20 avril-11 juillet 1792

La France entre en guerre et décrète « la Patrie en danger »

Décret du 11 juillet 1792 de l'Assemblée Législative sur la Patrie en dangerPendant près de trois ans, la Révolution française avait suivi un chemin agité, toutefois sans répercussion sur ses relations avec les autres puissances européennes qui adoptent une attitude prudente. Mais le 20 avril 1792, à Paris, sur une proposition du roi Louis XVI, l'Assemblée législative déclara officiellement la guerre au « roi de Bohême et de Hongrie », en fait l'archiduc d'Autriche François II de Habsbourg. 

La France, qui n'avait pas connu d'invasion depuis le traité d'Utrecht et la mort de Louis XIV, se vit tout d'un coup menacée d'occupation étrangère. Dès le 4 juillet 1792, l'Assemblée se ressaisit et décréta  « la Patrie en danger »... Ce fut le début d'une longue série de guerres entre la France et le reste de l'Europe qui bouleversèrent la carte du continent. 

Bernard Zahra, avec la contribution de Fabienne Manière

Louis XVI annonce aux députés de l'Assemblée nationale législative qu'il a déclaré la guerre au roi de Bohême et de Hongrie, 20 avril 1792, Johann Carl Bock, 1792, Paris, BnF, Gallica.

La nation française dit non à la guerre !

Dès la prise de la Bastille le 14 juillet 1789, le comte d’Artois, frère de Louis XVI, ainsi que le prince de Condé avaient choisi de quitter le pays. Cette même année, l'abolition des privilèges votée par l’Assemblée constituante dans la nuit du 4 août, déclencha une seconde vague d’émigration d'autant qu'elle fut suivie par le retour forcé de la famille royale de Versailles à Paris les 5 et 6 octobre. Les émigrés ne manifestaient guère le désir de s'intégrer dans leur pays d’accueil mais, au contraire, suivaient de près la situation en France. Ils constituaient des groupes armés aux frontières et cherchaient à entraîner les cours européennes dans une guerre contre le gouvernement français.

Caricature française de 1790 représentant des émigrésLes princes allemands titulaires de seigneuries en Alsace se montraient sensibles à leurs récriminations car eux-mêmes avaient vu leurs droits seigneuriaux remis en cause par la nuit du 4-août. D’abord enclins à accepter les compensations financières proposées par l’Assemblée française, ils en étaient venus à adopter une position intransigeante. Aucun souverain, toutefois, n'était disposé à les suivre. De leur côté, les députés de l'Assemblée constituante avaient proclamé par le décret du 22 mai 1790 : « La nation française renonce à entreprendre aucune guerre dans la vue de faire des conquêtes et elle n'emploiera jamais ses forces contre la liberté d'aucun peuple ».

Ces généreuses intentions des uns et des autres allaient cependant être oubliées après la fuite à Varennes, le 21 juin 1791. Louis XVI, fut alors suspendu de ses droits au grand scandale de toute l'Europe monarchique.

Le 27 août 1791, le roi de Prusse Frédéric-Guillaume II, l'empereur Léopold II, beau-frère de Louis XVI, et l'Électeur de Saxe eurent une entrevue à Pillnitz, en Saxe. Elle se conclut par une déclaration conjointe, au ton relativement modéré, dans lequel les souverains demandaient aux révolutionnaires de rétablir le roi dans la plénitude de ses droits (pouvaient-ils faire moins ?) :

« Sa majesté l'Empereur, et sa majesté le roi de Prusse, ayant entendu les désirs et les représentations de Monsieur et de monseigneur le Comte d'Artois, se déclarent conjointement qu'elles regardent la situation où se trouve aujourd'hui le roi de France comme un objet d'un intérêt commun à tous les souverains de l'Europe. Elles espèrent que cet intérêt ne peut être méconnu par les puissances dont le secours est réclamé, et qu'en conséquence elles ne refuseront pas d'employer, conjointement avec leurs dites majestés, les moyens les plus efficaces relativement à leurs forces pour mettre le roi de France en état d'affermir dans la plus parfaite liberté, les bases d'un gouvernement monarchique, également convenable aux droits des souverains et au bien-être de la nation française. Alors, et dans ce cas, leurs dites majestés, l'Empereur et le roi de Prusse sont résolues à agir promptement et d'un mutuel commun accord avec les forces nécessaires pour obtenir le but proposé en commun. En attendant, elles donneront à leurs troupes les ordres convenables pour qu'elles soient à portée de se mettre en activité.
Léopold
Frédéric-Guillaume »

J. H. Schmidt, Réunion des monarques de Saxe, de Prusse et d'Autriche à Pillnitz en août 1791(au centre, de gauche à droite : l'empereur allemand Léopold II, l'électeur de Saxe Frédéric-Auguste III le roi de Prusse Frédéric-Guillaume II).

