6 mars 1836

Massacre à Fort Alamo

Le 6 mars 1836, plus de cinq mille soldats mexicains, sous le commandement de l'illustre général Antonio Lopez de Santa Anna, s'emparent de Fort Alamo, au Texas, après des combats acharnés.

Le fort improvisé n'était défendu que par 187 ressortissants texans ou américains. Tous succombent au terme de l'assaut non sans avoir mis hors de combat, dit-on, 1 500 ennemis.

René Castillon

David Crockett à Fort Alamo (Robert Jenkins Onderdonk, 1903, Etat du Texas)

Le Texas entre Mexique et États-Unis

Le Texas était à l'origine une dépendance du Mexique. Mais, à ses 4 000 Tejanos d'origine hispanique, sont venus s'ajouter pas moins de 16.000 colons nord-américains accompagnés de 5 000 esclaves noirs.

Les nouveaux habitants mettent en culture des terres vierges sans autorisation aucune et s'inquiètent bientôt de l'intention du gouvernement mexicain d'abolir l'esclavage ! Ils n'ont que mépris pour les dirigeants du pays et ceux-ci le leur rendent bien.

En 1834, le général Antonio Lopez de Santa Anna envoie des détachements armés au Texas pour faire respecter son autorité. Certains sont désarmés par les colons et ceux-ci en viennent à proclamer leur autonomie sous le commandement de l'un d'eux, Sam Houston.

C'est bientôt la guerre ! Le 10 décembre 1835, 1200 soldats mexicains capitulent devant 550 Texans près de San Antonio, au coeur du territoire.

Santa Anna, qui se qualifie de « Napoléon du Nouveau Monde », ne s'en laisse pas conter. À la tête de son armée, il entreprend d'écraser les rebelles une bonne fois pour toutes. Il avise par lettre le président américain Andrew Jackson qu'il les considère comme des pirates et les traitera comme tel, sans faire de prisonniers.

L'armée mexicaine se rapproche d'Alamo, un ancien fort situé près de San Antonio, tandis qu'au nord, Sam Houston rassemble une armée et prépare la riposte. 

Houston envoie précipitamment à Fort Alamo le colonel James Bowie (40 ans), un aventurier originaire du Kentucky qui s'est illustré dans le trafic d'esclaves en Louisiane avant de s'établir au Texas. Il lui donne l'ordre de détruire le fort et d'en enlever les canons. 

Mais Bowie n'en a pas le temps. Là-dessus arrive le colonel William Travis et 160 hommes. Ils décident, non sans imprudence, de s'établir dans le fort et d'y attendre l'ennemi. 

Une épopée américaine

Le fort, situé à l'emplacement d'une ancienne mission, ne comporte que trois redoutes et des casemates ainsi qu'une église, le tout entouré d'une modeste enceinte de trois mètres de haut.

À l'aube du 23 février, les défenseurs notent une agitation fiévreuse parmi les villageois dont beaucoup se préparent à la fuite. Dans l'après-midi enfin, ils ont la confirmation que l'armée mexicaine marche sur eux. L'armée en question comprend 1500 soldats de métier et près de 5000 paysans enrôlés de force, aussi mal entraînés que mal armés.

Dès le lendemain, Santa Anna, se refusant à toute négociation, entame le bombardement du fort.

Les assiégés comprennent qu'il ne leur sera pas fait de quartier. Travis promet un important lot de terres à tous les défenseurs de Fort Alamo en cas de victoire et fait passer à l'extérieur un « Appel aux armes à l'attention du peuple du Texas et de tous les Américains ». Tous ses hommes décident de rester coûte que coûte (à l'exception d'un Français !).

Deux jours plus tard, ils ont la satisfaction d'accueillir une soixantaine de volontaires du Texas et du Tennessee, avec, à leur tête, un trappeur de légende : Davy Crockett (49 ans), descendant d'un huguenot français. Battu aux élections sénatoriales au Congrès des États-Unis, il aspire à rehausser sa gloire à Fort Alamo.

Mais ces maigres renforts ne changent rien au déséquilibre des forces en présence. Pendant quelques jours, les Mexicains canonnent le fort sans laisser un moment de répit à leurs occupants. Au matin du 6 mars enfin, ils lancent enfin l'assaut, surprenant la garnison dans son sommeil.

Quand l'alerte est donnée, chacun se précipite au combat... sauf Bowie, alité depuis plusieurs jours pour cause de dysenterie, et les femmes et les enfants, réfugiés dans la sacristie. 

Le désordre s'installe dans les rangs mexicains, les paysans des derniers rangs tirant à l'aveuglette sur les soldats des premiers rangs. Ceux-ci arrivent néanmoins au pied des palissades et l'un de leurs officiers, franchissant celles-ci, ouvre la poterne qui donne accès au fort. 

Travis est tué parmi les premiers. Débordés, les survivants continuent le combat dans les casemates. Pas un n'en réchappe. Le corps à corps s'interrompt au bout d'une heure faute de combattants. Les cadavres des vaincus sont brûlés sur trois bûchers.

Le Texas, nouvel État américain

Rééditant l'exploit de Léonidas aux Thermopyles, les défenseurs de Fort Alamo auront permis aux Texans de gagner leur liberté en retenant l'armée mexicaine du 24 février 1836 à ce 6 mars. Entre temps, en effet, le 2 mars 1836, le Texas a proclamé officiellement son indépendance.

Reprenant sa marche en avant, l'armée de Santa Anna contraint à la reddition 400 Texans près de Golias. Tous sont fusillés. Mais le sort se retourne à San Jacinto où, le 21 avril, les Mexicains, épuisés, sont surpris par 900 Texans sous les ordres de Sam Houston. Aux cris de « Vengeance pour El Alamo », ils tirent Santa Anna de sa sieste, tuent 600 ennemis et en capturent autant. Santa Anna, contraint et forcé, évacue le Texas et reconnaît son indépendance. Sam Houston devient le premier président de la nouvelle République.

Quelques années plus tard, le 1er mars 1845, le Texas, qui craint un retour en force de Santa Anna, obtient d'être admis au sein des États-Unis d'Amérique. Il devient le 38e état de la fédération... tout en conservant le droit de pratiquer l'esclavage.

L'annexion entraîne une protestation du Mexique. Les États-Unis saisissent ce prétexte pour entrer en guerre contre leur voisin et, par le traité de Guadalupe Hidalgo du 2 février 1848, au terme d'une promenade militaire, ils lui enlèvent de vastes territoires supplémentaires dont la Californie et le Nouveau-Mexique. Notons qu'Abraham Lincoln est l'un des rares représentants du Congrès américain à dénoncer le caractère immoral de cette guerre. Il y perd son siège.

Une légende américaine

Richard Widmark et John Wayne (Alamo, 1960)Les Mexicains n'ont cure du siège de Fort Alamo, une péripétie sans importance à leurs yeux. Par contre, celui-ci reste profondément gravé dans la mémoire des Américains et nourrit depuis un siècle leur imaginaire.

John Wayne l'a mis en scène dans le premier film qu'il a réalisé en personne, en 1960, Alamo. Il joue lui-même dans ce film le rôle de David Crockett.

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
Seulement
20€/an!

Actualités de l'Histoire
Revue de presse et anniversaires

Histoire & multimédia
vidéos, podcasts, animations

Galerie d'images
un régal pour les yeux

Rétrospectives
2005, 2008, 2011, 2015...

L'Antiquité classique
en 36 cartes animées

Frise des personnages
Une exclusivité Herodote.net