31 mars 1889

La Tour Eiffel domine Paris

La Tour Eiffel a été inaugurée le 31 mars 1889, en avant-première de l'Exposition universelle de Paris qui commémora le centenaire de la Révolution française (33 millions de visiteurs). Elle devint contre toute attente le symbole universel de la capitale française.

Alban Dignat

La tour Eiffel et le Champ-de-Mars en janvier 1889 (Paul Delance, musée Carnavalet, Paris)

Un ingénieur de son temps

Le « père » de la Tour Eiffel, qui lui a donné son nom, est un ingénieur centralien très représentatif de son temps. Sa génération, exaltée par les progrès des techniques en tous genres,  est aussi celle de Ferdinand de Lesseps et de Jules Verne.

Né à Dijon le 15 décembre 1832, avec un patronyme d'origine germanique, Bönickhausen dit Eiffel, le futur ingénieur laissera tomber la première partie de son nom pour ne pas apparaître allemand.

Gustave Eiffel voit dans le fer le matériau de l'architecture du futur. Il crée sa propre société en 1867, à 35 ans, et met au point des structures métalliques en forme de treillis, qui allient légèreté, souplesse et résistance.

Homme d'affaires habile, il capte les marchés publics dans tous les pays d'Europe.

C'est ainsi qu'il réalise le viaduc Maria Pia, sur le Douro, au Portugal, à l'occasion d'une exposition universelle, puis le viaduc de Garabit, en Auvergne, en 1882. On lui doit aussi la gare de Budapest, en Hongrie, les charpentes métalliques du Bon Marché et du Crédit Lyonnais, à Paris, la coupole de l'observatoire de Nice mais aussi la structure de la statue de la Liberté !

Gustave Eiffel est donc déjà un ingénieur de grand prestige quand le président de la République Jules Grévy et le président du Conseil Jules Ferry décident de célébrer le prochain centenaire de la prise de la Bastille avec faste, par le biais d'une Exposition universelle sur la vaste esplanade du Champ-de-Mars, au cœur de la capitale, au bord de la Seine.

Les organisateurs lancent dès 1884 l'idée d'une tour de 1000 pieds, soit  304,8 mètres, symbole de la grandeur retrouvée de la France et de la bonne santé des institutions républicaines, à peine troublées par le « boulangisme ».

Un symbole républicain

Dès mai 1884, deux ingénieurs du bureau d'études de la société Eiffel & Cie, Maurice Koechlin et Émile Nouguier, se proposent de relever le défi. Ils dessinent un pylone métallique géant et, le 6 juin 1884, présentent leur projet à leur patron sous la forme d'une tour métallique fuselée à côté de laquelle figure un empilage de quelques monuments mythiques !

Tour Eiffel : le projet de Maurice Koechlin et Émile Nouguier (6 juin 1884)Mais Gustave Eiffel affiche son scepticisme devant le projet. Il ne tarde pas à se raviser quand il mesure la portée symbolique et médiatique que pourrait avoir cette tour.

Il demande à son architecte Stephen Sauvestre de lui donner une forme aussi belle que possible. La Tour aura la silhouette qu'on lui connaît, avec ses quatre pieds reliés par des arches qui font le lien avec l'architecture traditionnelle.

Là-dessus, il dépose le 18 septembre 1884 un brevet au nom d'Eiffel, Koechlin et Nouguier : « Pour une disposition nouvelle permettant de construire des piles et des pylônes métalliques d’une hauteur pouvant dépasser 300 mètres. »

Il rachète enfin le brevet à ses deux ingénieurs pour la coquette somme de cent mille francs. Devenu seul propriétaire du projet, il est assuré de lui donner son nom ! Il est surtout en mesure de le faire accepter par l'opinion et les pouvoirs publics grâce à son entregent et à sa notoriété.

S'étant assuré la bienveillance du ministre du Commerce et de l'Industrie Édouard Lockroy, par ailleurs commissaire de l'Exposition, Eiffel présente sa tour une semaine après le décret du 8 novembre 1884 qui institue l'exposition !  L'administration, manoeuvrée par le ministre, publie deux ans plus tard un cahier des charges de la future tour qui écarte opportunément le principal rival d'Eiffel. Sans trop de surprise, le projet de la société Eiffel & Cie est retenu à l'issue d'un concours au cours duquel s'affrontent une centaine de projets. 

Le financement du chantier, toutefois, apparaît hasardeux. Sur un total de six à sept millions de francs, l'État n'en apporte que le quart. Le reste est laissé à la discrétion de Gustave Eiffel qui va devoir solliciter les banquiers et utiliser aussi une partie des fonds qui lui ont été confiés par la Compagnie de Ferdinand de Lesseps pour réaliser les écluses d'un hypothétique canal de Panama (il en paiera très chèrement le prix une dizaine d'années plus tard). L'entrepreneur compte se rembourser grâce à la vente de billets aux visiteurs pendant toute la durée de la concession. Celle-ci est conclue in extremis le 8 janvier 1887 entre Gustave Eiffel et le préfet de Paris Eugène Poubelle. Elle est prévue pour durer jusqu’au 1er janvier 1910.

