5 septembre 1661

D'Artagnan arrête le surintendant Fouquet

Le matin du 5 septembre 1661, Nicolas Fouquet, surintendant général des Finances, est arrêté à Nantes.

Sa chute brutale survient six mois après la mort de son mentor, le Premier ministre Mazarin. Elle laisse le champ libre au jeune roi Louis XIV (22 ans) pour diriger comme il l'entend les affaires du royaume.

Alban Dignat
Une magnifique ascension

Né à Paris le 23 février 1615, Nicolas Fouquet est le fils d'un armateur breton reconverti dans la magistrature et anobli.

Refusant d'entrer dans les ordres, il convainc son père de lui offrir à 16 ans une charge de conseiller au Parlement de Metz. Il fait dès lors une rapide ascension dans la magistrature et devient en 1648 intendant de la généralité de Paris (autrement dit gouverneur de l'Île-de-France).

Quand éclate la Fronde l'année suivante, il se met avec diligence au service du cardinal Mazarin, Premier ministre du roi.

Nommé surintendant des Finances, il redresse avec brio les finances de l'État à l'issue de la guerre civile et la guerre contre l'Espagne, de 1635 à 1659, qui l'une et l'autre ont ruiné le pays.

Mais il profite aussi (comme Mazarin) de ses fonctions ministérielles pour satisfaire ses besoins financiers qui dépassent largement la fortune héritée de son père et acquise avec la dot de son épouse. 

Ainsi il obtient des emprunts à des taux avantageux grâce à la confiance qu'il inspire aux créanciers et prête lui-même au Trésor public à des taux bien plus élevés.

Grâce à quoi il achète Belle-Isle, en Bretagne, et investit dans la guerre de course (dico) contre les Hollandais, ses prises de guerre étant vendues à partir de sa base de Concarneau.  

Grâce à ses manipulations financières, il mène un train de vie fastueux et distribue généreusement pensions et gratifications. 

Il lance en 1653 la construction d'un somptueux château à Vaux-le-Vicomte, à une dizaine de kilomètres du palais royal de Fontainebleau. Ce château conçu par l'architecte Louis Le Vau et décoré par Charles Le Brun va devenir le modèle de l'architecture classique avec ses jardins à la française dessinés par André Le Nôtre.

Vaux-le-Vicomte, château de Nicolas Fouquet (gravure du XVIIe siècle)

Avec les fonctions complémentaires de procureur général et membre du Conseil du roi, autrement dit ministre d'État, il devient à 46 ans l'homme le plus influent et le plus riche du royaume.

Mais sur le conseil sournois de son rival Colbert, il commet l'erreur de revendre en août 1661 sa charge de procureur général au Parlement de Paris qu'il avait acquise dix ans plus tôt. Elle lui fera cruellement défaut quand il sera déféré devant la justice...

Naturellement, il est très vite présenté comme le successeur probable de Mazarin à la tête du gouvernement. Mais ce dernier, sur son lit de mort, préfère recommander au roi son intendant des finances Jean-Baptiste Colbert (43 ans). Celui-ci s'est beaucoup enrichi comme Fouquet mais se distingue de ce dernier par des moeurs austères.

Jules Mazarin s'éteint à Vincennes le 9 mars 1661. Quelques jours plus tard, Louis XIV charge Jean-Baptiste Colbert d'examiner les comptes du surintendant. Il apparaît que celui-ci a détourné à son profit un total d'onze millions de livres (à comparer aux recettes annuelles de l'État, de l'ordre de cent millions).

Colbert jalouse éperdument Fouquet et aspire à prendre sa place. Aussi ne se fait-il pas prier pour dénoncer ses malversations au roi qui s'indigne «qu'un homme puisse se rendre l'arbitre souverain de l'État».

Plus dure sera la chute...

Énivré par ses succès, Nicolas Fouquet s'est donné pour emblème un écureuil (fouquet en dialecte poitevin) et pour devise : Usque non ascendam  (« Jusqu'où ne monterai-je pas ? »), plus explicite que la devise familiale, Quo non ascendet  (« Jusqu'où montera-t-il ? »).

Homme de goût et grand mécène, il réunit autour de lui, dans son hôtel parisien, les plus grands talents de son époque : Molière, Lully, La Fontaine, Corneille, Scarron, le décorateur Le Brun, l'architecte Le Vau, le jardinier Le Nôtre, le maître d'hôtel Vatel...

