27 mars 1854

Début de la guerre de Crimée

Le 12 mars 1854, la France et le Royaume-Uni concluent un traité d'alliance avec la Turquie, déjà en guerre avec la Russie. Le 27 mars suivant, elles déclarent à leur tour la guerre à la Russie sur un prétexte quelque peu ridicule. C'est le début de la guerre de Crimée, ainsi dénommée d'après le lieu principal où vont se dérouler les hostilités : la presqu'île de Crimée et sa capitale Sébastopol, au nord de la mer Noire. 

C'est là que, finalement, choisissent de débarquer les corps expéditionnaires français et anglais. Engagées dans des offensives brouillonnes et mal commandées, les troupes vont souffrir tous les maux pendant deux ans, dans une sorte de répétition de la Grande Guerre (1914-1918).

La guerre de Crimée clôt une longue période de paix et de prospérité, inaugurée par le Congrès de Vienne (1815) et comme rarement l'Europe en a connue.

Alban Dignat
La basilique de la Nativité, à Bethléem (photo: Histoire du christianisme, N°67, juillet-août 2013)

Une querelle surréaliste

À l'origine de la guerre se situe une querelle surréaliste à... Bethléem, en Palestine, région ottomane. Les moines latins qui partagent la garde de la basilique de la Nativité avec les moines grecs orthodoxes soupçonnent ceux-ci d'avoir fait disparaître une étoile décorative dotée d'une inscription en latin.

Nicolas Ier de Russie (6 juillet 1796 - 2 mars 1855), 1856, musée de l'Ermitage, Saint-PétersbourgPar routine, les diplomates français, qui sont censés protéger les chrétiens latins d'Orient, relaient leur protestation auprès de la Sublime Porte, le gouvernement du sultan. Là-dessus, à Paris, le roi Louis-Philippe 1er est renversé. À sa place s'installe une Seconde République avec un gouvernement de plus en plus conservateur au fil des mois.

Dans le souci de séduire les électeurs catholiques, le gouvernement républicain relance les protestations auprès du sultan en 1850.

Par un excès de zèle, le général Ducos Lahitte, ministre des Affaires étrangères, demande aux Turcs de rétablir les religieux latins dans leurs droits en remontant jusqu'à la capitulaire de 1740 qui leur a confié la garde des Lieux Saints de Jérusalem et Bethléem. Devant cette surenchère, le tsar Nicolas 1er, qui défend les orthodoxes, s'insurge et exige du sultan le retour au statu quo ante.

En 1852, la « crise des Lieux Saints » semble étouffée quand soudain, le consul de Russie à Jérusalem reçoit l'ordre de quitter la ville avec éclat. C'est que le tsar juge la situation propice pour régler une bonne fois pour toutes la « Question d'Orient ». Il  tente de s'assurer des alliances en Europe.

Le tsar joue à quitte ou double

Le 9  janvier 1853, dans un bal de Saint-Pétersbourg, Nicolas 1er suggère à l'ambassadeur britannique de régler la succession de l'empire ottoman qu'il qualifie d'« homme malade de l'Europe ». À lui les Balkans et le contrôle des détroits (les Dardanelles et le Bosphore) ; à Londres l'Égypte et la Crète. Mais l'Angleterre repousse son offre par crainte que la Russie n'acquière trop d'influence en Méditerranée et en Orient.

Dépité, le tsar réclame que l'Europe et le sultan lui reconnaissent au moins un protectorat sur tous les chrétiens orthodoxes de l'empire ottoman. Mais cela reviendrait à placer les Balkans, en majorité chrétiens, sous sa tutelle, et le sultan, poussé par son opinion publique, s'y refuse.

Nicolas 1e décide alors de jouer en solo, en postulant sur la mésentente entre Français et Anglais. 

Le 1er juillet 1853, son armée pénètre en Moldavie et Valachie (la Roumanie actuelle), provinces sous suzeraineté ottomane, et atteint le Danube. Le sultan Abdul-Medjid 1er ne peut faire moins que de déclarer la guerre au tsar. Mais sa flotte est défaite le 30 novembre à Sinope, en mer Noire.

Le tsar n'en reste pas là. Il profite de l'occasion pour combattre les tribus insoumises du Caucase, en particulier les Tchétchènes regroupés autour du prince (ou imam) Chamyl. Il engage aussi des tractations avec le chah d'Iran, rival traditionnel du sultan, et reçoit des messages de sympathie des... États-Unis. 

L'empereur des Français, qui avait proclamé à son avènement : « L'Empire, c'est la paix ! », se voit contraint d'intervenir pour préserver l'équilibre international. Il se rapproche de Lord Aberdeen, Premier ministre britannique. Les deux hommes d'État font alors cause commune avec le sultan. Ils engagent leur flotte dans la mer Noire dès le 3 janvier 1854 puis déclarent la guerre au tsar.

L'empire d'Autriche, grand rival de la Russie, veut bien rester neutre à la demande de celle-ci mais c'est à la condition que le tsar retire ses troupes de Moldavie et Valaquie, des provinces sur lesquelles Vienne a aussi des visées.

En janvier 1855, alors que les hostilités ont déjà débuté dans la presqu'île de Crimée, le royaume de Piémont-Sardaigne se joint symboliquement à l'alliance franco-britannique, simplement dans l'espoir d'être plus tard assisté dans ses projets de guerre contre l'Autriche.

Publié ou mis à jour le : 2019-05-03 16:46:45

 
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