20 avril 1828

René Caillié entre à Tombouctou

Le 20 avril 1828, l'explorateur René Caillié découvre Tombouctou, une cité interdite aux chrétiens, sur les bords du Niger.

Alban Dignat
René Caillié, Vue de la ville de Temboctou prise du sommet d’une colline à l’est, in Voyage à Temboctou et à Jenné, dans l'Afrique Centrale,précédé d'observations faites chez les Maures Braknas, les Nalous et d'autres peuples, pendant les années 1824, 1825, 1826, 1827, 1828, BNF, Paris

Le rêve fou d'un pauvre jeune homme

Né le 19 novembre 1799 dans le ménage d'un boulanger misérable, le jeune René Caillié (on écrit aussi Caillé) a grandi en rêvant aux noms mystérieux inscrits sur les cartes d'Afrique. À 16 ans, il quitte son village de Mauzé-sur-le-Mignon (Deux-Sèvres) avec l'ambition de devenir le premier Européen à entrer à Tombouctou... et à en revenir.

Il est enrôlé comme moussaillon sur une escadrille qui quitte Bordeaux pour le Sénégal le 27 avril 1816. Elle a mission de reprendre le Sénégal que le traité de Paris a restitué à la France après la chute de Napoléon, quelques mois plus tôt. Elle compte cinq navires de guerre dont la frégate La Méduse, vouée à une tragique célébrité.

René Caillié échappe au naufrage et arrive à Saint-Louis-du-Sénégal. Là, il a connaissance d'une expédition anglaise qui se prépare à partir sur les traces d'un célèbre explorateur écossais, Mungo Park, disparu depuis plus de dix ans dans l'Afrique intérieure.

Démuni de tout, il suit deux Noirs dans la forêt et tente de rejoindre le major Gray qui commande l'expédition en question. Mais trop épuisé, il doit renoncer et embarque sur un navire à destination de la Guadeloupe. De là, il retourne à Bordeaux.

L'aventure à tout prix

Une deuxième fois, il trouve le moyen de revenir à Saint-Louis et rejoint une nouvelle expédition britannique, partie cette fois à la rescousse du major Gray, prisonnier d'un roitelet local. René Caillié, en manque de ressources, participe à quelques voyages vers les Antilles et économise 2.000 francs. En 1824, il peut enfin revenir au Sénégal pour réaliser son rêve de jeunesse.

Le gouverneur, le baron Roger, tente de le dissuader. Il lui fait valoir qu'un grand nombre d'Européens ont déjà perdu la vie en tentant de rejoindre Tombouctou... Et ce n'est pas fini ! L'année suivante, un officier britannique, Alexander Gordon Laing, quitte Tripoli, sur la côte méditerranéenne, avec une petite escorte et le soutien officiel du gouvernement britannique. On apprendra plus tard qu'il a été tué sur le chemin du retour.

L'inconscient ne veut rien entendre et s'obstine dans son rêve d'atteindre Tombouctou !

René Caillié décide avant toute chose d'adopter les manières locales.

Il rejoint un groupe de Maures et en un an, apprend leurs coutumes ainsi que quelques rudiments de langue arabe. Il s'applique à déchiffrer le Coran.

Enfin, le 19 avril 1827, René Caillié quitte Saint-Louis avec une petite caravane, se faisant passer pour un enfant d'Alexandrie (Égypte) enlevé par les troupes de Bonaparte et désireux de revenir chez lui.

La longueur de son nez et la couleur de sa peau n'en finissent pas d'étonner. Son parapluie rouge excite la curiosité. Il mendie l'hospitalité et la protection des chefs locaux, cachant avec soin l'argent qui doit lui assurer le retour. Supportant des épreuves et des humiliations sans nom, malade même du scorbut, il arrive sur les bords du Niger et se repose à Kankan, une petite ville africaine de la Guinée actuelle, en pays mandingue.

Nouveau départ pour Djenné, ville commerçante de grande réputation. Il y arrive le 14 mars 1828. Dans cette ville exclusivement africaine, il a la surprise de découvrir des marchandises d'Europe, preuve de flux commerciaux notables via le Maroc et le Sénégal.

Un an jour pour jour après son départ du Sénégal, il débarque en pirogue à Cabra (ou Kabara), le port de Tombouctou sur le Niger. Le lendemain, «au moment où le soleil se couchait à l'horizon», il a le bonheur de toucher au but. Bonheur immédiatement terni par la réalité.

C'était donc cela, Tombouctou ? Une ville africaine assoupie entre le fleuve et le désert.

René Caillié, Élévation de la maison de Cidé Abdallaëh à Tombouctou, in Notes de voyages, 1928, BNF, Paris

Aucune trace des richesses espérées (toits en or, dallages...) ni d'une quelconque effervescence intellectuelle et religieuse. La ville, qui plus est, a été pillée par des Touaregs peu de temps auparavant.

Après deux semaines durant lesquelles il accumule des notes entre les pages de son Coran, René Caillié prend le chemin du retour avec une caravane d'esclaves qui remonte vers le Maroc. Traité comme une bête, il souffre comme jamais mais arrive néanmoins à Fès le 12 août 1828.

Quelques jours plus tard, il se présente en loques au vice-consul de France à Tanger, Monsieur Delaporte. Celui-ci le prend dans ses bras et pleure d'émotion. Membre de la Société de Géographie, il mesure l'exploit à sa juste dimension et assure au jeune explorateur un retour triomphal en France.

Le 5 décembre 1828, à Paris, en présence de l'illustre paléontologue Georges Cuvier, la Société de Géographie fait fête à René Caillié et lui remet la somme de 10.000 francs promise au premier Européen qui ramènerait une description de Tombouctou.

René Caillié publie son Journal d'un voyage à Tombouctou. C'est aussitôt un grand succès de librairie. L'explorateur peut désormais se reposer. Il revient dans sa région natale où il meurt le 17 mai 1838, à 38 ans, marié et père de quatre enfants. Il est inhumé à Pont-L'Abbé-d'Arnoult (Charente-Maritime).

Publié ou mis à jour le : 2019-12-12 08:19:12

 
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