20 novembre 1815

Second traité de Paris et fin de l'Empire

Le traité de Paris du 20 novembre 1815 sanctionne le retour de Napoléon de l'île d'Elbe et sa défaite à Waterloo.

Fabienne Manière

Du premier traité aux Cent Jours

L'année précédente, après l'abdication de Napoléon Ier, les vainqueurs avaient permis à la France de conserver ses frontières de 1792 par le premier traité de Paris (30 mai 1814). Ils s'étaient contentés de lui enlever les conquêtes de la Révolution tout en lui laissant Mulhouse, Montbéliard, le comtat Venaissin, la Savoie, les forteresses de Marienbourg, Philippeville, Sarrelouis et Landau, ainsi que la plupart de ses colonies à l'exception de l'île de France (qui deviendra l'île Maurice), Sainte-Lucie et Tobago, dans les Antilles.

Les Français ayant restauré la monarchie, le roi Louis XVIII se montre prêt à tous les arrangements et « octroie » une charte constitutionnelle...

Malheureux Cent Jours

Cependant sur l'île d'Elbe dont il est devenu le prince, en conservant le titre d'empereur (!), Napoléon Ier cultive la nostalgie de sa famille, du pouvoir et de la guerre. Son épouse Marie-Louise n'a pas attendu son abdication de Fontainebleau pour s'enfuir à Vienne auprès de son père l'empereur d'Autriche, en emmenant leur fils.

S'étant refait une santé, l'ex-empereur quitte son île en catimini et débarque par surprise à Golfe-Juan, le 1er mars 1815, avec 900 grenadiers. Il profite du mécontentement latent chez les paysans et surtout dans l'armée pour s'emparer du pouvoir et chasser les Bourbons.

Malgré l'invocation de la Liberté et de la Révolution par l'ancien autocrate, cette escapade dure à peine cent jours avant de s'achever à Waterloo par la défaite militaire (18 juin 1815). Les conséquences des « Cent-Jours » vont s'avérer désastreuses pour la France.

Des vainqueurs moins accommodants

Les diplomates européens réunis à Vienne pour refaire le monde n'ont même pas à interrompre leur congrès. Ils laissent l'affaire aux militaires et signent l'Acte final du Congrès le 9 juin 1815 avant même que Napoléon n'ait été battu. Les délégués des grandes puissances se retrouvent à Paris cinq mois plus tard pour signer un second traité en vue de liquider les séquelles de la Révolution et de l'Empire.

Tremblants de frayeur rétrospective, les Alliés se montrent beaucoup plus durs que l'année précédente lorsqu'il s'agit de négocier un nouveau traité avec la France. Celle-ci perd des terres qui étaient siennes depuis longtemps. Le duché de Bouillon et les forteresses allemandes de Philippeville et Marienbourg sont cédées aux Pays-Bas. Sarrelouis et Sarrebrück sont cédées à la Prusse. Landau est remise à la Bavière, le pays de Gex à la Suisse, la Savoie au roi de Piémont-Sardaigne.

La France doit aussi subir l'occupation étrangère pendant trois ans et payer une très lourde indemnité de 700 millions de francs, comparable à celles qui seront infligées à la France par le traité de Francfort en 1871 et à l'Allemagne par le traité de Versailles en 1919.

L'historien Jean Tulard conclut : « Le retour de l'île d'Elbe a en effet été malheureux, à plusieurs titres. Premièrement, parce qu'il s'est mal terminé. Deuxièmement, parce qu'il a fallu restituer les oeuvres d'art prises à l'étranger. Troisièmement, parce que nos frontières ont dû être à nouveau rectifiées. Quatrièmement, parce qu'il a jeté le trouble dans l'esprit des fonctionnaires qui ne savaient s'ils devaient rester fidèles à Louis XVIII ou se rallier à Napoléon ». Mais on pourrait ajouter que l'ex-Empereur y a gagné la palme du martyre en échangeant la principauté tranquille de l'île d'Elbe contre un exil dans la lointaine Sainte-Hélène.

Vers le redressement

Le gouvernement du roi Louis XVIII va appliquer à la lettre les termes du traité, ce qui lui vaudra de réintégrer le concert des nations européennes trois ans plus tard. Guidés par l'école romantique, les Français se consoleront en exaltant le souvenir de la Révolution et de l'Empire.

Publié ou mis à jour le : 2026-02-06 21:37:06
Coche (20-11-2025 17:57:11)

Les effets désastreux du second traité de Paris 1815. Comme vous le relatez, le gouvernement du roi Louis XVIII va appliquer à la lettre les termes du traité de Paris et du Congrès de Vienne, de 1815, ce qui lui vaudra de réintégrer le concert des nations européennes.
Mais à partir de 1815, jusqu’à aujourd’hui, la France va courber l’échine devant l’Europe germano-anglo-saxonne, excepté sous la présidence de Charles de Gaulle.
Plus grave, elle paya toutes les rançons et toutes les réparations financières qui lui furent imposées, contrairement à l’Allemagne après 1918 et 1945.
À la mort de Louis XVIII, en 1824, son frère Charles X lui succéda et abdiqua au 29 juillet 1830.
Au cours du règne du nouveau roi Louis-Philippe 1er , les troupes néerlandaises envahirent, le 12 août 1831, le royaume de Belgique afin de récupérer, au minimum, les provinces néerlandophones .
Paniqués, à l’idée de voir le port d’Anvers tomber entre les mains néerlandaises, les Britanniques, qui n’entretiennent pas d’armée permanente, somma la France de leur barrer la route.
Obéissante, cette dernière détacha une armée de septante mille hommes sous la conduite du maréchal Gérard, lequel arrêta les Néerlandais face à Anvers.
Pour éviter une guerre avec la France, toujours puissante sur terre, le roi Guillaume 1er des Pays-Bas mit fin à la campagne des Dix-Jours, le 20 août 1831.

