26 décembre 1801

Lord Elgin démonte le Parthénon

Le 26 décembre 1801 commence le « démontage » du Parthénon. Le responsable est un général et diplomate écossais de 35 ans, Thomas Bruce, septième comte d'Elgin.

Un premier navire, la frégate britannique Mentor, quitte le port grec du Pirée pour Londres avec à son bord de nombreux bas-reliefs enlevés au célèbre temple de l'Acropole...

On peut aujourd'hui contempler les « marbres Elgin », hélas mutilés et encagés, sous les voûtes sombres du British Museum... Mais les Grecs ne perdent pas espoir de les voir prendre place dans l'écrin de verre du musée de l'Acropole, construit par Bernard Tschumi au pied de la colline sacrée et inauguré le 20 juin 2009.

Fabienne Manière

Vue de l'Acropole d'Athènes en 1670, avant l'explosion de 1687, d'après un dessin d'Henri Domont (1857-1940) conservé au musée de Bonn. Agrandissement : vue de l'Acropole aujourd'hui

Le temple d'Athéna

Marbres du British Museum (Londres) originaires du Parthénon d'AthènesLe Parthénon a été construit par Périclès sur l'Acropole, de même que les Propylées, qui marquent l'entrée de la colline sacrée, et les temples de l'Erechtéion et d'Athéna Niké.

Il doit son nom à la déesse éponyme d'Athènes, qualifiée de déesse vierge (« parthénos » en grec) et dont il abritait la statue monumentale, chef d'oeuvre de Phidias.

D'abord pillé par l'empereur Justinien pour les besoins de la basilique Sainte-Sophie, le Parthénon est transformé en église vers 550 et en mosquée en 1456. 

Malgré la destruction des Propylées, sans doute suite à un tremblement de terre, l'Acropole et le Parthénon conservent de beaux restes en 1674, comme l'attestent les croquis du marquis de Nointel, ambassadeur de Louis XIV auprès de la « Sublime Porte » (le palais du sultan).

Explosion de l'Acropole le 26 septembre 1687 (gravure de Francesco Fanelli, 1695)Ces croquis, qui représentent en particulier les frontons et les métopes, sont aujourd'hui visibles au Louvre. Ils témoignent de l'état des lieux avant la catastrophe de 1687.

Cette année-là, le 26 septembre 1687, le doge Francesco Morosini met le siège devant l'Acropole où sont réfugiés des Turcs et un obus vénitien tombe sur le Parthénon qui abrite un magasin de poudre. Tout le centre de l'édifice s'effondre.

Le pire reste à venir avec le démontage des frises par lord Elgin en 1801.

Vue du Parthénon aujourd'hui

Démontage

Lord Elgin est nommé ambassadeur auprès de la Sublime Porte en 1799, à un moment critique où Aubert-Dubayet, son homologue français, meurt sans successeur tandis que Bonaparte occupe Le Caire et menace Istamboul.

Le jeune diplomate, pétri de culture classique, s'inquiète de la menace qui plane sur le Parthénon d'Athènes, où sont toujours installés des soldats ottomans. Il tente mais en vain de convaincre le sultan de protéger le monument à titre préventif. N'y arrivant pas, il décide d'agir par lui-même en engageant sa fortune personnelle dans l'opération.

Détail de la frise ionique du Parthénon (cavaliers, face nord), British MuseumC'est ainsi qu'il obtient du sultan Sélim II un firman qui l'autorise à faire enlever les sculptures du fronton, les métopes de l'entablement et aussi la frise qui court sur le pourtour du Parthénon.

Beaucoup de marbres sont abîmés lors de leur arrachement et leur découpe. Le tout est chargé sur le Phaeton.

Les autorités locales d'Athènes tentent de s'opposer à cette profanation mais la ville n'est alors plus qu'une bourgade sans importance et leur avis ne pèse guère.

En 1806, lord Elgin étend le démontage à l'une des caryatides de l'Erechtéion et à d'autres sculptures qui sont chargées sur l'Hydra. En 1817, les dernières pièces du butin font le voyage de Londres sur le Tagus et le Satellite. Beaucoup seront perdues au cours du laborieux transfert et l'un des navires de transport fera même naufrage. Certains marbres se briseront aussi lors de leur démontage.

À Londres, lord Elgin obtient du gouvernement britannique qu'il lui rachète son trésor et les installe au British Museum.

Son entreprise suscite cependant des critiques acerbes dont le poète Lord Byron se fait l'écho, mais Lord Elgin s'en justifie en soulignant que Turcs et Grecs étaient indifférents à la conservation du monument et que les marbres pourraient, à Londres, inspirer les artistes anglais. On dit qu'il a néanmoins fini ses jours dans l'affliction, trahi par son épouse et couvert de dettes.

Faut-il encore mentionner que le petit-fils du prédateur est celui-là même qui ordonna le sac du Palais d'Été de Pékin en 1860, pour venger quelques cruautés commises par les Chinois ?

Le poète pleure sur les marbres volés

Dull is the eye that will not weep to see
Thy walls defaced, thy mouldering shrines removed
By British hands, which it had best behoved
To guard those relics ne'er to be restored.
Curst be the hour when from their isle they roved,
And once again thy hapless bosom gored,
And snatch'd thy shrinking gods to northern climes abhorred !

Aveugles sont les yeux qui ne versent pas de larmes en voyant tes objets sacrés pillés par de profanes mains anglaises
Qui ont encore blessé ton sein meurtri et ravi tes dieux,
Des dieux qui haïssent l'abominable climat nordique de l'Angleterre

George Gordon Byron, (Childe Harold, 1811)

L'Acropole d'Athènes

Publié ou mis à jour le : 2023-05-08 10:15:54
bonnici (31-05-2023 17:28:17)

Le retour des marbres du Parthénon ... une priorité europénne

shaï (03-01-2017 10:06:46)

Au moins, dans les caves du British Museum, ces frises sont à l'abri de dynamiteurs, pillards et autres agités du bocal.

shaï (03-01-2017 10:01:42)

Ce que je trouve étonnant, et plus encore, c'est que des moulages n'aient pas été réalisés (par les Grecs ou les Anglais), il en existe des techniques très élaborées. Cela désamorcerait cette crise larvée qui dure, dure...

pierre (23-12-2016 15:40:25)

il serait peut être temps que ces marbres soient rendus a la Grece !

Claude (28-12-2014 14:48:28)

Je suis persuadée qu'il ne resterait plus rien des marbres du Parthénon s'ils n'avaient pas été démontés. Ce qui est important c'est qu'ils sont accessibles au public. Les guerres nous prouvent qu'en fin de compte la culture ne compte guère dans la politique. Après tout le Parthénon fait partie de l'héritage mondial.

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