21 novembre 1783

Premier vol habité en montgolfière

Le 21 novembre 1783, François Pilâtre de Rozier et le marquis d'Arlandes s'envolent à bord d'un ballon à air chaud. Ils sont les premiers êtres humains à s'élever dans le ciel...

Camille Vignolle

Rapides progrès et saine émulation

Les Chinois utilisaient déjà pour le divertissement des ballons à air chaud au IIIème siècle av. J.-C. mais ce sont les frères Montgolfier qui y ont vu pour la première fois un intérêt pratique.

L'idée de remplir un ballon d'air chaud pour voler a été envisagée l'année précédente par les frères Étienne et Joseph Montgolfier, deux quadragénaires papetiers à Annonay.

En chauffant, l'air du ballon se dilate et devient plus léger que l'air environnant (on arrive de la sorte à une force portante d'environ 200 grammes par mètre cube d'air chaud).

Joseph Montgolfier, le plus inventif des deux frères, s'essaie d'abord à faire monter jusqu'au plafond des ballons de taffetas remplis d'air chaud.

Le 4 juin 1783, devant les notables d'Annonay, lors des états généraux du Vivarais, le papetier lâche un ballon en toile d'emballage et papier de 11 mètres de diamètre, préalablement rempli d'air chaud au-dessus d'un feu de paille et de laine.

L'engin s'élève à 2 000 mètres d'altitude environ.

Jacques Charles et les frères Robert prépare l'envol d'une charlière gonflée à l'hydrogène sur le Champ de Mars (Paris), le 27 août 1783

En cette extraordinaire période d'effervescence intellectuelle et scientifique qu'est le XVIIIe siècle finissant, l'expérience suscite l'engouement jusque dans la capitale et l'Académie des sciences fait venir Étienne à Paris.

En attendant, Jacques Alexandre César Charles, physicien de grande réputation à l'origine de plusieurs lois fondamentales sur les gaz, décide à son tour de faire monter un ballon en le remplissant non plus d'air chaud mais d'un gaz récemment baptisé hydrogène par Antoine Lavoisier parce qu'il est issu de la décomposition de l'eau (hydro en grec), aussi appelé « air inflammable » du fait de sa très grande inflammabilité. Le ballon d'hydrogène a une force portante de 1200 grammes par mètre cube, d'où sa capacité à s'élever très haut.

Avec le concours des frères Robert, habiles fabricants d'instruments, Charles conçoit une enveloppe de taffetas de soie enduite de vernis imperméable. Le 27 août 1783, sur le Champ de Mars, il la fait monter en l'air devant le tout-Paris ravi et notamment le savant Benjamin Franklin. L'hydrogène est produit sous le ballon, la « charlière », en recouvrant dans une barrique des copeaux de fer avec de l'acide sulfurique dilué.

Étienne Montgolfier ne se démonte pas pour autant. Dans la Manufacture royale de papiers peints de son ami Jean-Baptiste Réveillon, à l'est de Paris, il fait coudre à la main une nouvelle enveloppe à la main. Elle s'élève dans l'air le 11 septembre 1783, au-dessus du jardin de l'usine. C'est un succès ! Plus besoin de se cacher...

Le 19 septembre 1783, Étienne lâche un ballon à air chaud, le Martial, dans la cour du château de Versailles. Sous le regard bienveillant du roi Louis XVI et de la cour, le ballon emporte un canard, un coq et un mouton, premiers passagers aériens de l'Histoire. Il monte à 480 mètres avant de retomber en douceur dans la forêt de Vaucresson, à 1700 mètres de son lieu de départ. Les animaux, à l'exception du coq, survivent à l'aventure.

L'engouement pour les ballons ou aérostats, tant les charlières que les montgolfières, parcourt toutes les classes cultivées. Rien ne s'oppose plus à un vol habité...

Survol de la cour royale de Versailles par la Marie-Antoinette, le 23 juin 1784

Des hommes s'envoient en l'air

Le 12 octobre 1783, dans le parc de la Folie Titon, propriété de Réveillon, Étienne Montgolfier essaie un nouveau ballon de grande taille, avec non plus un panier à son extrémité mais une nacelle capable d'emmener des hommes, avec un foyer en son milieu.

Le 19 octobre suivant, François Pilâtre de Rozier, professeur de physique et chimie à Reims, monte dans la nacelle et s'élève à 26 mètres. Il alimente le foyer avec de la paille sèche. Plus question d'ajouter de la laine ou de l'étoupe car on a compris qu'il n'y avait pas besoin de produire de la fumée pour faire monter le ballon. Celui-ci, toutefois, demeure captif, retenu à la terre par un câble. 

Bien que déçu que son père lui interdise de monter dans un ballon, Étienne Montgolfier décide de passer à la phase ultime. Et c'est le mémorable vol libre du 21 novembre 1783, avec Pilâtre de Rozier et le marquis d'Arlandes, généreux donateur.

Devant les membres de l'Académie des Sciences, l'aéronaute et son compagnon d'aventure s'élèvent cette fois jusqu'à 960 mètres au-dessus du château de la Muette, à l'ouest de Paris. Après un vol de vingt minutes au-dessus de la Seine et Paris, leur ballon atterrit paisiblement sur la Butte-aux-Cailles. Le compte-rendu de leur exploit est rédigé pour l'Académie des Sciences par Benjamin Franklin.

Le 1er décembre 1783, soit dix jours après cet exploit, le physicien Charles relève à son tour le défi. Un nouveau ballon captif gonflé à l'hydrogène s'envole au-dessus de Paris jusqu'à la hauteur assez incroyable de presque 3 000 mètres. Sous les yeux d'une foule innombrable, il emporte avec lui Jacques Charles et le mécanicien Nicolas Robert jusque dans la plaine de Nesles, à 44km de la capitale.

