Le 8 juillet 1709, le prodigieux destin du roi de Suède Charles XII (27 ans) se brise devant la place forte de Poltava, en Ukraine.
Ce jour-là, les troupes russes du tsar Pierre Ier le Grand, fortes de 45 000 hommes, écrasent sans rémission les troupes suédoises, réduites à moins de 20 000 hommes. Ceux-ci sont, il est vrai, affamés et épuisés par des marches interminables depuis la Baltique. Quant au roi de Suède, blessé, il n'est pas en état de les commander comme il sait si bien le faire.
C'est le dernier acte d'un miracle qui avait conduit la Suède, discret État scandinave, à dominer toute l'Europe du nord.
Au début du siècle précédent, le roi Gustave II Adolphe a doté le pays d'une armée redoutable et l'a engagé avec succès dans la guerre de Trente Ans qui secouait l'Allemagne. Il meurt prématurément en 1632 à la bataille de Lützen mais sous le règne de sa fille Christine, le chancelier Axel Oxenstiernas poursuit son oeuvre en transformant la mer Baltique en un « lac suédois » à la faveur des traités de Westphalie (1648).
Charles X Gustave remplace en 1654 sa cousine Christine sur le trône de Suède et poursuit l'oeuvre de la dynastie. Il combat avec succès une coalition regroupant la Pologne, le Danemark, la Russie, le Brandebourg et l'empereur d'Allemagne.
C'est la première « guerre du Nord ». Suite à la mort inopinée du roi et à l'arrivée sur le trône d'un enfant de cinq ans, Charles XI, elle s'achève avec la paix d'Oliva, près de Dantzig, le 3 mai 1660.
À la mort de Charles XI, en 1697, son fils et successeur Charles XII n'a que 15 ans. L'adversité ne lui offre guère de répit.
En 1700, le tsar Pierre 1er le Grand noue contre la Suède, trop envahissante à son goût, une nouvelle coalition avec l'Électeur de Saxe Auguste II le Fort, qui est aussi roi de Pologne, et le roi Frédéric IV de Danemark. C'est la deuxième « guerre du Nord ». Contre toute attente, elle débute par de nouveaux succès suédois.
Charles XII, en dépit de son jeune âge, témoigne d'encore plus de talent militaire que son père et son grand-oncle Gustave II Adolphe. Il met le Danemark hors de combat puis remporte sur les Russes une grande victoire à Narva le 30 novembre 1700 (20 novembre selon l'ancien calendrier julien).
Là-dessus, il se retourne contre le tsar mais celui-ci n'a pas perdu son temps. Il inaugure une tactique que reprendront après lui Alexandre Ier et Staline face à Napoléon et Hitler. Il laisse son adversaire s'enfoncer dans l'immensité du continent russe et pratique devant lui la tactique de la « terre brûlée » : sans égard pour les paysans et les bourgeois, il brûle récoltes, villages et villes de façon à affamer les envahisseurs.
C'est un succès et devant Poltava, Pierre le Grand ne fait qu'une bouchée de son adversaire. Le jeune roi de Suède se réfugie à Istamboul, chez les Ottomans, avec un milliers d'hommes. S'étant enfin échappé de Turquie au bout de cinq ans, il tente de reprendre le combat mais est tué devant la forteresse norvégienne de Fredrikshald le 11 décembre 1718. Cette grande guerre du Nord se termine par le traité de Nystad le 10 septembre 1721.














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Michael (10-07-2025 18:15:21)
Non, non ! Pas un ascendant, mais un cousin d'autant plus lointain qu'il était en Suède, quoique peu...
Doc7538 (08-07-2025 17:07:18)
Donc Charles XII est un lointain ascendant de Sissi?!! Ah!...
Michael (08-07-2025 08:12:20)
Une petite info : Charles XII est un Wittelsbach, la famille bavaroise, ayant régné sur le Palatinat (Madame Palatine, la fameuse épistolière, est une Wittelsbach), la Bavière, Deux-Ponts, mais aussi les principautés ecclésiastiques de Cologne, Paderborn (son merveilleux "château de la Loire" de Neuhaus), Hildesheim (la colonne de Bernward est une gifle à la tapisserie de Bayeux et annonce les prouesses de la Grosse Berta), Münster et Osnabrück (lieux des traités de Westphalie), mais aussi gouverneurs de la Belgique (Pays-Bas autrichiens). L'Allemagne est pleine de leurs multiples châteaux, dont le Falkenlust, privatisé par Casanova. Quelle famille, quel génie ! Ils s'étendent jusqu'aux portes de Francfort grâce à Napoléon (Eugène de Beauharnais en sera un duc de Reichstadt heureux), et négocient en 1917 une descente du trône habile qui leur laisse une rente annuelle conséquente (leur permettant de coiffer au poteau les Autrichiens Habsbourg, rivaux de toujours), mais aussi une loge à l'opéra qui leur assure une ovation silencieuse du public. Bécassine, la petite Bretonne, sait-elle que son duc, héritier légitime de la duchesse Anne, est François de Bavière, chef de Maison, et accessoirement aussi héritier légitime des Stuarts d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande ?