5 mai 1821

Mort de Napoléon Ier à Sainte-Hélène

Le 5 mai 1821, Napoléon Ier s'éteint dans sa maison de Longwood, à Sainte-Hélène, un îlot perdu au milieu de l'Atlantique sud où l'ont exilé les Anglais en 1815 après la défaite de Waterloo et son abdication. Il n'a pas 52 ans.

L’ex-Empereur a inscrit dans son testament : « Je meurs prématurément, assassiné par l’oligarchie anglaise et son sicaire [Lowe] ; le peuple anglais ne tardera pas à me venger. »

Napoléon sur son lit de mort (Charles de Steuben, musée de l'île d'Aix)

Hors la loi et proscrit

Napoléon Ier, mis hors la loi par les représentants des puissances européennes réunis en congrès à Vienne, a vite compris qu'il n'avait aucune indulgence à attendre d'eux.

Arrivé à Rochefort le 2 juillet 1815 avec le dernier carré de fidèles, il se découvre à la merci des Anglais qui le conduisent à Sainte-Hélène, sans espoir d'évasion. On lui laisse choisir trois officiers pour l'accompagner : le général Bertrand, grand maréchal du Palais, le général de Montholon, aide de camp, et le général Gourgaud, officier d'ordonnance. Embarque aussi le comte de Las Cases, conseiller d'État, qui a l'avantage de parler anglais.

Suivent les épouses de Bertrand et Montholon, le fils de Las Cases, le valet de chambre Bertrand, le maître d'hôtel Cipriani, le (faux) mamelouk Saint-Denis, dit Ali, le chirurgien irlandais O'Meara et quelques autres domestiques. Au total une cinquantaine de personnes.

Tout ce petit monde s'installe dans une maison de maître en partie délabrée, Longwood, sur les hauteurs de Sainte-Hélène. Cette partie de l’île, peu engageante, infectée de multiples insectes, est soumise tantôt à une chaleur torride, tantôt aux pluies, sans oublier le brouillard et une humidité persistante. « Le diable a chié cette île, envolant d’un monde à l’autre ! », se serait exclamée en arrivant l’épouse du général Bertrand, qui n’en croit pas ses yeux.

Mort lente

Albine de Montholon devient la maîtresse de l'auguste reclus, histoire de le désennuyer ; de retour en France, elle accouchera d'un enfant qui mourra en bas âge.

Certains exilés volontaires n'attendent pas la mort de Napoléon pour rentrer en France. Ainsi du comte de Las Cases, pressé de publier les confidences de l'empereur, qui trouve habilement moyen de se faire expulser dès le 30 novembre 1816. Le général Gourgaud se fait expulser à son tour après une dispute avec Montholon.

Pendant les premières années de l'exil, les habitants de Longwood ne vont cesser de jouer au chat et à la souris avec le gouverneur de l'île, sir Hudson Lowe, terrorisé par la crainte que son prisonnier ne s'enfuie. Ses multiples vexations et maladresses vont contribuer à embellir la légende de l'Empereur victime de la perfidie anglaise.

Napoléon ressent en mars 1820 une première et violente douleur au ventre. Il comprend que sa fin est proche. Dans les mois qui suivent, son état se dégrade très vite. Selon le diagnostic publié par le gouverneur britannique de l'île après son autopsie, sa mort aurait été provoquée par un cancer de l'estomac, comme celui qui emporta son père. Elle a été accélérée en tout cas par l'amertume de l'exil.

Napoléon sur son lit de mort (par Charles de Steuben, 1829, musée Napoléon, Arenenberg, Suisse) ; de gauche à droite : Napoléon Bertrand et son père le gal Bertrand, le dr Antommarchi (debout), Napoléon, le petit Arthur Bertrand, Marchand et Ali, Mme Bertrand avec ses enfants Hortense et Henri, Montholon, dr Burton et Arnolt (debout, Noverraz (à genoux)

Une tombe muette dans la vallée du géranium

Sur la route de Jamestown, le long du cratère du Bol à Punch du Diable, se trouve un vallon verdoyant, la vallée du géranium. Napoléon, qui l’avait découvert au détour d’une promenade, appréciait l’eau de sa source. C’est là qu’il a voulu être inhumé, comprenant qu’il ne pourrait reposer en terre française. Le 6 mai 1821, une fosse y est creusée à l’ombre de deux grands saules.

Après l’autopsie, pratiquée par le docteur Antommarchi sur le billard du salon, le corps de Napoléon est exposé dans la chambre à coucher, devenue chapelle ardente. Le 9 mai, le convoi funèbre quitte Longwood. Le corps a été placé dans quatre cercueils emboîtés – un de fer-blanc, un de bois exotique, un de plomb, un dernier d’acajou – avant d’être mis en terre. Les Anglais lui rendent les honneurs dus à… un général.