Ses manières exquises et plus encore sa générosité lui assurent de nombreux et fidèles appuis parmi les personnes influentes de la cour, y compris la reine-mère Anne d'Autriche. Il peut se croire intouchable.

Pourtant, le 4 mai 1661, Colbert suggère au roi rien moins que l'arrestation de Fouquet. Louis XIV l'écoute avec intérêt...

Il y a plus grave : vers le 15 juin, le roi a connaissance d'un plan secret du surintendant qui, pour riposter à une éventuelle mise à l'écart, envisage rien moins que de mettre différentes forteresses du royaume sur le pied de guerre. C'est d'un retour à la guerre civile qu'il s'agit !

Non sans raison, le jeune roi voit en Fouquet une menace pour la monarchie et décide de s'en défaire sans tarder. Mais, tout roi qu'il est, il doit prendre des précautions car le surintendant a de nombreux amis et les frondeurs d'il y a tout juste douze ans pourraient lui apporter leur soutien.

Mesurant mal la précarité de sa situation, Nicolas Fouquet continue de se comporter avec faste. Il lance une invitation au roi et à la cour en son château de Vaux. La fête est somptueuse, trop somptueuse. Elle scelle le sort du surintendant qui ne tarde pas à mesurer ses maladresses. Il tente de rallier la faveur du roi, y compris en lui offrant le domaine de Vaux. Mais rien n'y fait.

Louis XIV s'en tient à sa décision initiale et prépare son coup dans la plus grande discrétion.

L'arrestation

Début septembre, il se rend avec la cour à Nantes au prétexte de présider les États de Bretagne. Le matin du lundi 5 septembre 1661, après la réunion du conseil, il retient Fouquet auprès de lui pour badiner et endormir sa méfiance. Il s'agit d'éviter qu'alarmé, il ne s'enfuie à Belle-Île.

Dans cette possession personnelle qui lui vaut le titre de marquis de Belle-île, Fouquet a fait construire une forteresse en vue de s'y réfugier en cas de besoin et s'apprête à y installer des régiments de mercenaires allemands !

À la porte du bureau du roi attendent quelques mousquetaires sous les ordres du sous-lieutenant Charles de Batz-Castelmore, sieur d'Artagnan (celui-là même dont Alexandre Dumas a fait plus tard son héros). Le roi a donné à d'Artagnan l'ordre d'arrêter Fouquet avec discrétion (le capitaine des gardes du corps auquel aurait dû revenir cette mission n'a pas été jugé fiable du fait des subsides qu'il recevait du surintendant !).

Mais à peine Fouquet a-t-il franchi la porte du bureau qu'il est assailli par une foule de solliciteurs. Le mousquetaire ne peut l'empêcher de remonter dans sa chaise à porteurs. C'est finalement sur la place de la cathédrale qu'il le rejoint et l'interpelle.

Le procès

Fouquet est enfermé à la Bastille, à Paris. Son procès débute trois ans plus tard, en novembre 1664. Instruit par une cour spéciale constituée sur mesure par le roi lui-même, il va durer trois ans. La procédure se déroule uniquement par écrit, sur la base du dossier compilé par Colbert.

Le procureur requiert la pendaison pour crime de haute trahison mais les amis de Fouquet font fléchir la cour et le surintendant est finalement condamné à un simple bannissement.

Le procès de Fouquet

Louis XIV aurait préféré la mort. Aussi use-t-il de son droit régalien pour aggraver la peine (fait exceptionnel). Il transforme le bannissement en une réclusion à perpétuité ! Les suppliques du bon La Fontaine, qui écrit l'Elégie aux Nymphes de Vaux, et de Madame de Sévigné n'auront pas raison de la vindicte royale.

Le financier et mécène passera les seize dernières années de sa vie dans la sinistre prison de Pignerol, dans les Alpes piémontaises.

Enfin roi !

En arrêtant Fouquet, Louis XIV a pris la première et la plus importante décision de son règne. La chute du surintendant a écarté le risque d'une nouvelle Fronde.

Elle a permis au souverain de consolider son pouvoir personnel mais aussi de renforcer l'autorité de l'État et la centralisationadministrative, dans le droit fil de l'oeuvre de Richelieu et Mazarin, avec le diligent concours des ministres Colbert et Louvois.

Selon l'exemple donné par son malheureux surintendant, Louis XIV a su aussi se montrer brillant mécène et organiser à son tour de splendides fêtes en son parc de Versailles.

Publié ou mis à jour le : 2020-04-13 23:30:20

 
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