La tentation du pire

Jacques-Pierre Brissot (15 janvier 1754, Chartres ; 31 octobre 1793, Paris)À l'Assemblée législative qui entra en fonction le 1er octobre suivant, le parti de la Montagne, dont les membres participaient aussi au Club des Jacobins, se montra favorable à la guerre, sous l'influence de plusieurs députés, en premier lieu le député de la Seine Jacques-Pierre Brissot de Warville (38 ans).

Démocrate sincère, ce journaliste s'était fait connaître avant la Révolution en fondant en 1788 la société des Amis des Noirs.

Jacques Brissot et ses partisans, les Brissotins, que l'on appela plus tard Girondins du fait que plusieurs sont députés de la Gironde, craignaient non sans raison que les émigrés  rassemblés en armes à Coblence, aux frontières du pays, fomentent un complot contre-révolutionnaire avec les monarchies rivales de la France.

Le 15 décembre 1791, Jacques Pierre Brissot déclara à la Société des Amis de la Constitution (le club des Jacobins) : « Il faut encore ou nous venger, en détruisant ce repaire de brigands, ou consentir à voir se perpétuer, au milieu de nous, les factions, les conspirations, les incendies. Car, d’où viennent les brandons qui les allument. De Coblentz. D’où vient l’insolence de nos aristocrates, qui nous bravent au sein même de la France ? Ils crient à l’armée de Coblentz : D’où vient l’opiniâtreté du fanatisme et de nos réfractaires ? Ils invoquent, ils payent l’armée de Coblentz. D’où vient enfin l’ascendant de nos modérés, de nos intrigans, qui veulent dominer et dominent par-tout ? De leur peur que fait Coblentz. Voulez-vous détruire, d’un seul coup, aristocrates, mécontens, prêtres réfractaires ? Détruisez Coblentz. Coblentz détruit, tout est tranquille au dehors, tout est tranquille au dedans ».

Les Brissotins se dirent que que si une guerre devait éclater, elle obligerait le roi à prendre parti pour ou contre la Révolution et, en cas de succès, permettrait d'étendre la Révolution au reste de l'Europe !

De son côté, la reine Marie-Antoinette, qui correspondait régulièrement avec la cour de Vienne, souhaitait aussi la guerre mais pour des raisons opposées. Elle espérait que la victoire des souverains restaurerait le pouvoir absolu de la monarchie. Il est vraisemblable que le vieux marquis Jacques-Mathieu Augeard, qui exerçait auprès d'elle la charge de secrétaire des commandements, l'entretenait dans cette idée.

Louis XVI, qui ne se résignait pas à un rôle de figurant,  s'était aussi rallié à cette politique du pire. Il exigea publiquement de l'Électeur de Trèves qu'il disperse avant le 15 janvier 1792 les rassemblements d'émigrés à Coblence, sur ses terres ; dans le même temps, il lui demanda secrètement de résister à son ultimatum !

Isolé, Robespierre, au Club des Jacobins, fut l'un des rares à appréhender la guerre et souhaitait inverser les priorités : « Domptons d'abord nos ennemis du dedans et ensuite nous marcherons à tous les tyrans de la terre ». Il ne fut pas écouté mais au plus fort de l'invasion, c'est à lui que l'on fit appel pour sauver le pays ou du moins la Révolution.

Le 1er mars 1792 survint la mort de l'empereur Léopold II, relativement conciliant. L'avènement de son fils François II, nettement plus agressif, renforça le camp de la guerre. Il faut dire que le nouvel archiduc d'Autriche était aussi le neveu de la reine de France Marie-Antoinette et se sentait impliqué à titre personnel dans les tourments de la famille royale.

« Les préparatifs criminels des émigrés français »

