3 novembre 1903

Le Panamá, un État sur mesure

Le drapeau du PanamaLe 3 novembre 1903, le territoire de Panamá fit sécession d'avec la Colombie. La création du nouvel État n'avait rien d'un mouvement spontané. Elle était téléguidée par le gouvernement américain qui voulait avoir les mains libres pour y creuser un canal et faciliter les liaisons maritimes entre l'océan Atlantique et l'océan Pacifique.

Vaste de 75 000 km2 avec de magnifiques parcs naturels, la république de Panamá compte moins de 4 millions d'habitants (2015) de langue espagnole et très métissés, dont un million dans la capitale, Panamá, sur l'océan Pacifique, à l'entrée du canal. 

Les habitants bénéficient de conditions de vie appréciables par rapport au reste de la région. Mais leurs revenus dépendent étroitement des péages liés au canal et au pavillon de complaisance de la zone franche de Colon, ainsi que des revenus illicites du trafic de drogue et des activités bancaires.

Alban Dignat

Un isthme très convoité

La ville de Panamá a été fondée le 15 août 1519 sur le littoral pacifique, à l'endroit le plus étroit de l'isthme américain, par le conquistador espagnol Pedro Arias Dávila.

Grâce à une liaison terrestre avec le port de Colón, sur le littoral atlantique, elle va très vite prospérer comme port de transit pour le trafic entre l'Europe et le Pérou.

Panamá et sa province furent intégrées par Madrid à la vice-royauté du Pérou puis à la Nouvelle-Grenade jusqu'en 1824. Au moment des indépendances latino-américaines, elles revinrent à la Colombie.

Le Panama, depuis une fenêtre, vers 1900, Amiral Sir Edward Gennys Fanshawe.

Un enjeu stratégique pour Washington

Le Panamá ayant l'insigne privilège d'être l'endroit le plus étroit de l'isthme qui unit l'Amérique du Nord à l'Amérique du Sud, les conquérants européens eurent dès le XVIe siècle l'idée d'y percer un canal pour relier l'océan Atlantique à l'océan Pacifique.

L'illustre Ferdinand de Lesseps, auréolé par le succès du canal de Suez, s'y hasarda pour de bon. Mais son projet, mal conçu, sombra dans un gigantesque scandale financier, les Américains relevèrent le défi et, pour 40 millions de dollars, rachetèrent les droits des Français sur le canal.

Depuis leur guerre contre l'Espagne (1898), les États-Unis voulaient éviter le contournement de l'Amérique du sud par le détroit de Magellan aux navires qui reliaient la Californie à la côte Est.

Ils songèrent d'abord à un canal qui passerait plus au Nord, par le Nicaragua, où l'isthme est plus large qu'à Panamá mais n'est pas traversé par une chaîne de montagnes. Finalement, ils se rallièrent au principe d'un canal à écluses à travers Panamá, selon la conception de l'ingénieur français Philippe Bunau-Varilla.

Malentendu colombien

Approché par Washington, le gouvernement de la Colombie, qui exerçait sa souveraineté sur le territoire panaméen, vit dans un premier temps le projet d'un bon oeil. Il est vrai que les Américains lui promettaient une confortable indemnité en échange de la concession d'une bande de terrain pour une durée de cent ans...

Mais le pays sortait à ce moment-là d'une terrible guerre civile, la « guerre des Mille Jours ». Dans la confusion politique qui régnait à Bogotá, les parlementaires colombiens refusèrent au dernier moment d'aliéner leur souveraineté et s'opposèrent au traité.

C'était un coup dur pour la bourgeoisie de Panamá, qui plaçait beaucoup d'espoirs dans cette opportunité. Elle craignit que les États-Unis ne se rabattent sur le projet alternatif du Nicaragua.

Les Panaméens, traditionnellement hostiles à l'administration colombienne, lointaine, tatillonne et inefficace, commencèrent à songer à la sécession. Le gouvernement du président Theodore Roosevelt les y encouragea et, lorsqu'elle survint enfin, il envoya des vaisseaux de guerre devant les villes de Colón et Panamá pour dissuader l'armée colombienne d'intervenir.

Trois jours après la proclamation de l'indépendance, les États-Unis reconnurent le nouveau pays. Ils signèrent un traité pour la construction du canal dès le 18 novembre 1903. Il prévoyait la cession à perpétuité aux États-Unis d'une bande de 10 miles de large (16 kilomètres) en échange de 10 millions de dollars (une broutille) et d'une rente annuelle de 250 000 dollars qui fut portée à 430 000 dollars en 1936 et à  1 930 000  en 1955. Ces conditions léonines étaient le reflet de la politique impérialiste et volontiers brutale des États-Unis de ce début du siècle, sous la présidence de Theodore Roosevelt, apôtre de la politique du « gros bâton » (« big stick » en anglais).

