19 janvier 1840

Découverte de la terre Adélie

Deux navires battant pavillon français se fraient un chemin parmi les icebergs de l'océan Antarctique (dico). Le 19 janvier 1840, ils arrivent en vue d'une montagne.

Le commandant de l'expédition, Jules Dumont d'Urville, prend possession de cette terre glacée au nom de la France. Il la baptise du prénom de sa propre femme, Adélie. Il pousse la délicatesse jusqu'à donner aussi son prénom aux manchots du cru, les manchots Adélie.

C'est la première intrusion des Français dans l'Antarctique, elle participe de l'exploration du monde menée tambour battant par les Européens en ce milieu du XIXe siècle... 

Alban Dignat
Une vocation scientifique

En conformité avec le traité de l'Antarctique signé à Washington en 1959, la Terre-Adélie est aujourd'hui gérée par la France. Cette fraction du « continent blanc » de 400 000 km2, au sud de l'Australie, fait partie des Terres australes et antarctiques françaises. Elle abrite une base scientifique permanente, baptisée comme il se doit Dumont-d'Urville. La France possède par ailleurs dans l'océan Indien les îles Kerguelen, au sud de la Réunion.

Un aventurier au service du progrès

Le découvreur de la terre Adélie est un personnage représentatif du début du XIXe siècle. Comme ses concitoyens, las des guerres révolutionnaires, il a foi dans le progrès et aspire à mieux connaître le monde.

Jules César Dumont d'Urville (Condé-sur-Noireau, 23 mai 1790 ; Meudon, 8 mai 1842) ; portrait posthume par Jérôme Cartellier en 1846 (château de Versailles)En 1819, à la veille de ses 30 ans, Dumont d'Urville participe à une expédition scientifique en mer Egée.

Sur l'île de Milo (ou Milos), il est informé de la découverte d'une statue de Vénus par un officier de marine, Olivier Voutier. Il convainc l'ambassadeur de France à Constantinople d'en faire l'acquisition pour le compte de son gouvernement et la ramène en France.

La Vénus de Milo trône aujourd'hui en bonne place au musée du Louvre.

Le marin effectue encore deux voyages scientifiques autour du monde avec une corvette, la Coquille, et ramène nombre de plantes exotiques.

En 1826, il  reçoit mission d'explorer le Pacifique sud et de récupérer ce qui reste de l'Astrolabe et la Boussole, les navires de Lapérouse, un célèbre explorateur disparu en Polynésie, à la veille de la Révolution française, 40 ans plus tôt.

Les restes des navires de Lapérouse avaient été repérés en 1827 sur l'île de Vanikoro par le capitaine anglais Peter Dillon, lequel avait reçu en conséquence une récompense des mains du roi de France.

Dumont d'Urville rebaptise sa propre corvette l'Astrolabe et effectue un périple de trois ans dans le Pacifique et autour de l'Australie.

À Vanikoro, où il séjourne jusqu'en mars 1828, il fait édifier un monument à la mémoire de La Pérouse. De retour à Marseille en mars 1829, Dumont d'Urville ramène une grande masse d'informations scientifiques ainsi que des vestiges de la Boussole.

Il fait paraître entre 1830 et 1833 compte-rendu de son voyage sous le titre : Voyage de la corvette l'Astrolabe exécuté par ordre du Roi, pendant les années 1826-1827-1828-1829 sous le commandement de M. J. Dumont d'Urville, capitaine de vaisseau (17 volumes dont 4 atlas). Il invente les termes Malaisie, Micronésie et Mélanésie afin de distinguer les différentes cultures et populations du Pacifique Sud.

Inauguration par Dumont d'Urville du monument à la gloire de La Pérouse à Vanikoro (Voyage de la corvette l’Astrolabe, 1830)

La course à l'Antarctique

À cette époque, les Anglo-Saxons commencent à explorer les régions antarctiques et s'interrogent sur l'existence d'un continent antarctique. En 1773, l'explorateur James Cook a franchi le cercle polaire mais en a conclu à l'inexistence de ce continent. En janvier 1820, un capitaine de la flotte impériale russe, Fabian Gottlieb von Bellingshausen, a franchi à son tour le cercle polaire sans découvrir davantage de terre.

Le roi de France Louis-Philippe Ier, qui est passionné de géographie, veut prendre tout le monde de vitesse. Il est séduit par un nouveau projet que lui présente Dumont d'Urville et contribue lui-même au financement de sa mission, malgré l'hostilité de nombreux scientifiques dont l'astrophysicien et député François Arago qui n'en voient pas l'intérêt.

C'est ainsi que Dumont d'Urville arme l'Astrolabe et une autre corvette, la Zélée.Il appareille de Toulon à l'automne 1837, gagne Rio de Janeiro et franchit le détroit de Magellan.

Le 23 janvier 1838, Clément Vincendon-Dumoulin, hydrographe de l'expédition, calcule l'inclinaison magnétique de la Terre et ainsi localise le pôle Sud magnétique.

Deux ans plus tard, ayant découvert les îles aujourd'hui connues sous le nom de Joinville et Louis-Philippe, Dumont d'Urville fait relâche sur l'île de Tasmanie, au sud de l'Australie, ses marins souffrant du scorbut.

Profitant de l'été austral, il repart le 1er janvier 1840 avec ce qui lui reste d'hommes valides et accoste quelques jours plus tard sur le « Rocher du Débarquement », dans ce qui sera la terre Adélie. Il arrive ainsi plus près du pôle Sud qu'aucun autre homme avant lui.

De retour en France, le capitaine de vaisseau Dumont d'Urville est fait contre-amiral. Mais il n'a pas le temps de publier ses observations ni de jouir de sa gloire...

Le dimanche 8 mai 1842, il périt avec sa femme et son fils dans le premier accident de l'histoire du chemin de fer. Le drame survient à Meudon, sur la ligne Paris-Versailles et fait 55 morts. Les contemporains s'en émeuvent mais considèrent que c'est le prix à payer pour le progrès. Jules Sébastien César Dumont d'Urville ne les eut pas contredits. Mais qu'en eut pensé Adélie, son épouse ?

Publié ou mis à jour le : 2020-05-19 13:16:49

 
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