Au nom de l’Assemblée nationale, le député Vincent-Marie Viénot de Vaublanc, figure de proue du Club des Feuillants, adressa ces mots à Louis XVI :
« Sire, à peine l’Assemblée nationale a-t-elle porté ses regards sur la situation du Royaume qu’elle s’est aperçue que les troubles qui l’agitent encore ont leur source dans les préparatifs criminels des émigrés français. Leur audace est soutenue par des princes allemands qui méconnaissent les traités signés entre eux et la France... Ces préparatifs hostiles, ces menaces d’invasion commandent des armements qui absorbent des sommes immenses, que la nation aurait versées avec joie entre les mains de ses créanciers. C’est à vous, Sire, à les faire cesser ; c’est à vous de tenir aux puissances étrangères le langage qui convient au roi des Français ! Dites-leur que partout où l’on souffre des préparatifs contre la France, la France ne peut voir que des ennemis ; que nous garderons religieusement le serment de ne faire aucune conquête ; que nous leur offrons le bon voisinage, l’amitié inviolable d’un peuple libre et puissant ; que nous respecterons leurs lois, leurs usages, leurs constitutions ; mais que nous voulons que la nôtre soit respectée. Dites-leur enfin que, si des princes d’Allemagne continuent de favoriser des préparatifs dirigés contre les Français, les Français porteront chez eux non pas le fer et la flamme, mais la liberté ! C’est à eux de calculer quelles peuvent être les suites de ce réveil des nations ».

Une guerre mal engagée

Le 10 mars 1792, le roi se sépara de son ministre des Finances, Narbonne, qui appartenait comme les autres ministres au club des Feuillants, partisan loyal de la monarchie. Là-dessus, le ministre des Affaires étrangères Lessart fut accusé de haute trahison par Brissot et soupçonné d'avoir négocié avec Léopold II. Tous les ministres démissionnèrent en signe de protestation.

Combat de Boussu près de Jemmapes mené par le duc de Chartres (futur roi Louis-Philippe) avant la bataille de Jemmapes, 3 novembre 1792, Hippolyte Lecomte, Château de Versailles.Partisan de la politique du pire, le roi les remplaça le 23 mars par autant de ministres liés à Brissot : Clavière aux Finances, Roland à l'Intérieur, Dumouriez aux Affaires étrangères, Servan à la Guerre...

Cette alliance contre nature entre Louis XVI et les ennemis de la monarchie déboucha sur la déclaration de guerre au « roi de Bohême et de Hongrie ». Ce titre volontairement méprisant désignait rien moins que l'archiduc d'Autriche François II, qui n'avait pas encore été couronné empereur d'Allemagne. Mais les choses se compliquèrent quand le roi de Prusse se rapprocha de l'archiduc.

Face à cette coalition qu'elle n'escomptait pas, la France fit piètre figure. Son armée était dans un état pitoyable. Du fait des désertions et de l'absence de ressources, les effectifs étaient tombés de 150 000 à 80 000 hommes. Les deux tiers de ses 9 000 officiers avaient d'autre part émigré.

Grâce à une levée de volontaires, on put toutefois rajouter à ces effectifs 169 bataillons soit environ 100 000 hommes. Ces volontaires se distinguaient par leur uniforme bleu des bataillons de ligne réguliers en uniforme blanc. Leur véritable baptême du feu eut lieu le 21 septembre 1792 au pied du moulin de Valmy.

Mais en attendant, sous la conduite du général Dumouriez, les premières opérations dans les Pays-Bas autrichiens (l’actuelle Belgique) furent désastreuses et il fallut se résigner à abandonner Longwy et Verdun à l'ennemi.

L?enrôlement des volontaires en 1792, Thomas Couture, 1848-1852, Beauvais, musée départemental de l'Oise. Agrandissement : Les enrôlements volontaires en 1792, Jean-Baptiste Edouard Detaille, 1901-1902, musée des Beaux-Arts de la ville de Paris.

Sursaut patriotique

Jean-Louis Laneuville, Portrait de Marie-Jean Hérault de Séchelles, vers 1793, Paris, musée Carnavalet. À la hâte, par un décret en date du 4 juillet 1792, les députés adoptèrent un plan détaillé et décentralisé pour organiser la levée de 200 000 volontaires.

L'article 12 du décret stipulait que toutes les armes détenues par les citoyens devaient être remises aux bataillons situés dans les chefs-lieux de canton. Les contrevenants étaient menacés de comparution devant un tribunal. En ce sens, la Révolution française se démarquait de la Révolution américaine qui, par le deuxième amendement de sa Constitution, accordait aux individus le droit de porter des armes : « le droit du peuple de détenir et de porter des armes ne doit pas être transgressé ».

Le 11 juillet, l'Assemblée proclama dans un décret solennel :
« Citoyens, la Patrie est en danger.
Que ceux qui vont obtenir l’honneur d’être les premiers à marcher pour défendre ce qu’ils ont de plus cher se souviennent toujours qu’ils sont Français et libres ; que leurs concitoyens maintiennent dans leur foyer la sûreté des personnes et des propriétés ; que les magistrats du peuple veillent attentivement ; que tous, avec un courage calme, attribut de la véritable force, attendent pour agir le signal de la loi, et la Patrie sera sauvée. »

Une fois encore, les menaces intérieures et extérieures s’imbriqaiuent : « La patrie est en danger car la Constitution est en danger, » déclara à la tribune de l’Assemblée le rapporteur Hérault de Séchelles.

