25 août 1718 - Fondation de La Nouvelle-Orléans - Herodote.net

25 août 1718

Fondation de La Nouvelle-Orléans

 Le 25 août 1718, le gouverneur de la Louisiane, Jean-Baptiste Le Moyne de Bienville, fonde un comptoir sur une courbe du Mississippi, entre le delta et le lac Pontchartrain qui le borde sur sa gauche. Il est baptisé La Nouvelle-Orléans en l'honneur du duc Philippe d'Orléans qui gouverne alors la France en qualité de Régent.

Le gouverneur aspire de la sorte à contrôler le trafic de tout le bassin du Mississippi, jusqu'aux Grands Lacs. Comme le nouvel établissement est séparé de l'océan par le delta sauvage, ses mangroves et ses bayous (une déformation de « boyau » qui désigne un ancien bras du delta), c'est par le portage entre le fleuve et le lac Pontchartrain, via le bayou Saint-Jean que sera assuré l'accès au golfe du Mexique et au-delà à l'Europe.

Un défi urbain

Jean-Baptiste Le Moyne de Bienville (Montréal, 23 février 1680 ; Paris, 7 mars 1767)Né à Montréal, le fondateur de la ville est le fils d'un aubergiste de Dieppe, Charles Le Moyne, qui a très vite fait de sa famille l'une des plus riches de Montréal.

L'un de ses autres fils, Pierre Le Moyne d'Iberville, se fera connaître comme corsaire et explorateur. Il deviendra le premier gouverneur de la Louisiane avant de laisser la fonction à son frère en 1702.

Bienville lui-même a beaucoup bourlingué. Il a aussi vécu au milieu des Indiens Mobile du Mississippi dont il a appris la langue, ce qui l'amènera à écrire en 1708, non sans exagération : « Les sauvages aiment naturellement les Français et ne s’attachent aux Anglais que par nécessité et intérêt ».

Le Sieur de Bienville va gouverner la Louisiane pendant une quarantaine d'années presque sans interruption avant de se retirer à Paris.

Il confie à l'ingénieur Adrien de Pauger le plan d'urbanisme de la Nouvelle-Orléans. Celui-ci trace le plan en damier de la future cité dans la courbe du fleuve. Sous le nom de « Vieux Carré », c'est aujourd'hui le centre historique de la ville.

Le site, au milieu de marais tropicaux, n'en est pas moins incommode et même rebutant. Craignant à juste titre les fièvres, les Européens y regardent à deux fois avant de s'y installer. La Nouvelle-Orléans est aussi construite en-dessous du niveau de la mer et ses habitants doivent lutter en permanence contre les crues du fleuve et les ouragans tropicaux. Le dernier en date, Katrina (2005), a ravagé une grande partie de la métropole et contraint à la fuite une partie de ses habitants.

La Nouvelle-Orléans n'est dans ses premières années d'existence qu'un regroupement de cahutes en bois bien décrit par l'abbé Prévost dans Manon Lescaut. Elle accueille des militaires, des trafiquants, des engagés et également des esclaves africains.

Malgré ses handicaps et grâce à la persévérance du gouverneur, elle devient capitale de la Louisiane en 1722, en remplacement de Bâton-Rouge, située plus en amont. Les investissements de la banque Law assurent le développement et la prospérité de son port.

Le commerce des peaux et des fourrures, très florissant, ne tarde pas à reculer au profit de la culture du tabac, de l'indigo, du sucre et, pour finir, du coton...

Le Bureau du coton à la Nouvelle-Orléans (1873, Edgar Degas, musée des Beaux-Arts de Pau)

Aléas géopolitiques

La Nouvelle-Orléans est cédée à l'Espagne en 1762 par le traité secret de Fontainebleau, récupérée par la France en 1800 et enfin revendue aux États-Unis avec le reste de la Louisiane en 1803. Pendant la guerre anglo-américaine de 1812, elle offre au général Andrew Jackson l'opportunité d'un coup d'éclat qui l'amènera à la Maison Blanche. Elle connaît ensuite une grande prospérité fondée sur le négoce du coton, lequel inspire au peintre Edgar Degas la toile ci-dessus, lors d'un séjour dans la famille de sa mère, en 1872.

Mais la ville perd son statut de capitale d'État en 1852 et surtout est ruinée par la guerre de Sécession et son occupation par les troupes nordistes du général Benjamin Butler. Elle retrouve brièvement son statut de capitale d'État de 1865 à 1880 avant de le perdre définitivement au profit de Bâton-Rouge.

Fruit de son histoire agitée et de l'économie de plantation, la population de La Nouvelle-Orléans (un million d'habitants au début du XXIe siècle) est très diverse avec des descendants d'Européens, de déportés acadiens (Cajuns), d'Indiens et d'esclaves africains destinés aux plantations.

« L’année même où Jean-Baptiste Le Moyne de Bienville fondait La Nouvelle-Orléans, la frégate Aurore quittait Saint-Malo pour le port négrier de Ouidah, aujourd’hui au Bénin. Après une escale dans les Antilles, elle amenait de ce voyage plus de 250 esclaves à La Nouvelle-Orléans » écrit Christian Rioux (*). Dix ans plus tard, la population de la ville était déjà majoritairement africaine !

À ce peuplement initial s'ajoutent des blancs mais aussi des noirs et mulâtres libres venus de Saint-Domingue à l'issue de la guerre d'indépendance d'Haïti. C'est à ces derniers que l'on doit les maisons en style colonial du Quartier français.

Cette population cosmopolite et plutôt insouciante va en bonne partie continuer à parler français tout au long du XIXe siècle. Elle est restée en partie fidèle à ses origines créoles et françaises en dépit des aléas géopolitiques. Massivement catholique et pratiquante, elle a fait du Mardi Gras la grande fête de la ville.

On doit aussi à cette population le jazz New Orleans, apparu au début du XXe siècle. Le mot lui-même pourrait venir du verbe français « jaser » ou des « jezebels », le surnom que l’on donnait aux femmes de mœurs légères à La Nouvelle-Orléans. Quoi qu'il en soit, le jazz est bien né dans cette drôle de ville que les Américains surnomment The Big Easy (*).

André Larané

Le Vieux Carré ou Quartier français à La Nouvelle-Orléans aujourd'hui (DR)

Publié ou mis à jour le : 2018-08-29 12:37:57

 
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