27 octobre 1614-23 février 1615

Marie de Médicis face aux états généraux

Le 27 octobre 1614, à Paris, Marie de Médicis, veuve du roi Henri IV, se résout à convoquer les états généraux (dico) à Paris, le 27 octobre 1614, pour éviter un affrontement armé avec la noblesse du royaume. Cette décision témoigne de l'extrême affaiblissement de la monarchie française sous la régence...

Alban Dignat

Crise dans la monarchie

Après l'assassinat d'Henri IV, quatre ans plus tôt, le 14 mai 1610, sa veuve Marie de Médicis a obtenu d'assurer la régence grâce à l'appui du puissant duc d'Épernon, un intrigant de première. Avec celle qu'Henriette d'Entragues qualifait de « grosse banquière florentine », le royaume « allait tomber en d'étranges mains » selon le mot de Sully.

Les états généraux réunis par Louis XIII, 27 octobre 1614, Jean Alaux, Châteaux de Versailles et de Trianon, 1841. Agrandissement : Frans Pourbus le Jeune, Marie de Médicis, 1616, Art Institute of Chicago.Après avoir découragé Sully de rester au gouvernement et écarté Épernon, la régente confie en effet les rênes du pouvoir à sa soeur de lait, une Florentine qu'elle a amené avec elle en France, Leonora Dori, la Galigaï, et à son mari, Concino Concini, qui sera fait marquis d'Ancre et même maréchal et amiral sans avoir jamais combattu ni commandé de navire.

Ce clan pille sans vergogne le Trésor et Marie de Médicis peut s'adonner sans limites à sa passion des bijoux et de l'astrologie. Mécène, elle commande aussi une série de tableaux à Rubens et se fait construire le palais du Luxembourg en 1624 par Salomon de Brosse, pour rivaliser avec le palais Pitti de Florence.

Sans surprise, les grands seigneurs du royaume vouent à Concini une haine incoercible. Le peuple parisien ajoute son grain de sel, témoin cette chansonnette qui court les rues :
Si la Reine allait avoir
Un poupon dans le ventre
Il serait bien noir
Car il serait d'Ancre.

Le prince de Condé et le duc de Nevers prennent la tête des mécontents. Critiquant le projet de marier le jeune roi Louis XIII (13 ans) avec une infante d'Espagne, ce qui signifierait la victoire du clan rival des Guise, ils se retirent dans des places fortes frontalières et lèvent des troupes.

Le Conseil de régence se prépare à l'affrontement armé avant de conclure un accommodement sous la promesse de réunir les états généraux.

La régente reprend le dessus

L'assemblée de 1614 comprend 140 députés du clergé, 132 représentants de l'aristocratie, parmi lesquels les partisans des princes sont en minorité, et 192 députés du tiers état (ni ecclésiastiques, ni nobles). Ces derniers sont pour la plupart des bourgeois prospères, officiers de justice ou parlementaires.

Les princes comptent bien manipuler les députés des États pour obtenir provinces et bénéfices. À leur grand dépit, les états généraux sont réduits à l'impuissance par les rivalités entre le clergé, la noblesse et le tiers état. Le gouvernement renvoie les députés sur de vagues promesses de réformes fiscales et surtout sans avoir permis aux princes d'imposer leurs volontés.

Les états généraux sont dissous. Discrédités par leur incapacité à décider quoi que ce soit, ils ne seront plus réunis avant 1789. 

Le principal résultat de la réunion, c'est que la régente aura remarqué l'intervention d'un jeune ecclésiastique, l'évêque de Luçon Armand du Plessis de Richelieu, lors de la séance de clôture du 23 février 1615. Elle va se l'attacher pour le plus grand bien de la monarchie.

Entre-temps, par une patiente remise en ordre des affaires, Richelieu aura permis à la monarchie de prendre le dessus sur l'aristocratie et ouvert la voie au règne prestigieux de Louis XIV. Notons qu'en Angleterre, à la même époque, l'opposition entre le roi et les privilégiés a débouché sur la victoire des seconds et sur une démocratie embryonnaire.

Coup d'État royal

Comme la crise de régime perdure, le duc de Luynes persuade le jeune Louis XIII d'en finir. Prenant son courage à deux mains, le roi fait assassiner Concini le 24 avril 1617 dans la cour du Louvre puis brûler sa femme pour sorcellerie. Son règne commence vraiment...

En février 1619, dans un sursaut, la reine-mère rejoint la révolte du duc d'Épernon. Après la Journée des dupes (1630), qui lui vaut d'être définitivement chassée des affaires par son fils Louis XIII, elle s'enfuit chez sa fille Henriette, à Londres, puis à Cologne, où elle meurt le 3 juillet 1642, peu avant Richelieu et son fils.

Publié ou mis à jour le : 2023-11-01 13:56:42
DB (27-10-2021 13:20:06)

Les résumés d'Hérodote sont souvent pertinents et mis à jour et sont d'utiles mises au point . Mais sur la régence de Marie de Médicis, il serait temps de renoncer aux clichés et caricatures ressassés... Lire la suite

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