1er mars 1565

Fondation de Rio de Janeiro

Le 1er mars 1565, sur une presqu'île à l'entrée de la baie de Guanabara, le capitaine portugais Estácio de Sá fonde la ville de São Sebastião do Rio de Janeiro.

La première partie de son nom rappelle le roi Sébastien Ier qui règne alors sur le Portugal ; la deuxième partie rappelle que l'immense baie (400 km2) fut découverte le 1er janvier 1502 et prise à tort pour l'estuaire d'un fleuve, d'où son nom, « fleuve de Janvier » en portugais.

Plus simplement appelée Rio de Janeiro ou Rio, la ville s'étend lentement sur le pourtour méridional de la baie de Guanabara, entre les cimes de granit, ou « pains de sucre », d'où s'étale en nappes vertes la forêt tropicale. De 60 000 habitants en 1800, la population passe à un million en 1900 et plus de quinze millions en 2000, ce qui fait toujours de Rio la deuxième agglomération du Brésil, autrefois derrière Bahia, aujourd'hui derrière São Paulo.

André Larané
Panorama de Rio de Janeiro : à droite du Christ du Corcovado, le Pain de Sucre et l'emplacement de la ville originelle (DR)

Débuts obscurs

La découverte fortuite du Brésil par Cabral, le 22 avril 1500, n'a pas suscité un franc enthousiasme à la cour de Lisbonne. L'année suivante, le roi du Portugal a toutefois demandé à Gonçalo Coelvo et Andres Gonçalves d'explorer plus la « Terre de la Sainte-Croix » découverte par Cabral. L'expédition, qui inclut un certain Amerigo Vespucci, accoste ainsi le 1er janvier 1502 à l'entrée de la baie de Guanabara. Elle découvre une terre assez densément peuplée par des communautés indiennes batailleuses, qui pratiquent le cannibalisme mais cultivent aussi le maïs, les haricots etc. La principale ressource d'exportation est le bois de braise, ou pau brasil, qui va donner son nom au pays.

On en reste là pendant longtemps. Au printemps 1531, une flotille portugaise croise le long de la côte et accoste à l'embouchure d'une rivière dans la baie de Guanabara, où elle édifie une maison de pierre. Du fait de cette maison, les Indiens du cru vont donner à la rivière le nom de Carioca (« la maison du blanc ») et ce nom va devenir plus tard celui des citadins de Rio de Janeiro... Quant aux habitants de la province ou de l'État du même nom, ils seront appelés Fluminenses, du latin flumen, rivière (note).

En 1532, le gouvernement portugais découpe la côte du Brésil en bandes horizontales de 50 lieues de large, chacune étant attribuée à un capitaine ou gouverneur, à charge pour lui de la mettre en valeur. Ces capitaineries sont l'amorce des provinces et États du Brésil futur. Elles sont placées sous l'autorité d'un gouverneur général, établi à Bahia, au nord de la colonie.

En 1555, voilà qu'une petite troupe de... Français s'avise d'installer un comptoir à l'entrée de la baie de Guanabara. Sous la direction de l'amiral de Villegaignon, ils fondent Fort-Coligny sur une île à l'entrée de la baie de Guanabara. Mais ce projet de « France antarctique » va très vite sombrer sous le coup des querelles internes et des guerres avec les Indiens et les Portugais. L'île de Villegaignon, sur laquelle a été édifiée le fort, est aujourd'hui rattachée au continent, à proximité de l'aéroport de Santos-Dumont.

La fondation de Rio de Janeiro vue par un peintre du XIXe siècle, Antonio Firmino Monteiro (1855-1888)Désireux d'évincer les Français encore présents, le gouverneur général portugais Mem de Sá confie à son cousin Estácio de Sá le soin de sécuriser la baie de Guanabara. C'est ainsi que, le 1er mars 1565, ce dernier fonde en son nom une municipalité nouvelle au pied du plus célèbre Pain de Sucre de la baie et non loin du Corcovado (le « bossu »), un pic granitique de 710 mètres qui offre une vue sur toute la baie.

Manquant de vivres et même d'eau douce, soumise aux attaques des Indiens, la communauté de São Sebastião vivote en attendant des secours. Enfin, le gouverneur général arrive au secours de son cousin, à la tête d'une flotille, le 18 janvier 1867. Les Portugais refoulent les Indiens mais, dans l'affrontement, Estácio de Sá est mortellement blessé d'une flèche au visage.