D'emblée, les détracteurs sont légion. Le 14 février 1887, Le Temps publie un manifeste adressé à Adolphe Alphand, directeur général des travaux de l'Exposition. Il est signé par des personnalités du monde des arts et des lettres parmi lesquelles Leconte de Lille, Charles Gounod, Victorien Sardou, Guy de Maupassant, Alexandre Dumas fils, Charles Garnier, Sully Prudhomme, Paul Verlaine : « Nous venons, écrivains, peintres, sculpteurs, architectes, amateurs passionnés de la beauté jusqu'ici intacte de Paris, protester de toutes nos forces, de toute notre indignation, au nom du goût français méconnu, au nom de l'art et de l'histoire français menacés, contre l'érection, en plein cœur de la capitale, de l'inutile et monstrueuse tour Eiffel, que la malignité publique, souvent empreinte de bon sens et d'esprit de justice a déjà baptisée du nom de "tour de Babel". »

Afin de rassurer l'opinion publique, Eiffel convoque la presse au pied du pilier sud. Le ministre Lockroy en personne est auprès d'Eiffel et le suit à cinq mètres sous terre dans le caisson métallique étanche à l'intérieur duquel les ouvriers réalisent les fondations. Il en ressort tout sourire, montrant ainsi aux journalistes qu'ils peuvent se fier au savoir-faire de l'entreprise. 

La tour est en définitive construite en 2 ans, 2 mois et 5 jours avec, sur le chantier, un total d'environ deux cents ouvriers... sans aucun accident mortel, ce dont Gustave Eiffel a tout lieu d'être fier (si ce n'est un ouvrier qui fait une chute en vaquant sur la Tour en-dehors des horaires de travail). Elle compte 18 000 pièces de structure en fer puddlé (un type de fer presque sans carbone, aujourd'hui délaissé, dont Gustave Eiffel appréciait la facilité de façonnage). Les pièces de la structure sont fabriquées dans les ateliers de Levallois-Perret et assemblées sur place par 2 500 000 rivets. Il s'agit de gros clous chauffés à blanc et enfoncés dans un trou à travers deux pièces. L'assemblage se fait en aplatissant d'un coup de masse l'extrémité de la tige opposée à la tête.  L'ensemble mesure 318 mètres et pèse 10 100 tonnes, tout en n'exerçant sur le sol qu'une pression de 4 kilos par centimètre carré (moins qu'un homme assis sur une chaise).

Le 25 mars 1889, Gustave Eiffel lui-même fixe un immense drapeau tricolore au paratonnerre. Républicain de coeur, l'ingénieur a souhaité que figurent au niveau du premier étage les noms de 72 savants qui ont fait honneur à la France depuis 1789 : Ampère, Laplace, Becquerel, Foucault, Chevreul, etc. Aucune femme... Une semaine plus tard, le président de la République Sadi Carnot inaugure le monument. Le succès populaire est immédiat. Pas moins de deux millions de visiteurs en font l'ascension pendant la durée de l'exposition, soit à pied soit en empruntant les ascenseurs de chacun des quatre piliers pour gagner les deuxième et troisième étages. Ces ascenseurs du Français Roux-Cambaluzier et de l'Américain Otis sont eux-mêmes révolutionnaires par leur technique et leurs performances.

La Tour Eiffel et l'Exposition universelle du Champ de Mars en 1889

Opportune radio

Prévue pour être démontée en 1909, vingt ans après son inauguration, la Tour Eiffel devra sa survie à l'installation à son sommet, par Gustave Eiffel lui-même, d'un laboratoire de recherche et surtout d'une antenne destinée à relayer les premières émissions de radio vers les Parisiens ainsi que d'un émetteur radio à usage militaire. Cette fonction stratégique permettra à la Tour de durer assez longtemps pour devenir un élément incontournable du paysage parisien.

Si elle n'est plus depuis longtemps le plus haut édifice du monde, la « vieille dame », en dépit de sa beauté très relative, conserve les faveurs du public et l'amour des Parisiens. À preuve les illuminations et le feu d'artifice qui ont salué l'entrée dans le troisième millénaire.

Pour Gustave Eiffel, dont la postérité est assurée, l'avenir immédiat s'annonce quelque peu difficile. L'ambitieux homme d'affaires, grisé par le succès, s'était engagé à achever le percement de l'isthme de Panama avec Ferdinant de Lesseps. Mais la Compagnie de Panama a déposé son bilan le 16 décembre 1888. Des milliers d'épargnants sont ruinés. Il s'ensuit une procédure judiciaire et, en 1893, un procès pour abus de confiance et escroquerie. Eiffel est condamné à deux ans de prison et incarcéré quelques jours. Il  n'échappe à sa peine que de justesse, grâce à une mesure de clémence de la Cour de cassation qui fait valoir le dépassement du délai de prescription.

Toilettage

En 2009, pour ses 120 ans, la Tour Eiffel s'est refait une beauté qui a nécessité 60 tonnes de peinture, 1500 brosses, 5000 disques abrasifs... et le travail de 25 artisans. C'est son dix-septième lifting.

Publié ou mis à jour le : 2021-10-14 13:45:04

 
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