20 décembre 1860

La Caroline du Sud fait sécession

Traduction en Anglais

En réaction à l'élection d'Abraham Lincoln à la présidence des États-Unis, deux semaines plus tôt, les parlementaires de Caroline du Sud votent à l'unanimité la sécession de leur État le 20 décembre 1860. Ils rejettent par avance l'abolition de l'esclavage.

Le président sortant, le démocrate James Buchanan, encore en fonction à la Maison Blanche jusqu'au début de l'année suivante, se montre décontenancé. Sa faiblesse encourage les sécessionnistes du Sud.

L'initiative de la Caroline du Sud est rapidement imitée par dix autres États du Sud. Elle va déboucher sur la guerre de Sécession.

Les origines du drame

Depuis la naissance des États-Unis, près d'un siècle plus tôt, l'opposition entre le Nord - industriel, moderniste et affairiste - et le Sud - agraire, traditionaliste, plus raffiné et aristocratique, plus indolent aussi, n'avait cessé de grandir.

Les États du Sud sont assis sur un système de grandes plantations de tabac, de café, de sucre et de coton aux mains de riches familles patriarcales. En 1793, l'invention d'une égreneuse a donné un coup de fouet à la culture du coton et entraîné par voie de conséquence un très rapide développement de l'esclavage. Dépendant de l'Europe pour leurs exportations, les planteurs sont partisans d'une réduction des droits de douane aux frontières.

Au contraire, les Nordistes, surnommés « Yankees », ont assis leur prospérité sur l'agriculture vivrière et surtout l'industrie. Ils sont partisans de droits de douane élevés pour protéger leurs productions manufacturées contre les importations européennes.

Les passions s'exacerbent

Les tensions s'accroissent au fur et à mesure que progresse la colonisation des terres vierges du Far West. Chaque fois qu'un nouveau territoire demande à se transformer en État, va-t-on lui demander de se ranger parmi les États autorisant l'esclavage ou parmi ceux le prohibant (« free states ») ?

Les liens fédéraux, très lâches, sont menacés par ces divergences d'intérêts comme le montre en 1832 la tentative par la Caroline du Sud de faire usage de son droit de « nullification » pour rejeter une loi fédérale.

Le compromis du Missouri, en 1820, permet de surseoir à un choix de société inéluctable sur l'esclavage.

Mais après l'annexion de vastes territoires enlevés au Mexique en 1848, la question se pose à nouveau de savoir quel camp vont choisir les nouveaux États.

Les esprits s'échauffent et l'on voit apparaître au Nord comme au Sud des extrémistes désireux d'en découdre.

Arguties juridiques

En riposte à une loi fédérale qui oblige à poursuivre les esclaves fugitifs (le « Fugitive Slave Act » de 1850), une jeune femme indignée, Harriet Beecher-Stowe, publie sous forme de feuilleton en 1852 un roman à thèse : Uncle Tom's Cabin (La Case de l'Oncle Tom). Ce roman antiesclavagiste pétri de bons sentiments s'attire un succès prodigieux et mobilise l'opinion publique du Nord.

Les Yankees du Nord s'indignent en 1854 lorsque le Congrès de Washington accorde aux deux territoires du Kansas et du Nebraska le droit de se prononcer sur la légalisation ou non de l'esclavage, à l'initiative du sénateur Stephen A. Douglas (« Kansas-Nebraska Act »).

Le 17 juin 1856, un parti dit « républicain » est constitué au cours d'une convention tenue à Philadelphie. Ce nouveau parti veut abolir l'esclavage sur tout le territoire de l'Union et, d'une manière générale, se propose de limiter l'autonomie des États. Ce parti, qui réunit exclusivement à ses débuts des citoyens du Nord industriel, se veut également protectionniste.

En mars 1857, avec la décision de la Cour Suprême concernant le cas Dred Scott, la tension atteint son paroxysme. Dred Scott est un esclave qui a vécu libre au Wisconsin et en Illinois avant de s'en retourner au Missouri, un État esclavagiste. Il a alors fait valoir son droit à rester libre mais ce droit lui est dénié par la Cour Suprême !

La Cour Suprême en rajoute en déclarant inconstitutionnel le compromis du Missouri qui limite le droit des États à adopter l'esclavage.

Vers une fracture nationale

C'est dès lors sur le maintien ou non de l'esclavage que se jouent les futures élections présidentielles.

Le parti démocrate, partisan de l'esclavage et d'une plus grande autonomie des États, commet l'erreur de se diviser en présentant deux candidats, dont le sénateur Stephen A. Douglas, promoteur du « Kansas-Nebraska Act ». C'est ainsi qu'aux élections du 6 novembre 1860, Abraham Lincoln, candidat du nouveau parti républicain, peut l'emporter avec 40% des voix seulement.

Cet avocat autodidacte, d'une rigueur morale viscérale, apparaît aux yeux de tous comme le champion de la cause nordiste. Son élection met le feu aux poudres.

La Caroline du Sud y voit un motif de faire sécession. Elle veut maintenir l'esclavage qui fait la prospérité de ses plantations de coton, les grandes comme les petites. Elle veut plus encore, préserver son mode de vie, sa culture et ses traditions. Son initiative est immédiatement imitée par six autres États du Sud. Les événements s'accélèrent et en quelques semaines, la guerre civile apparaît inéluctable.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2019-10-30 15:39:55

 
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