Là-dessus, le 25 juillet 1792, à Coblence, sur les bords du Rhin, le duc de Brunswick, qui commandait l'armée prussienne, vint jeter de l'huile sur le feu. Il menaça de « livrer Paris à une exécution militaire et à une subversion totale » si « la famille royale subissait le moindre outrage ».

Extrait : « La ville de Paris et tous ses habitants sans distinction, seront tenus de se soumettre sur-le-champ et sans délai au roi, de mettre ce prince en pleine et entière liberté, et de lui assurer, ainsi qu'à toutes les personnes royales, l'inviolabilité et le respect auxquels le droit de la nature et des gens obligent les sujets envers les souverains; Leurs Majestés impériale et royale rendent personnellement responsables de tous les événements, sur leurs têtes, pour être jugés militairement, sans espoir de pardon, tous les membres de l'Assemblée nationale, du département, du district, de la municipalité et de la garde nationale de Paris, les juges de paix et tous autres qu'il appartiendra; déclarent en outre Leurs dites Majestés, sur leur foi et parole d'empereur et roi, que, si le château des Tuileries est forcé ou insulté, que s'il est fait la moindre violence, le moindre Outrage à Leurs Majestés le roi, la reine, et à la famille royale, s'il n'est pas pourvu immédiatement à leur sûreté, à leur conservation et à leur liberté, elles en tireront une vengeance exemplaire et à jamais mémorable, en livrant la ville de Paris à une exécution militaire, et à une subversion totale, et les révoltés coupables d'attentats aux supplices qu'ils auront mérités. »

Ce manifeste eut l'effet contraire à celui attendu. Il unit dans un même élan le peuple français autour de ses gouvernants...

Trois victoires décisives

Le 20 septembre 1792, la bataille de Valmy vit les volontaires et soldats de ligne tenir bon face aux canonnades prussiennes. Ils se lancèrent même à l'attaque en reprenant en choeur le célèbre appel lancé par le général Kellermann : « Vive la nation !  » Peu après, les villes de Longwy et Verdun furent reconquises par les armées françaises.

À Lille, le maire François André parvint à repousser avec succès le siège des troupes autrichiennes le 30 septembre 1792. Enfin, les troupes de la Révolution purent à leur tour pénétrer en territoire ennemi et remporter sur les Autrichiens la victoire de Jemmapes le 6 novembre 1792.

Enivrés par cette victoire, les députés de la Convention se proposèrent d'annexer les régions occupées et ébauchèrent le dogme des « frontières naturelles ». Le 19 novembre 1792, l'assemblée vota un décret qui énonçait : « La Convention nationale déclare au nom de la nation française qu'elle accordera fraternité et secours à tous les peuples qui voudront reconquérir leur liberté ». Elle annexait le comté de Nice et la Savoie, ce qui provoqua une hostilité générale en Europe.

Début 1793, l'exécution de Louis XVI entraîna la formation d'une première et vaste coalition contre la France...

La Grand?Place de Lille pendant le siège, octobre 1792, Louis Joseph Watteau, 1794, Château de Versailles. Agrandissement : Allégorie relative au siège de Lille en 1792, Louis Joseph Watteau, 1795, Palais des Beaux-Arts de lille.

L'Europe contre la Révolution

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L'Europe contre la Révolution (réalisation : Alain Houot)
Les souverains étrangers avaient au départ vu la Révolution sans déplaisir. Mais après les dérapages du printemps 1792, ils s'inquiétèrent pour le roi et craignirent une contagion révolutionnaire. Louis XVI, son entourage et les émigrés français les poussèrent à intervenir. De leur côté, les révolutionnaires rêvaient d'en découdre avec les vieilles monarchies d'Europe... C'est ainsi que l'Assemblée et le roi déclarèrent la guerre à l'Autriche.
Après de premiers succès à Valmy et Jemmapes, la France connut un début d'invasion. La Convention proclama une nouvelle fois « la Patrie en danger » et annonça la levée de 300 000 hommes, ce qui provoque des soulèvements en Vendée et ailleurs... Au prix d'un effort exceptionnel, le Comité de Salut public redressa la situation, arrêta l'invasion et se fit à son tour offensif... Ce fut le début de deux décennies de guerres !

Publié ou mis à jour le : 2026-01-12 17:16:06
Émile (11-01-2026 20:55:36)

Bon c est bien les GIRONDINS qui déclarent la Guerre à l Europe avec l idée d impliquer le Roi ou pas ??

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