Par la Constitution du 13 février 1904, les États-Unis garantirent la souveraineté du Panamá mais obtinrent le droit d'intervenir dans le pays pour maintenir l'ordre, droit dont ils usèrent à plusieurs reprises, en 1908, 1912 et 1918.

 Le canal put enfin être inauguré le 15 août 1914, alors que les Européens se jetaient dans la Première Guerre mondiale... En 1909, les États-Unis proposèrent un dédommagement à la Colombie mais celle-ci refusa. Elle se ravisa enfin en 1922 et reçut 25 millions de dollars ainsi que les « regrets sincères » de Washington. 

Panama, capitale de l'État du même nom

Paradis perdu

À l'issue d'une vie politique très instable qui vit se succéder 43 présidents à la tête du pays, le colonel de la Garde nationale Omar Torrijos renversa le président Arnulfo Arias, trois fois élu en 1940, 1949 et 1968. Par le coup d'État du 11 octobre 1968, Torrijos se rendit maître du pays. « Chef suprême de la révolution panaméenne », Torrijos rétablit les relations diplomatiques avec Cuba en 1974, adhéra au mouvement des non-alignés et soutint même les sandinistes au Nicaragua.

Les présidents Carter et Torrijos signent le nouveau traité du canal du Panama le 7 septembre 1977Surtout, il conclut le 7 septembre 1977 avec le président américain Jimmy Carter le traité Torrijos-Carter en remplacement du traité de 1903.

Par ce nouveau traité, les Américains consentirent à abandonner à l'État panaméen l'administration du canal à compter du 31 décembre 1999. Très populaire, le général mourut dans un accident d'avion le 31 juillet 1981.

On entrait alors dans l'ère Reagan avec une relance des tensions entre les États-Unis et l'URSS...

Le président américain aspirait à sécuriser le Panama et pour cela promut Manuel Noriega. C'était un officier de la Garde nationale, chef des services secrets et agent de la CIA. Il était connu pour son anticommunisme... et surtout son absolue immoralité. Il s'était enrichi dans le trafic de cocaïne en lien avec le cartel colombien de Medellin et participait au blanchiement de l'argent de la drogue. 

Dès 1983, Noriega élimina ses rivaux et dirigea le pays d'une main de fer à la grande satisfaction de Washington, en laissant à des présidents civils de pacotille le titre de chef de l'État.

Mais ses liens avec les narcotrafiquants finirent par agacer les États-Unis et comme la chute du Mur de Berlin avait mis fin à la guerre froide, il n'apparut plus aussi utile aux intérêts américains.

Le 20 décembre 1989, sur ordre du président George W. Bush, un corps expéditionnaire américain de 27 000 hommes débarqua à Panama et traqua le dictateur, lequel se réfugia dans la nonciature apostolique. L'opération dite Just Cause se solda par plusieurs centaines de victimes côté panaméen avant que Noriega ne consente à se rendre.

Envoyé aux États-Unis, il y fut jugé et condamné à plusieurs dizaines d'années de prison avant d'être transféré à la prison de la Santé, à Paris, et de revenir mourir dans son pays en 2017.

Après l'éviction de Noriega, le pays accéda à la stabilité politique avec des présidents civils démocratiquement élus. Il s'offrit même le luxe de supprimer l'armée, à l'image du Costa Rica voisin.

Le Panamá revint toutefois dans l'actualité en mars 2016, quand éclata le scandale des « Panama papers ». Cette fuite massive de données bancaires confidentielles, organisée par une institution américaine, mit en cause des sommités et des dirigeants de toute la planète, à l'exception remarquable des États-Unis, preuve que le gouvernement de Washington contrôle encore très bien les réseaux panaméens.

Publié ou mis à jour le : 2026-01-10 22:28:17
Christian (25-01-2025 09:29:56)

Il n'y a malheureusement pas que la démocratie américaine qui prenne ses aises avec le droit international et le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. C'est bien la 2ème République naissante... Lire la suite

Gallet (03-11-2021 16:00:41)

Les "regrets sincères" de Washington font écho aux "regrets sincères" de Joe Biden au sujet des sous-marins australiens....

pierre (18-04-2016 10:16:39)

Au Mexique, les gens disent, paraît-il, "si près des Etats-Unis et si loin de Dieu". Tout un programme. La plupart des rafiots ou "bateaux-poubelles" qui s'échouent sur les côtes, commettant souve... Lire la suite

jpdaumalle (09-11-2014 19:54:45)

le commentaire de George est très pertinent ,et je pense applicable à toutes les démocraties,au gré des circonstances
"Il y a de coupe aux lèvres"

Georges (04-11-2014 07:09:51)

Les USA sont de grands démocrates(soyons honnètes uniquement quand cela les arrange)

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