La tombe est couverte de trois dalles prélevées dans la cuisine de New House. Les Français voudraient y faire inscrire : « Napoléon. Né à Ajaccio le 15 août 1769, mort à Sainte-Hélène le 5 mai 1821 », mais le gouverneur tient à y apposer le nom de Bonaparte. Cet ultime avatar du conflit qui a marqué l’exil ne trouve pas d’issue. La tombe est donc laissée vierge.

Le 27 mai 1821, la famille Bertrand, Montholon, le Dr Antommarchi, l’abbé Vignali, les serviteurs Marchand, Ali, Coursot, Archambault… s’embarquent pour l’Europe. Dans leur sillage s’éloignent Longwood et ses meubles anglais ou chinois, qui sont partagés entre les notables de l’île. Ceux-là même qui avaient fourni à Napoléon, en 1815, les meubles dont ils ne voulaient plus. S’ils doivent laisser en terre étrangère le corps de l’Empereur, ses derniers fidèles emportent le manuscrit de ses Mémoires, son testament, son masque mortuaire, des dizaines d’objets marqués par sa présence, ainsi que leurs propres souvenirs.

Vue de la vallée du géranium (estampe de Louis Marchand, Fondation Thiers)

Napoléon a-t-il été empoisonné ?

En 1961, un toxicologue suédois évoque pour la première fois l'hypothèse d'un empoisonnement à l'arsenic de l'empereur, sur la base d'une analyse de quelques cheveux rapportés par l'entourage de Sainte-Hélène. Plusieurs chercheurs l'ont reprise depuis lors mais elle paraît peu plausible. Pour Jean Tulard, grand historien de l'Empire (et spécialiste du roman policier), elle ne relève que de la littérature romanesque.

Naissance d'une Légende

Napoléon à Sainte-Hélène dictant ses mémoires au général Gourgaud (estampe d'après Charles de Steuben, Malmaison)À Paris, la nouvelle de la mort de Napoléon arrive dans un salon où sont présents ce soir-là Wellington, le vainqueur de Waterloo, et Talleyrand, l'ancien ministre des Relations extérieures de l'empereur. Quelqu'un s'exclame : « Quel événement ! » et Talleyrand de laisser tomber : « Ce n'est plus un événement, c'est une nouvelle ».

Marie-Louise, veuve de Napoléon, épouse quatre mois après sa mort l'homme avec qui elle vit désormais et dont elle a déjà eu deux enfants, le feldmaréchal autrichien comte von Neipperg.

On pourrait croire qu'une page se tourne. En vérité, il n'en est rien. Avec la mort de Napoléon, c'est une légende qui commence...

Pendant ses deux mille jours d'exil, l'ex-empereur a peaufiné sa légende en dictant ses souvenirs et ses réflexions au comte de Las Cases ainsi qu'à Bertrand, Gourgaud et Montholon.

Las Cases publie ses notes en 1823 sous le titre : Le Mémorial de Sainte-Hélène. Cette hagiographie de plus de 2000 pages, servie par le talent d'écriture de Las Cases, recueille immédiatement un immense succès. Elle se vend à 40 000 exemplaires du vivant de l'auteur.

Dans la France pacifiée, prospère et ennuyeuse de la Restauration, l'épopée napoléonienne et les récits des demi-soldes font rêver la jeunesse romantique.

L'espoir d'une restauration de l'Empire s'éloigne avec la mort en 1832 du fils de Napoléon et Marie-Louise, l'ex-roi de Rome. L'Aiglon, devenu Franz, duc de Reichstadt, meurt de tuberculose, maladie romantique par excellence, au palais de Schönbrunn, près de Vienne. Il a 22 ans.

En 1840, le président du Conseil, Adolphe Thiers, négocie avec Londres le retour des cendres de Napoléon à Paris. Il veut, par cette initiative, redresser le prestige du roi Louis-Philippe Ier.

Gourgaud lui-même revient à Sainte-Hélène quérir les cendres de l'empereur. Le transfert donne lieu à une cérémonie populaire et grandiose à laquelle assistent un million de Français enthousiastes qui n'hésitent pas à crier « Vive l'Empereur ! ».

Le principal bénéficiaire de l'opération est le courant bonapartiste. Celui-ci reprend vie et il ne lui faudra que huit ans pour amener au pouvoir Louis-Napoléon Bonaparte, neveu du regretté empereur.

Napoléon Ier repose depuis lors aux Invalides, sur les bords de la Seine. C'est la première fois que le tombeau d'un autocrate trône au centre d'une capitale et d'un pays.

L'idée a été reprise et amplifiée au XXe siècle, sous les régimes communistes, à Moscou, Pékin, Sofia... dans une tentative de remplacer les religions traditionnelles par le culte d'un « grand » homme.

Fabienne Manière
Publié ou mis à jour le : 2019-04-29 11:59:58

 
Seulement
20€/an!

Actualités de l'Histoire
Revue de presse et anniversaires

Histoire & multimédia
vidéos, podcasts, animations

Galerie d'images
un régal pour les yeux

Rétrospectives
2005, 2008, 2011, 2015...

L'Antiquité classique
en 36 cartes animées

Frise des personnages
Une exclusivité Herodote.net