23 janvier 1860

Traité de libre-échange franco-britannique

Le 23 janvier 1860 est signé le traité de libre-échange franco-britannique. C'est le début d'une courte période de désarmement douanier qui va séduire à peu près toute l'Europe.

Alban Dignat

Lord Palmerston s'adressant à la Chambre des communes lors de débats sur le projet de traité franco-britannique, John Phillip , 1863, Royal Academy, Londres.

Conversion des Anglais au libre-échange

Français et Anglais avaient déjà tenté d'abattre les barrières douanières dans une autre période heureuse. C'était le 26 septembre 1786, avec la signature à Londres du traité Eden-Rayneval. Mais cette première « mondialisation » des temps modernes n'avait pas résisté aux guerres de la Révolution et de l'Empire.

Après la chute de Napoléon Ier et le retour de la paix, les Anglais ont très vite confirmé leur prépondérance mondiale dans le commerce maritime et l'industrie (charbon, chemin de fer, textile). Ils se sont du coup reconverti au libre-échange, y voyant le moyen de consolider leur avance sur leurs concurrents continentaux. C'est ainsi qu'ils ont abrogé en 1846 les  « corn laws ».

Ces lois protectionnistes avaient été votées après 1815 à l'initiative des grands propriétaires terriens afin de protéger la paysannerie contre les importations à bas prix de céréales américaines.

Le gouvernement anglais sacrifie tout à la fois les « corn laws » et son agriculture afin de permettre aux ouvriers de se nourrir à moindre prix avec des céréales d'importation. Cela a pour effet de relâcher la pression sur les salaires et par voie de conséquence de favoriser les exportations industrielles.

Triomphe du libre-échange

L'abrogation des « corn laws » relance les exportations britanniques mais celles-ci montrent assez rapidement des signes d'essouflement. Le traité franco-britannique de 1860, négocié par les économistes Michel Chevalier et Richard Cobden, va opportunément leur offrir un deuxième souffle.

Le premier des négociateurs est un polytechnicien titulaire de la chaire d'économie politique du Collège de France.

Le second est un économiste qui a fait fortune en ouvrant en 1828, dans le Lancashire, une manufacture de toiles peintes. Idéaliste, il anime la Ligue anglaise contre les « corn laws ». Il est convaincu que le libre-échange est la clé de la paix et de la prospérité universelles.

Les deux négociateurs bénéficient du soutien déterminé de William Gladstone, chancelier de l'Échiquier (ministre de l'Économie) dans le cabinet Palmerston et l'appui décisif de l'empereur des Français Napoléon III.

Conclu en cachette des industriels français qui vont s'y opposer en vain, ce traité traduit une libéralisation sans précédent des échanges commerciaux. C'est aussi le signe éclatant de l'entente cordiale entre Napoléon III et la reine Victoria et du rapprochement entre les deux ennemis héréditaires que sont la France et l'Angleterre.

Le traité franco-britannique est suivi d'autres traités entre la France et l'Angleterre et leurs autres voisins européens. Ils aboutissent à un désarmement douanier de l'Europe. Le monde occidental atteint un équilibre qu'il ne retrouvera plus de sitôt.

Massacrer au nom du libre-échange

Le rapprochement franco-britannique se traduit la même année par une expédition conjointe en Chine. Le principal fait d'armes de cette équipée est la mise à sac et l'incendie du Palais d'Été.
Il s'ensuit la signature de la convention de Pékin avec le gouvernement impérial chinois. Par cette convention, les Chinois, contraints et forcés, ouvrent leur marché aux produits européens. Cet autre triomphe de l'idéologie du libre-échange se solde par la ruine de l'empire mandchou et l'appauvrissement à grande vitesse de ses habitants.

Publié ou mis à jour le : 2023-04-11 20:53:53
Bernard (21-01-2024 17:36:25)

Il s'agit bien ici d'un "libre"-échange et de la pire espèce. Les Occidentaux n'ont pas colonisé la Chine. Il lui ont imposé avec des canonnières des comptoirs dotés d'extra-territorialité pour donner la liberté aux individus chinois de leur acheter de l'opium et de se détruire avec. Cet opium était produit dans leur empire des Indes et son exportation dans l'immense marché chinois permettait d'équilibrer leur balance commerciale déséquilibrée par leurs importations massives de thé chinois. Le souvenir de ces "traités inégaux" est encore cuisant en Chine et réactivé quand le pouvoir en a besoin pour que son opinion s'oppose aux Occidentaux.

Anonyme (23-01-2018 11:45:48)

Cette guerre fut une entreprise coloniale et certainement pas le résultat de l'"idéologie du libre- échange", comme le laisse entendre cet article. Le colonialisme consiste pour un gouvernement à trouver une excuse afin d’annexer un territoire au frais du contribuable de manière à créer des monopoles pour le compte de grandes entreprises privées et l’enrichissement personnel des membres de ce même gouvernement. Ceci est exactement l’opposé du libre-échange. Le libre-échange consiste a laissé les individus (pas les gouvernements) commercer, c’est-à-dire échanger, librement avec qui bon leur semble. Or on s’aperçoit que l’excuse ici a été fournie par l’arrestation des marins anglais du navire « Arrow » par le gouverneur chinois de Canton en Octobre 1856. Ces marins étaient légitimement accuses de piraterie, mais rendus à la liberté au bout de quelques jours seulement, sans avoir été maltraités. Sur ce, les navires de guerre anglais présents dans le port bombardent la ville. Le droit est totalement bafoué. La guerre aboutira à l’ouverture de « comptoirs » dans lesquels seuls les anglais et français dument patentés par leurs gouvernements respectifs pourront commercer. On voit qu’il n’y a aucune liberté de commerce ici. Comment peut-on prétendre que le libre-échange est à l’origine de la seconde guerre de l’opium ? C’est pour toutes ces raisons que Richard Cobden s'est opposé à cette guerre. On peut facilement trouver en ligne son discours fait devant le parlement britannique ("House of Commons") le 26 Février 1857. Voici le lien: http://www.econlib.org/library/YPDBooks/Cobden/cbdSPP39.html

Respectez l'orthographe et la bienséance. Les commentaires sont affichés après validation mais n'engagent que leurs auteurs.

Actualités de l'Histoire
Revue de presse et anniversaires

Histoire & multimédia
vidéos, podcasts, animations

Galerie d'images
un régal pour les yeux

Rétrospectives
2005, 2008, 2011, 2015...

L'Antiquité classique
en 36 cartes animées

Frise des personnages
Une exclusivité Herodote.net