19-20 septembre 1870

Entrevue de Ferrières entre Jules Favre et le chancelier Bismarck

Les 19 et 20 septembre 1870, le ministre français des Affaires étrangères Jules Favre et le chancelier allemand Otto von Bismarck se rencontrent secrètement au château de Ferrières-en-Brie, près de Meaux, en vue de concilier leurs points de vue sur le traité de paix qui devra mettre fin à la guerre franco-prussienne déclenchée deux mois plus tôt, le 19 juillet 1870. Leur rencontre sera un échec et va relancer la guerre.

La rencontre survient deux semaines après le renversement de Napoléon III et la proclamation de la République, alors que les troupes allemandes entament le siège de Paris après avoir obtenir à Sedan la capitulation d'une armée française. Elle débouche sur un échec et va tragiquement relancer la guerre et inaugurer 75 ans de haine entre la France et l'Allemagne...

Deux points de vue inconciliables

Sitôt connue la capture de l'empereur et son armée à Sedan, les Parisiens ont proclamé la République et les députés ont formé à la hâte un Gouvernement de la Défense nationale, présidé par le gouverneur militaire de Paris, le général Louis Jules Trochu. L'avocat Jules Favre en est le vice-président et le ministre des Affaires étrangères.

Comme beaucoup de Français, les députés sont convaincus que la guerre ayant été déclarée par l'Empereur, les Allemands n'auraient aucun motif d'en faire payer le prix à la République. Dans une note diplomatique, dès le 6 septembre, Jules Favre écrit : « Le roi de Prusse a déclaré qu'il faisait la guerre non à la France, mais à la dynastie impériale. La dynastie est à terre. La France libre se lève. Le roi de Prusse veut-il continuer une lutte impie qui lui sera au moins aussi fatale qu'à nous ?... »  Il avertit de façon quelque peu présomptueuse que la République ne saurait céder « ni un pouce de notre territoire, ni une pierre de nos forteresses ». Ce que voyant, les Allemands décident de se diriger à marches forcées vers Paris avec l'espoir que la reddition de la capitale entraîne la paix.

Jules Favre (Lyon, 21 mars 1809 ; Versailles, 19 janvier 1880), photographie de NadarLe 19 septembre 1870, alors que les troupes allemandes entament le siège de la capitale, Jules Favre se rend secrètement au château de Ferrières, près de Meaux, où Bismarck a établi son quartier général. Il veut débattre avec le chancelier des conditions de la paix. Quelle n'est pas sa déception quand Bismarck exige l'annexion de l'Alsace et d'une partie de la Lorraine, autour de Metz ! En accord avec le roi et Moltke, chef du grand état-major, le chancelier veut en effet assurer à l'Allemagne une protection naturelle, la crête des Vosges, face à de futures attaques françaises. Cette revendication, jusque-là contenue, rencontre l'assentiment enthousiaste de l'opinion publique allemande qui y voit le juste retour à la mère patrie d'une province de langue germanique, enlevée par Louis XIV deux siècles plus tôt. Quant à la région de Metz, dont les habitants parlent une langue plutôt proche du français, elle est simplement revendiquée en raison de ses gisements de minerais de fer.

Bismarck justifie ses prétentions dans une circulaire adressée dès le lendemain au corps diplomatique prussien : « Nos conditions de paix nous sont dictées par la nature des choses et par la loi de légitime défense à l'égard d'un voisin violent et agité. D'une voix unanime, les gouvernements allemands et le peuple allemand exigent que l'Allemagne soit protégée par de meilleures frontières contre les menaces et violences que tous les gouvernemements français, depuis des siècles, ont exercées contre nous. Tant que la France restera en possession de Strasbourg et de Metz, sa position offensive sera, du point de vue stratégique, plus forte que notre position défensive, et cela pour tout le sud de l'Allemagne et la rive gauche du Rhin. Strasbourg en possession de la France est une porte de sortie toujours béante vers l'Allemagne du Sud. Aux mains de l'Allemagne, en revanche, Strasbourg et Metz acquièrent un caractère défensif. Au cours de vingt guerres, nous n'avons jamais été les agresseurs de la France et nous n'avons rien à lui réclamer que notre propre sécurité, si souvent menacée... En rendant plus difficile une offensive de la France par l'initiative de qui, jusqu'à présent, sont survenus tous les troubles de l'Europe, nous agissons dans un intérêt qui est à la fois celui de l'Europe et celui de la paix... » (Latreille, Textes historiques, Hachette).

Le gouvernement provisoire, comprenant qu'il n'y a rien à espérer du vainqueur, choisit donc de poursuivre la guerre. Il bénéficie du soutien de la population de la capitale ainsi que des habitants des régions de l'Est, qui ont accumulé beaucoup de ressentiment à l'égard de l'envahisseur et ne veulent à aucun prix d'une annexion... Il n'empêche cependant que la majorité du pays aspire à la paix et, aux élections suivantes, va élire une majorité monarchiste et conservatrice qui va conclure celle-ci sans barguigner.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2020-08-24 13:37:59
allen (19-09-2006 00:51:34)

Une fois de plus, je suis consterné du raccourci fait par la plupart des historiens dans leur relation des évènements de la guerre franco-allemande de 1870. Ils se contentent de rappeler les premières batailles aux frontières avant de parler du désastre de Sedan et de Bazaine enfermant la principale armée française dans Metz. Rien sur les batailles de Borny, Mars-la-Tour, Vionville, Rezonville, Gravelotte et Saint-Privat des 14/16 et 18 août qui virent 250.000 Allemands s'opposer à 180.000 Français. Les pertes furent énormes compte tenu des effectifs impliqués : environ 28000 Français et 40000 Allemands. Napoléon III malade reçut à l'auberge de Gravelotte le Maréchal Bazaine récemment promu à la tête de L'armée de l'Est avant de partir pour Chalons le 16 août. Ce jour-là, il perdait en Lorraine sa couronne impériale.
Que les historiens patentés prennent le temps de parcourir les plateau les environs messins et de visiter les nécropoles, les monuments, et les stèles qui jalonnent le plateau maudit.
Qu'ils s'inclinent devantles dépouilles des soldats qui se sont si bravement battus en infligeant des pertes considérables aux Prussiens devant le Kaiser atterré. Les choix tactiques et les erreurs de Napoléon III, des chefs français et de l'état major ne sauraient être imputées à l'armée dans son ensemble.
L'Alsace-Lorraine : pensons-y toujours n'en parlon jamais......................

Rombourg (21-05-2006 18:30:09)

Je dois rectifier une légère erreur : le château de Bellevue n'est pas situé à Sedan même, mais à quelques kilomètres de la ville, sur une colline, d'où la vue s'étend sur une dizaine de kilomètres. Bismarck, le général von Moltke et l'empereur Guillaume 1er y avaient établi leur quartier général. La légende veut que Bismarck ayant suivi à la jumelle la charge des chasseurs d'Afrique du général Margueritte se soit écrié : "Ah les braves gens !"

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