29 novembre 1780 - Avènement de Joseph II à Vienne - Herodote.net

29 novembre 1780

Avènement de Joseph II à Vienne

À la mort de Marie-Thérèse de Habsbourg, le 29 novembre 1780, son fils aîné hérite de son autorité sur les États héréditaires de la maison des Habsbourg, principalement l'Autriche, la Hongrie, la Bohême, la Croatie et aussi les provinces de l'actuelle Belgique.

En 1764, il a déjà été proclamé roi des Romains et l'année suivante, à la mort de son père, l'empereur François Ier de Lorraine, le 18 août 1765, il est devenu titulaire du Saint Empire romain germanique sous le nom de Joseph II, avec une autorité purement symbolique sur les princes allemands.

Né le 13 mars 1741, intelligent et cultivé, Joseph II a été rendu allergique à la religion par la maladresse de ses précepteurs jésuites. Il a été aussi affecté par le décès prématuré de son épouse Isabelle de Parme. 

Aussi longtemps que sa mère a vécu, il a trompé son impatience en voyageant à travers l'Europe et en prenant conseil auprès de ses contemporains, parmi lesquels Frédéric II de Prusse et Catherine II de Russie. En 1777, il rend visite à Versailles à sa jeune soeur, la reine Marie-Antoinette.

« Despote éclairé »

Joseph II de Habsbourg-Lorraine (portrait par Joseph Hickel, musée de Versailles)

Quand il prend enfin les rênes de la maison des Habsbourg-Lorraine, Joseph II a déjà 40 ans. 

Désormais libre de ses actes, il réforme au pas de charge les États autrichiens, se posant en modèle de « despote éclairé » et en digne représentant de l'« Aufklärung » (l'équivalent allemand des Lumières).

« Je suis prêt à détruire ce qui est contraire à mes idées philosophiques, sans tenir compte des traditions », affirme-t-il.

Il va y travailler sans relâche ainsi que le rapporte l'un de ses proches, le prince de Ligne : « Il se privait de tous les agréments de la vie pour engager les autres au travail : ce qu'il détestait le plus, c'était les oisifs... Il ne savait ni boire, ni manger, ni s'amuser, ni lire autre chose que des papiers d'affaires ».

Dans un premier temps, en 1781, il remplace les entités féodales par une structure administrative plus rationnelle, avec des provinces et des cercles. À leur tête sont placés des fonctionnaires impériaux (les révolutionnaires français agiront de même avec la création des départements). En 1784, Joseph II fait du haut allemand la langue officielle de l'empire, à la grande fureur des populations hongroises, slaves et italiennes.

L'empereur abolit la torture mais aussi le servage et les corvées. Les paysans reçoivent la propriété de la terre qu'ils exploitent. Les barrières douanières intérieures et les corporations sont supprimées afin de stimuler l'activité économique et l'empereur met à l'étude un impôt foncier unique (autant de réformes qui, en France, ont fait culbuter Turgot, ministre de Louis XVI, quelques années plus tôt).

Malgré leur audace, ces réformes ne sont encore rien à côté des coups de boutoir infligés à l'Église catholique, pilier des États habsbourgeois.

Joseph II aligne les diocèses sur les nouvelles divisions administratives et, surtout, décide de choisir lui-même les futurs évêques sans attendre l'aval du pape. Cela revient à créer une Église nationale, à l'image de l'Église anglicane d'Angleterre. L'empereur s'autorise aussi à intervenir en personne dans les détails de la liturgie : messes, processions...

Le 13 octobre 1781, un édit de tolérance accorde une pleine liberté aux chrétiens protestants et orthodoxes (les juifs demeurent soumis à des droits restreints). 

Le pape Pie VI, désemparé par la rébellion du principal souverain catholique de la planète, se rend en 1782 à Vienne où il est reçu avec froideur par Joseph II et avec même grossièreté par le chancelier Kaunitz, maître d'oeuvre de la politique anticléricale.

Celle-ci se poursuit dans les années suivantes avec l'institution du mariage civil en 1783, la fermeture des ordres contemplatifs et la transformation de 738 couvents en écoles. 

Ce programme de réformes anticléricales, baptisé «joséphisme», va secouer l'Autriche et l'Europe. Il va aussi, moins de dix ans plus tard, inspirer les constituants français, lesquels auront moins de chance que Joseph II : les tensions suscitées par ces réformes entraîneront la Révolution dans une succession de dérapages qui lui seront fatals.

« Révolution brabançonne »

Joseph II a moins de chance avec ses réformes sociales. Celles-ci peinent à s'appliquer dans les régions allogènes de l'empire, les Pays-Bas autrichiens (la Belgique), le Milanais, les royaumes de Bohême et Hongrie. Les grands propriétaires magyars (ou hongrois) font front commun contre l'empereur et l'obligent à revenir sur les mesures d'émancipation des paysans. Tant pis pour ces derniers.

En matière diplomatique, Joseph II tente d'annexer la Bavière en l'échangeant contre la Belgique mais l'Électeur de Bavière, soutenu par les princes allemands, refuse le troc. Il échoue aussi à placer ses nombreux frères à la tête des grandes principautés allemandes.

Enfin, la Belgique profondément catholique, ulcérée par le « joséphisme », se soulève contre l'empereur. Cette « Révolution brabançonne », parce que né au Brabant, la province de Bruxelles, aboutit le 10 janvier 1790 à la proclamation des États belgiques unis

Fort heureusement pour les Habsbourg, Joseph II décède le mois suivant, le 20 février 1790. Son frère cadet, grand-duc de Toscane, lui succède sous le nom de Léopold II. D'un esprit également libéral, mais plus réaliste, il soumet les Belges,  réprime la révolte de Liège et calme les Tchèques et les Magyars.

Comme son frère, il observe avec méfiance la France, où la Révolution vient d'éclater. Il meurt à son tour le 1er mars 1792 et laisse la place à son fils, François II.

Fabienne Manière
Publié ou mis à jour le : 2019-06-16 19:42:05

 
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