Le fondateur de Rio est remplacé par un autre membre de la famille des Corréia de Sá et, pendant près d'un siècle, jusqu'en 1660, cette famille va ainsi diriger la ville et présider à son développement. Les premiers habitants vont tirer leurs revenus des plantations de sucre dans l'arrière-pays et de la chasse à la baleine dans la baie de Guanabara.

Faute de défenses solides, ils n'en restent pas moins soumis à des menaces extérieures. La plus grave est le fait, une nouvelle fois, des Français. Le 19 septembre 1711, dans le cadre de la guerre de la Succession d'Espagne, le corsaire malouin René Duguay-Trouin se présente dans la baie avec une flotte de dix-huit bateaux et adresse un ultimatum au gouverneur. La population, terrorisée, choisit de s'enfuir à la faveur de la nuit, sous un orage tropical.

Le corsaire négociera avec le gouverneur une colossale rançon de 610.000 cruzados avant de prendre le large. 

Rene Dugay-Trouin:  Plan De La Baye Et De La Ville De Rio Janeiro (plan de la baie et de la flotte française en 1711)

Avatars

La ville devient capitale du Brésil colonial le 31 août 1763, au détriment de Salvador de Bahia. L'essor des plantations de café dans l'arrière-pays amène aussi les Cariocas à développer l'importation d'esclaves (« pièces de Guinée ») en provenance d'Afrique. Ceux-ci ne tardent pas à constituer le tiers de la population urbaine.

Le 7 mars 1808, Rio accueille la cour royale du Portugal. Chassés de Lisbonne par les armées de Napoléon 1er, la reine Dona Maria 1ère, démente depuis 1792, et le prince régent Dom João ont traversé l'Atlantique avec cinq cents courtisans, sur six navires, sous la protection d'une escadre anglaise.

Le Palais royal, à Rio de Janeiro (DR)Après une halte à Bahia, les voici à Rio, où ils investissent la résidence du vice-roi. Ainsi cette agglomération de 60.000 habitants, réputée pour son insalubrité et sa puanteur, va-t-elle devenir pour une quinzaine d'années la métropole du monde lusophone !

Les fazenderos, grands propriétaires enrichis par l'exploitation du sucre et du café ainsi que le trafic d'esclaves, en profitent pour obtenir de la couronne une reconnaissance symbolique, avec titres de noblesse à la clé.

La famille royale est tellement ravie de l'accueil que lui réservent les riches Cariocas qu'elle songe à s'établir définitivement à Rio. Le roi Joao (Jean) VI, qui a succédé à sa mère en 1816, octroie au Brésil une large autonomie au sein du « Royaume-Uni de Portugal, du Brésil et des Algarves ». Il ne manque pas aussi d'embellir sa capitale tropicale et de la doter d'institutions universitaires et culturelles avec le concours de l'architecte français Grandjean de Montigny et du peintre Jean-Baptiste Debret.

C'est à regret que le roi rentre à Lisbonne en 1820 pour contenir les menées libérales d'une junte formée à Porto. Son fils cadet Pedro (Pierre) demeure sur place. Sous la pression des Cariocas, il proclame l'indépendance de la colonie et en devient l'empereur sous le nom de Pedro Ier. Son fils Pedro II, roi-bourgeois pétri d'idées libérales, obtient l'abolition de l'esclavage en 1888 mais doit, l'année suivante, laisser la place à une Première République.

Rio de Janeiro vers 1820, détail (Jean-Baptiste Debret)

« Ville merveilleuse »

Le premier décret du gouvernement républicain confirme Rio dans son rôle de capitale mais prévoit le transfert à terme des pouvoirs fédéraux dans un site vierge au coeur du plateau central, loin des coteries provinciales. C'est ainsi que le 21 avril 1960, la ville perd son statut de district fédéral et de capitale au profit de Brasília.

Même si elle n'est plus capitale fédérale, Rio demeure pour ses habitants la « Ville merveilleuse ». Apparue en 1908 et consacrée par l'usage depuis, l'expression est sans doute exagérée si l'on considère le délabrement des infrastructures et des réseaux d'assainissement, la saleté des plages, la médiocrité de l'urbanisme et l'absence de tout patrimoine architectural. Elle conserve sa pertinence eu égard au spectacle à nul autre pareil d'une nature tropicale et montagneuse qui s'étire jusqu'au pied des gratte-ciel.

Creuset de la culture métissée et berceau de la samba et de la bossa nova, Rio devrait bénéficier d'un regain de prestige en 2016 en accueillant les premiers Jeux Olympiques d'Amérique latine.

Publié ou mis à jour le : 2020-03-02 10:58:03

 
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