Résultat : la province de Limbourg fut scindée en deux et Maastricht devint néerlandaise, le 19 avril 1839. Quant au Grand Duché de Luxembourg, sa partie francophone fut cédée à la Belgique.
Faut-il en pleurer ? Oui.
Pourquoi, la France ne profita-t-elle pas de l’occasion pour se partager le royaume de Belgique, construction hétéroclite britannique, avec Guillaume 1er des Pays-Bas sur base du traité de Paris, signé le 8 février 1635 entre les Provinces-Unies et le Royaume de France ?
Richelieu dut se retourner dans sa tombe, d’autant que les révolutions de 1830-1831 en Allemagne et en Pologne occupaient les Prussiens et que les Britanniques ne disposaient pas de corps expéditionnaires pour intervenir.
Ce manque de clairvoyance géostratégique offrit aux Allemands, en 14/18 et 40/45, l’opportunité de se diriger droit vers Paris, le cœur de la France, en suivant la Meuse, la Sambre pour atteindre l’Oise, le chemin le plus aisé et le plus rapide des invasions venues de l’est et du nord. ( lire : La frontière du Nord, Marc Blancpain, Perrin,1990)
Même à l’heure actuelle, aucun dirigeant français n’oserait envisager de partager la Belgique, "régionalisée"- quasi- confédérale, malgré l’offre récente, avril 2025, du président de la chambre basse du parlement néerlandais Martin Bosma à l’ambassadeur de France à Amsterdam.
Pourtant, cette position, qui peut paraître étonnante, est partagée, depuis 1930 au sein de mouvements pan-néerlandais, en Belgique comme aux Pays-Bas. Cette proposition de « Grands Pays-Bas », cette idée de rattachement de la Flandre aux Pays-Bas est populaire dans les provinces flamandes belges. Le Premier ministre Bart De Wever, un indépendantiste flamand qui soulignait l’an dernier que « la Flandre et les Pays-Bas ont beaucoup en commun », mais « Ce n’est pas le moment, actuellement, pour parler de réunification. »
Affaire à suivre, car la France aurait grand intérêt économique à disposer de la Sambre et de la Meuse pour les liaisons Le Havre et Dunkerque vers Liège puis le Rhin et ainsi redynamiser, grâce à la Meuse, l'Ardenne et la Lorraine.
Mais nul n'est prophète en son pays.

Coche (18-11-2025 10:01:54)

Le traité de Paris du 20 novembre 1815 et le Congrès de Vienne, de la même année, ne sanctionnent pas seulement le retour de Napoléon de l'île d'Elbe et sa défaite à Waterloo mais surtout l'outrecuidance de la France de s'être opposée frontalement à l'Angleterre et d'avoir déstabilisé et éparpillé le Premier Empire Germanique, sous obédience prussienne.
Il ne faut pas oublier que la Première République puis le Premier Empire vont désencercler, désencarcaner la France du joug, séculaire, conjugué, de l'Angleterre et de l'Empire Habsbourgeois, ce dernier passé sous direction prusienne.
La vengeance de l'Angleterre et de la Prusse se concrétisa par la volonté d' entraver définitivement, de faire barrage à l'esprit du traité de Paris, signé le 8 février 1635, entre les Provinces-Unies et le Royaume de France. Ce traité, hélas non ratifié par les Provinces-Unies, dans le contexte de la guerre de Quatre-Vingts Ans, prévoyait de se partager les Pays-Bas espagnols. La France devait recevoir Cambrai et le Cambrésis, le Luxembourg, les comtés de Namur et du Hainaut, l'Artois et la Flandre au sud de la ligne Blankenberghe-Rupelmonde. Les Provinces-Unies devaient occuper tout le reste.
Vu d'aujourd'hui, le Royaume artificiel de Belgique disparaîtrait au profit des Pays-Bas qui s' adjoindrait les cinq provinces néerlandophones (Anvers, Brabant, Limbourg, Flandre occidentale et Flandre orientale) et au profit de la France qui récupérerait les départements wallons de Jemappes ( province de Hainaut), de Sambre et Meuse ( province de Namur), de l'Ourthe (province de Liège), des Forêts (province de Luxembourg ) ainsi que le Romand Païs ( province de Brabant wallon).
Le traité de Paris, signé le 8 février 1635, proposé par Richelieu répondait au souhait du Bon roi Henri IV de rassembler autour du Royaume de France tous les territoires francophones. Le Bon Roi Henri IV fut assassiné par le loup solitaire Ravaillac, en réalité piloté depuis Bruxelles par les jésuites espagnols (nb : ce fait est officieusement admis par des historiens en Belgique).
Par la suite, les Prussiens se vengèrent en 1870, en 1914 et en 194 ! Quant à l'Angleterre, malgré "L'Entente cordiale" , elle ne cessa jamais les coups fourrés territoriaux ou maritimes contre la France. Le dernier en date fut d'empêcher la vente de sous-marins, par la France, à l'Australie.

Respectez l'orthographe et la bienséance. Les commentaires sont affichés après validation mais n'engagent que leurs auteurs.

Actualités de l'Histoire

Histoire & multimédia

Nos livres d'Histoire

Récits et synthèses

Jouer et apprendre

Frise des personnages