Guerre et divertissement

Toute la bonne société parisienne se passionne dès lors pour l'aérostation : gravures, chansons, articles de mode ou de décoration... Le roi lui-même anoblit les Montgolfier, ajoute une particule à leur nom et élève leur papeterie à la dignité de Manufacture royale !

Le summum est atteint à Lyon, le 19 janvier 1784. Malgré un froid glacial, 100 000 badauds assistent dans la plaine des Brotteaux à l'envol d'une montgolfière géante de 33 mètres de diamètre, avec une nacelle d'une charge portante de 500 kg.

Baptisée Flesselles en l'honneur de l'intendant Jacques de Flesselles qui a promu et financé le spectacle, elle emporte dans les airs pas moins de sept aventuriers parmi lesquels le prince Charles de Ligne en personne, le marquis d'Anglefort, les comtes de Dampierre et de Laurencin, l'incontournable Pilâtre de Rozier ainsi que Joseph de Montgolfier et l'un de ses jeunes amis, le négociant Fontaine. Sautant dans la nacelle, ce dernier aurait lancé au prince de Ligne : « Sur terre, je vous respectais, mais ici, nous sommes égaux ». O tempora, o mores !

De plus en plus fort. Le 7 janvier 1785, un jeune passionné du nom de Jean-Pierre Blanchard et son mécène américain John Jeffries traversent la Manche en un peu plus de deux heures, de Douvres à Calais, à bord d'un aérostat gonflé à l'hydrogène. En 1803, l'aérostatier André-Jacques Garnerin, inventeur du parachute, réussit un nouvel exploit en reliant en montgolfière Moscou à Polova (Russie), distantes de plus de 300 kilomètres. 

Malgré ou à cause de leur succès mondain et populaire, les ballons ne vont servir qu'au divertissement, à quelques exceptions près...  

26 juin 1794 : en pleine Révolution française et dans un climat autrement plus agité, une charlière est utilisée par l'armée française sur le champ de bataille de Fleurus pour surveiller les mouvements de l'ennemi et plus encore l'effrayer. Et c'est à bord d'une montgolfière que Léon Gambetta quittera Paris assiégé par les Prussiens, en 1870, pour tenter de relancer la guerre.

Les ballons à gaz léger retrouveront une nouvelle utilité au début du XXe siècle sous le nom de zeppelins, du nom de leur inventeur. Et il n'est pas exclu qu'ils reviennent en vogue pour le transport de charges lourdes ou de voyageurs.

La charlière L'Entreprenant à la bataille de Fleurus (26 juin 1794)

Publié ou mis à jour le : 2024-01-25 10:38:51
Bineau (22-11-2023 06:56:10)

Je ne comprends pas le commentaire de Gabriel du 22 novembre. Peut-il citer ses sources?
Le Dictionnaire des Français du ciel (Académie de l'air et de l'espace, CME 2005) consacre une notice à Pilâtre de Rozier, copie ci-dessous :

"Pilâtre de Rozier, François – Chimiste, aéronaute.
30 mars 1754, Metz (Moselle) – 15 juin 1785, Wimereux (Pas-de-Calais).
Intendant des cabinets de physique, chimie et histoire naturelle de Monsieur, frère du roi (1780). Crée à Paris le Musée des sciences et techniques (11 décembre 1781). Pratique des ascensions captives sur un aérostat de 2200 m3, muni d’une galerie circulaire, réalisé par les frères Montgolfier*, la première en compagnie d’André Giroud de Villette* (19 octobre 1783). Le 21 novembre 1783, Pilâtre de Rozier et le marquis d’Arlandes* s’élèvent du parc du château de La Muette et vont jusqu’à la Butte-aux-Cailles, devenant ainsi les premiers aéronautes de l’histoire. Fait une ascension à Lyon sur la grande montgolfière "Le Flezel" (ou "Le Flesselles") accompagné de M. Fontaine de Lyon, de Joseph Montgolfier, du Prince de Ligne, des comtes de Laurencin*, de Dampierre et de La Porte d’Anglefort (19 janvier 1784). Avec le chimiste Proust, il s’élève de Versailles à bord de l’énorme montgolfière "La Marie-Antoinette", en présence de Louis XVI et du roi de Suède (23 juin 1784). Périt dans une tentative de traversée de la Manche, avec Romain, à bord d’un aérostat combinant une montgolfière et un ballon à hydrogène, le 15 juin 1785."

Bineau (20-11-2023 07:14:27)

Très intéressante revue des prémices de la conquête du ciel. Il manque un maillon à cette chaîne : pour l'envol du 19 octobre 1783, Pilâtre de Rozier était accompagné du physicien et industriel André Giroud de Villette. Celui-ci publia dès le lendemain dans le Journal de Paris un article soulignant l'intérêt militaire des aérostats en ces termes : "Dès l’instant, je fus convaincu que cette machine serait très utile dans une armée pour découvrir la position de son ennemi, ses manœuvres, ses marches, ses dispositions, et les annoncer par des signaux aux troupes alliées de la machine... ». On peut voir là l'observation qui inspira l'emploi des ballons aux sièges de Maubeuge et de Charleroi et, peu après, à la bataille de Fleurus (26 juin 1794).

gabriel (22-11-2011 18:45:49)

"L'idée de remplir un ballon d'air chaud pour s'affranchir de la pesanteur revient aux frères Étienne et Joseph de Montgolfier, papetiers à Annonay, au sud de Lyon."
Non, ils pensaient que la fumée était à l’origine du vol des ballons
"Pilâtre de Rozier, professeur de physique et chimie à Reims,"
Non, il s’agissait d’une sorte d’aventurier dont la particule, d’ailleurs était usurpée

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