux qu'il reçoit, installe sa femme et ses trois enfants dans la capitale, vit auprès d'eux et se rend de temps à autre dans son village natal.

Conseiller occulte du tsar

Raspoutine et ses trois enfantsLe guérisseur, devenu le confident de la tsarine et le conseiller du tsar, suscite la méfiance du Premier ministre Piotr Stolypine qui le fait surveiller et met en garde Nicolas II, bien en vain. « Mon épouse et moi ne pouvons-nous avoir de relations qui nous soient personnelles ? Ne pouvons-nous fréquenter les gens qui nous intéressent ? » répond celui-ci.  

Malgré sa rusticité, Raspoutine est assez lucide pour tenter de dissuader le tsar Nicolas II d'entrer en guerre contre l'Autriche et l'Allemagne en 1914.

Son pacifisme lui vaut la haine des jeunes officiers qui entourent le tsar. D'aucuns le soupçonnent d'être à la solde de l'Allemagne ennemie.

L'« homme de Dieu » est victime d'une première tentative d'assassinat près de sa maison sibérienne, par une jeune femme exaltée, le 29 juin 1914.

Le 30 décembre 1916, il est invité par le jeune prince Félix Youssoupov (29 ans), qui lui propose de rencontrer sa jeune et belle épouse, la nièce du tsar Irina Alexandrovna. Le prince n'a rien d'un héros. Il aime se travestir, ne se soucie aucunement de politique, a trouvé moyen d'échapper à la mobilisation... Mais il est indigné par le pouvoir occulte de Raspoutine sur la famille du tsar et projette de l'assassiner.

Raspoutine se rend à son invitation au palais de la Moïka, en dépit des mises en garde de la police contre un possible attentat. Accompagné du grand-duc Dimitri Pavlovitch, Youssoupov l'accueille dans son sous-sol aménagé en salon et lui sert thé et gateaux... copieusement imprégnés de cyanure. Raspoutine semble insensible au poison. Désemparé, le prince Youssoupov se retire, emprunte un revolver à son ami Dimitri, revient dans le salon et tire sur son invité. Raspoutine s'écroule sur le tapis mais alors que Youssoupov se penche sur lui, il se redresse, l'oeil exorbité et saisit le prince à la gorge. 

Le prince arrive à se libérer et court chercher ses amis mais quans les uns et les autres reviennent sur le lieu du meurtre, la victime a disparu, ayant trouvé la force de remonter l'escalier et sortir de la maison. Ses agresseurs sortent à leur tour, le rattrappent et le jettent dans la Neva glacée. Cet assassinat réjouit la cour et les officiers mais il n'arrête pas la course à l'abîme de la Russie impériale. Deux mois plus tard, la Révolution de Février a raison des Romanov et du tsarisme.

Publié ou mis à jour le : 2022-03-11 09:34:15

 
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