1er juillet 1751

Naissance tumultueuse de l'Encyclopédie

Le 1er juillet 1751 paraît le premier volume de l'Encyclopédie, précédé du Discours préliminaire de d'Alembert. C'est le début d'une aventure éditoriale qui va bousculer les idées reçues en France et dans toute l'Europe, même si elle a déjà des précédents en Angleterre et en Allemagne.

La diffusion de l'Encyclopédie est favorisée par le fait qu'en ce « Siècle des Lumières », l'on parle français dans toutes les cours et tous les salons européens, de Saint-Pétersbourg à Lisbonne.

Un projet révolutionnaire

L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert traduit la curiosité des élites de l’Ancien Régime pour tous les domaines de la connaissance et en particulier les sciences.

Elle s’inscrit dans le prolongement du XVIIe siècle, le « Grand Siècle des Sciences », qui a vu se multiplier les cabinets de curiosités, les recherches en astronomie, mathématiques et médecine, enfin les académies tant scientifiques que littéraires et artistiques.

C’est ainsi qu’en 1694, l’académicien français Antoine Furetière publie un « Dictionnaire universel contenant généralement tous les mots français tant vieux que modernes, & les termes de toutes les sciences et des arts », concurrent du dictionnaire lexicographique de l'Académie française, avec l'ambition d'y intégrer les mots des sciences et du peuple. ...

À sa suite, en Angleterre, l'éditeur et franc-maçon Ephraïm Chambers publie en 1728 la Cyclopaedia , un dictionnaire illustré des sciences et des arts publié en 1728. En Allemagne, là-dessus, le libraire Johann Heinrich Zedler entame en 1731 la publie d'une volumineuse « Grande et très complète Encyclopédie de tous les Arts et de toutes les Sciences » en 68 volumes, plus connue aujourd'hui sous le nom de Zedlersches Universallexikon.

Le libraire André Le Breton, séduit par la Cyclopaedia anglaise, propose à Denis Diderot (32 ans) d'en publier la traduction.

Mais ce mauvais garçon - et « philosophe » -, élargit le projet et envisage non pas une simple traduction mais un « Tableau général des efforts de l'esprit humain dans tous les genres et dans tous les siècles » !... D'où son titre, Encyclopédie, néologisme forgé d'après une expression grecque qui désigne les sciences destinées à être enseignées.

Diderot s'associe les services de son ami, le mathématicien et philosophe Jean Le Rond d'Alembert, et partage avec lui la responsabilité de la future publication. En octobre 1750, il expose son projet dans un Prospectus en vue d'attirer des souscripteurs. Pas moins de deux mille répondent à l'appel et paient chacun 280 livres soit l'équivalent du revenu annuel d'un ouvrier. Les plus grands esprits du temps acceptent aussi de contribuer à l'oeuvre éditoriale.

L'influente marquise de Pompadour, maîtresse du roi Louis XV, accorde par ailleurs sa protection à Diderot. Celle-ci s'avèrera très vite indispensable dans l'atmosphère survoltée des salons mondains...

D'Alembert, un bâtard comblé par la fortune

Jean Le Rond d'Alembert, principal auteur de l'Encyclopédie aux côtés de Diderot, est le fils naturel du chevalier des Touches et d'une dame de la haute aristocratie, Madame de Tencin.

Abandonné à sa naissance le 11 novembre 1717 sur les marches de l'église Saint-Jean Le Rond (d'où son nom), il reçoit néanmoins une excellente éducation grâce aux subsides de son père naturel et devient un savant et un penseur très estimé que l'on s'arrache dans les salons mondains de Paris, ceux de Madame Geoffrin, de Madame du Deffand et de Julie de Lespinasse, qu'il aimera sans espoir jusqu'à sa mort.

Dans les salons où l'on badine sur la « philosophie », d'Alembert croise les grands esprits de son temps et peut à son aise recruter parmi eux les rédacteurs de l'Encyclopédie.

