16 mai 1916

Accord secret Sykes-Picot

En pleine guerre mondiale, le Britannique sir Mark Sykes et le Français Georges Picot négocient un accord qui prévoit le démantèlement de l'empire ottoman après la guerre et le partage du monde arabe entre les deux Alliés.

Les Français se réservent le Liban, la Syrie et la région de Mossoul, au nord de la Mésopotamie ; les Britanniques le reste de la Mésopotamie (Irak) et la Transjordanie. La Terre Sainte, entre le Jourdain et la Méditerranée doit devenir zone internationale. Elle retrouve pour l'occasion le nom antique de Palestine  (dico). Le port stratégique d'Alexandrette, au nord de la Syrie, doit enfin acquérir le statut de port franc.

Conférence internationale de San Remo (19 au 26 avril 1920)

Les avatars d'un accord mal ficelé

L'accord fait suite à l'entrée en guerre de l'empire ottoman aux côtés de l'Allemagne et de l'Autriche-Hongrie.

Aussitôt, Sir Henry McMahon, haut-commissaire britannique au Caire, tente de persuader le chérif Hussein, qui gouverne La Mecque au nom du sultan, de soulever les Arabes contre Constantinople (Istanbul). Mais le chérif réclame, en cas de succès, de régner sur les provinces arabes de l'empire.

L'affaire donne lieu à des discussions à Londres et Paris entre les diplomates sir Mark Sykes et Georges Picot. C'est ainsi qu'un accord secret est conclu à Londres le 16 mai 1916 par sir Edward Grey, ministre britannique des Affaires étrangères, et Paul Cambon, ambassadeur de France. Il est appelé dans un premier temps « accord Cambon-Grey » et sera en 1920 rebaptisé « Sykes-Picot » (note).

Cet accord respecte l'esprit des échanges McMahon-Hussein en préconisant de « détacher les Arabes des Turcs en facilitant la création d'un État arabe ou d'une confédération d'États arabes » sous l'autorité de Hussein et de ses fils, les Hachémites (ainsi les qualifie-t-on en raison de leur filiation avec le prophète Mahomet et son arrière-grand-père Hachem).

Les Arabes n'étant pas en mesure de se prendre immédiatement en charge, il est prévu dans l'accord qu'ils soient conseillés et assistés dans un premier temps par les Français, au Nord, et les Anglais, au Sud.

La carte ci-dessous, empruntée au remarquable article d'Henry Laurens sur le sujet (« Le grand partage », Les Collections de l'Histoire N°69, octobre 2015) montre le projet franco-britannique, somme toute assez proche du résultat final.

Le partage du Moyen-Orient prévu par l'accord Sykes-Picot (16 mai 1916), source : Le grand partage, par Henry Laurens (Les Collections de l'Histoire N°69, octobre 2015)

Contestation et remises en cause de l'accord

Mais le 2 novembre 1917, l'accord est ébréché par la lettre de Lord Balfour au baron de Rotschild par laquelle il promet la création en Palestine d'un « foyer national juif ». Pour ne rien arranger, il est dévoilé par les bolchéviques à la fin 1917, au moment même où le général Allenby fait une entrée triomphale à Jérusalem. Le chérif Hussein s'en irrite au plus haut point car il espérait régner à Damas sur une Grande Syrie qui eut rassemblé tous les Arabes mais ne voit dans l'accord aucun engagement ferme dans ce sens.

Le maire de Jérusalem Moussa Qazem Al-Husseini (deuxième en partant de la droite) sous le drapeau blanc de la reddition aux sergents Sedgwick et Hurcomb du régiment de Londres, le 9 décembre 1917, Library of Congress.Du coup, ses troupes assistées du « colonel » Thomas Edward Lawrence, dit « Lawrence d'Arabie », poussent jusqu'à Damas et entrent sans coup férir dans la capitale de la Syrie en prenant de court les Français. Le général Henri Gouraud n'aura pas de scrupule à les chasser de Damas et les battre le 24 juillet 1920.

En 1918, les troupes d'occupation anglaises et françaises prennent position au Moyen-Orient et, le 1er décembre 1918, le Président du Conseil Georges Clemenceau s'entretient à Londres avec son homologue David Lloyd George.

À la suite de cet entretien demeuré confidentiel, Londres s'octroie toute la Mésopotamie, y compris Mossoul, ainsi que la Palestine ; Paris la Syrie toute entière et la Cilicie ou « petite Arménie », au nord.

Destinée à préparer le premier traité de paix avec la Turquie, la conférence de San Remo, du 19 au 26 avril 1920, confirme et précise l'accord secret de 1916 désormais appelé « Sykes-Picot », le ministre britannique ne souhaitant pas y accoler son nom.

Elle confie trois « mandats » à Londres sur la Palestine, la Transjordanie et la Mésopotamie (Irak). La France reçoit un mandat sur la Syrie et le Liban. Par ailleurs, un accord avec le Royaume-Uni donne à la France 25% des parts de la Turkish Petroleum qui exploite les gisements de Mésopotamie, autour de Mossoul. Il s'ensuivra la création en 1923 de la Compagnie française des pétroles (CFP), ancêtre de Total.

Ainsi se dessine pour un siècle la carte du Moyen-Orient, avant que les soubresauts actuels du monde arabe ne la réduisent à néant.

Publié ou mis à jour le : 2025-08-02 09:53:26
Pierre Mathy (21-05-2016 07:11:47)

Les politiques menées pendant et après la première guerre mondiale par la France et la Grande Bretagne ont en effet été désastreuses, non seulement au Moyen Orient mais aussi en Europe, où l'hu... Lire la suite

Benoit de BIEN (20-05-2016 16:42:15)

Il est fort intéressant à l'occasion de ce centenaire que l'on expose clairement ces "fameux" accords dont une large population de la terre est en train de subir les funestes conséquences. Puisse-t... Lire la suite

Pierre de LACROIX (17-05-2016 10:04:29)

Malheureusement ces accords bricolés par des incompétents, ajoutés à la déclaration Balfour et à la décision de Winston Churchill d'abandonner le charbon au profit du pétrole pour la productio... Lire la suite

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