24 mai 1873

Mac-Mahon succède à Thiers à l'Élysée

Le 24 mai 1873, à Paris, la majorité monarchiste de l'Assemblée nationale retire sa confiance au président de la République Adolphe Thiers. Elle lui reproche son manque d'empressement à restaurer la monarchie après l'effondrement du Second Empire. Le maréchal Patrice de Mac-Mahon, duc de Magenta, héros de Malakoff (65 ans) est le jour même hissé à la présidence de la République avec pas moins de 300 voix sur 392 (on qualifie depuis lors d'« élection de maréchal » une élection à la quasi-unanimité !).

Malgré cela, le nouveau président va devoir démissionner avant la fin de son mandat, entraînant la fin du régime présidentiel et l'avènement d'une république parlementaire...

André Larané

Une « élection de maréchal »

Le président Patrice de Mac-Mahon (13 juin 1808, Sully, Saône-et-Loire - 17 octobre 1893, Montcresson)Le nouveau président est issu d'une famille irlandaise jacobite (partisan des Stuart). Il a participé à l'expédition d'Alger et à la conquête de l'Algérie, avant de se distinguer dans la guerre de Crimée. En 1859, il a remporté la bataille de Magenta, ce qui a valu d'être hissé à la dignité de Maréchal par Napoléon III sur le champ de bataille. Pendant la guerre franco-prussienne, il eut encore une conduite honorable mais ne put empêcher la défaite de Sedan et, gravement blessé, fut capturé par l'ennemi.

Libéré à la signature du traité de paix de Francfort, il reprit aussitôt du service pour la plus contestable des causes, le commandement de l'armée qui allait investir Paris et réprimer la Commune. Ce fait d'armes rehaussa sa popularité au sein de la majorité conservatrice et monarchiste de la nouvelle assemblée législative.

Légitimiste bon teint, le président Mac-Mahon annonce son intention de rétablir l'« ordre moral » et laisse au vice-président du Conseil Albert de Broglie le soin de préparer la restauration de la monarchie. Mais les efforts de celui-ci se brisent sur l'entêtement du prétendant, le comte de Chambord, qui exige le 27 octobre 1873 la réhabilitation du drapeau blanc, inacceptable pour la très grande majorité des Français.

Pour préserver les chances de la restauration monarchique, les députés votent le 20 novembre 1873 une loi qui fixe à sept ans (un septennat) le mandat du président de la République. Quatorze mois plus tard, toutefois, le 30 janvier 1875, le député Wallon, républicain convaincu et fervent catholique, fait voter un amendement qui, sous une apparence banale, introduit le mot fatal : République ! C'en est fini des rêves de restauration monarchique. La plupart des Français, par accoutumance et résignation, se rallient à la république conservatrice que Thiers appelait de ses vœux.

« Coup d'État » parlementaire

Plusieurs lois constitutionnelles précisent en 1875 les pouvoirs du président, des pouvoirs non moins importants que sous la Ve République actuelle ! Ainsi, le président nomme les ministres, peut dissoudre la Chambre des députés, a l'initiative des lois, ratifie les traités, dirige les armées et bénéficie du droit de grâce, privilège d'inspiration monarchique. Cette magnifique construction va sombrer en moins de deux ans...

En février 1876, quand les élections législatives amènent pour la première fois une majorité républicaine à la Chambre des députés, Mac-Mahon se montre respectueux des devoirs de sa charge et de la démocratie. Il confie la présidence du Conseil des ministres à des républicains bon teint, Jules Dufaure puis Jules Simon.

Tout dérape à la faveur d'une banale divergence d'opinion sur l'attitude à l'égard du pape Pie IX. Mac-Mahon adresse une lettre de remontrance à Jules Simon  le 16 mai 1877 et le remplace à la tête du Conseil des ministres par le très conservateur duc de Broglie. Il s'ensuit un tollé à la Chambre, laquelle est dissoute par le président le 25 juin.

Le président ayant laissé entendre qu’il « résisterait » si le résultat du scrutin lui était défavorable, Léon Gambetta a cette formule : « Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, il faudra se soumettre ou se démettre. » De fait, le 14 octobre, la Chambre une majorité républicaine encore plus forte et le président doit « se soumettre » en rappelant Jules Dufaure.

Patrice de Mac-Mahon, maréchal de France (1808-1893), Horace Vernet, 1860, Château de Versailles. Agrandissement : Mac-Mahon en tenue de maréchal.Mac-Mahon perd ses illusions après les élections sénatoriales qui confirment le 5 janvier 1879 la poussée républicaine. Les gauches réunies obtiennent une majorité de plus de 40 voix et sur 47 conservateurs sortants, 14 seulement sont réélus. La Chambre des députés demande alors au président d'épurer le personnel administratif, judiciaire et militaire de ses éléments antirépublicains. Plutôt que de mettre en disponibilité dix commandants d'armée, Mac-Mahon préfère démissionner le 30 janvier 1879, quelques mois avant le terme de son mandat.

Le jour même, le Congrès (Sénat et Chambre des députés) réuni à Versailles porte à l'Élysée Jules Grévy. Le maréchal, qui a quitté ses fonctions plus pauvre qu'il n'y est entré, s'empresse de se rendre auprès de son successeur pour « être le premier à le saluer ». Georges Clemenceau louera son attitude : « Ainsi fut sauvé le pays d'une nouvelle guerre civile », écrira-t-il.

Après cette crise du « Seize Mai » qui a renforcé dans les urnes le camp républicain, le président se résigne à ne plus faire usage de son droit de dissolution de l'assemblée et ses successeurs suivront la règle, perdant en conséquence beaucoup de leur autorité.

Les bons mots du président

À défaut de s'être illustré en politique, le maréchal Mac-Mahon reste dans les mémoires pour ses bons mots, d'un esprit... tout militaire et plus ou moins apocryphes (on ne prête qu'aux riches).
Qui ne connaît déjà son cri du coeur sur le bastion de Malakoff, qu'il refuse de rendre aux Russes : « J'y suis, j'y reste ! » En 1875, observant les dégâts d’une vaste inondation de la Garonne, il ne trouve rien de plus à dire que ! « Que d’eau ! Que d’eau ! ». Gros bide. Et le préfet qui le guide de surenchérir : « Et encore Monsieur le président ne voit que le dessus ».
On prête aussi à Mac-Mahon cet aveu : « La fièvre typhoïde, c’est affreux, on en meurt ou on en reste idiot… Je sais de quoi je parle je l’ai eu ». On raconte encore que, saluant le premier élève noir de l’école d'officiers de Saint-Cyr, il aurait eu ce mot de sympathie : « Ah ! C’est vous le noir ! C’est bien ! Continuez ».

Publié ou mis à jour le : 2022-06-24 06:35:21

 
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