Premières attaques contre l'Encyclopédie

Le succès de l'Encyclopédie est immédiat en France mais aussi dans toute l'Europe des Lumières. Son tirage s'élève rapidement à 4 200 exemplaires, ce qui est beaucoup compte tenu du coût et de l'ampleur de l'oeuvre.

Les premiers ennuis débutent avec un article sur la Genèse et la création du monde rédigé par un ecclésiastique quelque peu libre penseur, l'abbé de Prades.

Les Jésuites qui publient le Journal de Trévoux jugent ce texte hérétique et obtiennent d'un évêque qu'il condamne au feu, en février 1752, les deux tomes de l'Encyclopédie déjà parus.

Mme de Pompadour et le directeur de la Librairie, Malesherbes, en fait responsable de la censure, interviennent pour faire lever l'interdiction et autoriser la parution des cinq tomes suivants. 

Cela n'empêche pas la poursuite des attaques de toutes parts contre l'Encyclopédie et les « philosophes » rebaptisés avec mépris les « Ca-couacs ».

Les aléas de la censure

Le temps se couvre à nouveau à partir de 1757 et de l'attentat d'un déséquilibré, Damiens, contre le roi.

Les dévots montent à l'assaut des Encyclopédistes, coupables de critiquer la religion catholique... Les Jésuites, atteints dans leur prestige en matière d'éducation, sont parmi leurs plus virulents adversaires.

De façon plus inattendue, Jean-Jacques Rousseau, se brouille avec Diderot et s'en prend à l'Encyclopédie en raison de l'article Genève dans lequel d'Alembert critique les mœurs austères de la cité calviniste. Il publie sa Lettre à d'Alembert sur les spectacles.

Le 8 mars 1759, sur un fallacieux prétexte, le Conseil d'État interdit la vente de l'Encyclopédie et exige le remboursement des 4 000 souscripteurs !

Malesherbes intervient à nouveau pour éviter la ruine à Diderot mais il ne peut autoriser la poursuite des publications.

D'Alembert, découragé, renonce à poursuivre l'entreprise. Diderot lui-même éprouve une déconvenue amère quand il s'aperçoit que son libraire Le Breton a censuré de nombreux articles. Il n'en poursuit pas moins la tâche à son terme. 

Les dix derniers tomes sont publiés clandestinement par Diderot en 1765 et les derniers volumes de planches illustrées sont enfin publiées sans sa participation en 1772.

Au total, en trente ans, auront été publiés 28 volumes comprenant 11 volumes de planches et 60 200 articles auxquels ont participé environ 200 auteurs, y compris les plus réputés de leur temps : Voltaire, Montesquieu, Rousseau, Condorcet, Quesnay, Turgot, Marmontel, Helvétius, le baron d'Holbach...

Cet ouvrage, que Voltaire qualifie avec justesse de « monument de l'esprit humain », fait triompher les «Lumières». Il témoigne de l'intérêt de Diderot à tous les domaines de l'esprit, y compris les arts mécaniques et les métiers, placés sur le même rang que les activités de l'esprit.

Encyclopédie, définition

Voici ce qu'écrit Diderot à l'article « Encyclopédie » :

Le but d'une Encyclopédie est de rassembler les connaissances éparses sur la surface de la terre ; d'en exposer le système général aux hommes avec qui nous vivons, et de la transmettre aux hommes qui viendront après nous ; afin que les travaux des siècles passés n'aient pas été des travaux inutiles pour les siècles qui succèderont ; que nos neveux, devenant plus instruits, deviennent en même temps plus vertueux et plus heureux, et que nous ne mourrions pas sans avoir mérité du genre humain (…).
Une considération, surtout, qu'il ne faut point perdre de vue, c'est que si l'on bannit l'homme ou l'être pensant et contemplateur de dessus la surface de la terre, ce spectaclde pathétique et sublime de la nature n'est plus qu'une scène triste et muette. L'univers se tait, le silence et la nuit s'en emparent (…). C'est la présence de l'homme qui rend l'existence des êtres intéressante...

Publié ou mis à jour le : 2019-11-18 20:47:23

 
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