23 octobre 1530

Neuchâtel se rallie à la Réforme protestante

Le 23 octobre 1530, les bourgeois de Neuchâtel se rallient à la Réforme protestante.

La petite cité jurassienne devient ainsi, cinq ans avant Genève, le premier centre francophone de la Réforme. Dans le quartier de Serrière, sur les presses de Pierre de Vingle, l’humaniste Pierre Olivétan imprime la première Bible en français.

Camille Vignolle

Une cité de langue française au cœur du Saint Empire

En l’an 1011, le roi Rodolphe III de Bourgogne offre à sa femme, en cadeau de mariage, le château de Novum castellum (« nouveau château » en latin, devenu Neuchâtel par déformation phonétique). Le document qui en fait foi est la première mention de la future cité de Neuchâtel, sur les bords d’un vaste lac au pied du Jura.

Le royaume carolingien de Bourgogne va disparaître peu après, en 1032, ce qui entraînera le rattachement du comté de Neuchâtel au Saint Empire.

La cité médiévale se développe autour du château, profitant des ressources du lac et du plateau ainsi des liaisons commerciales entre l’Allemagne et l’Italie. Comme dans la plupart des cités marchandes de cette époque, le souverain en titre délègue aux représentants de la bourgeoisie l’administration municipale. Cette délégation est confirmée par une charte de franchises en 1214.

Les Neuchâtelois, bien que de langue romande (française), concluent en 1406 un traité de « combourgeoisie » avec Berne, chef de file de la Confédération suisse, laquelle ne réunit encore que huit cantons. Neuchâtel devient de la sorte alliée et plus ou moins vassale de sa puissante voisine alémanique (de langue allemande).

En 1450, la cité et le château sont en grande partie détruits par un incendie comme il s’en produit assez souvent au Moyen Âge dans ces villes construites pour l’essentiel en bois.

Rodolphe de Hochberg, comte de Baden-Baden, ayant mis la main sur le comté en 1458, son fils Philippe de Hochberg, marié à Marie de Savoie, nièce du roi Louis XI, reconstruit le château avec magnificence dans un style qui annonce la Renaissance.

Neuchâtel participe, contrainte et forcée, aux guerres de Bourgogne qui opposent la Confédération au duc Charles le Téméraire en 1474-1477.

La révolution religieuse de Guillaume Farel

La vie de la cité va être bouleversée de façon encore plus décisive avec l’installation dans ses murs de Guillaume Farel, un prédicateur né à Gap, en France, en 1489.

À la faveur de ses études à Paris, au collège du cardinal Lemoine, il entre dans le cénacle de Meaux, qui tente de réformer l’Église avec des humanistes comme Lefèvre d’Étaples, sous les auspices de l’évêque Guillaume Briçonnet.

Guillaume Farel (1489-1565), gravure de Nicolas de Neuchâtel, vers 1560 (bibliothèque de Neuchâtel)Guillaume Farel est l’un des premiers humanistes francophones à se rallier à la Réforme de Luther, tout juste naissante. Dès lors obligé de s’enfuir, il se rend à Bâle et devient prédicateur itinérant.

De plus en plus proche des thèses religieuses d'Ulrich Zwingli, prédicateur zurichois, Farel établit la Réforme dans le bailliage d’Aigle, dans le Jura, avant de gagner Neuchâtel.

Convaincus par ses prêches dans la collégiale, les bourgeois de Neuchâtel réunis en conseil se rallient à leur tour à la Réforme le 23 octobre 1530. Ils y sont encouragés par leur puissant allié bernois, lui-même passé à la Réforme deux ans plus tôt. Sans compter la perspective de n’avoir plus à payer la dîme, l’impôt prélevé par l’Église catholique.

Excités par Guillaume Farel, les Neuchâtelois sont aussitôt pris de furie et détruisent les « idôles » qui ornent les églises et les couvents : statues, fresques, objets du culte…

Horrifié, le gouverneur Georges de Rive écrit à la souveraine Jehanne de Hochberg, veuve de Louis d’Orléans, et la supplie d’intervenir. Mais rien n’y fait.

L’infatigable Farel ne s’en tient pas là et part pour Genève. Il réussit à convaincre Jean Calvin, de vingt ans plus jeune que lui, de l’accompagner dans sa tâche réformatrice. Chassé de Genève en 1538, il revient finir sa vie à Neuchâtel. À sa mort, le 13 septembre 1565, Guillaume Farel sera inhumé dans la collégiale, près du château comtal.

L’épisode prussien

En 1648, par les traités de Westphalie qui consacrent le morcellement du Saint Empire romain germanique, le comté de Neuchâtel devient une principauté souveraine, indépendante de fait. 

À l’extinction de la dernière dynastie comtale, celle des Orléans-Longueville, en 1707, les bourgeois de Neuchâtel se donnent au roi de Prusse (ou plutôt roi en Prusse) Frédéric 1er. Ils lui trouvent le double avantage d’être luthérien comme eux et éloigné, donc peu susceptible de mettre son nez dans leur administration.

Ce mariage de raison va durer plus d’un siècle. Il laisse à la ville le souvenir d'un âge d'Or dont témoignent les beaux hôtels de la ville historique, dont celui de Pierre-Alexandre Peyrou, un ami de Jean-Jacques Rousseau qui va publier à Genève en 1788 la première édition de ses oeuvres complètes.

Napoléon 1er ayant occupé Neuchâtel en fait don en 1806 à son fidèle chef d’état-major Louis-Alexandre Berthier, qui devient prince de Neuchâtel et Valangin (un bourg proche de Neuchâtel).

En 1814, au Congrès de Vienne qui solde l’empire de Napoléon, Neuchâtel se joint à la Confédération helvétique, tout comme Genève et le Valais, mais demeure officiellement sous tutelle prussienne ! En 1848 enfin, à la faveur du « printemps des peuples », une révolution dite « républicaine » chasse les Prussiens.

Les troupes révolutionnaires emmenées par Fritz Courvoisier occupent le château et installent un gouvernement provisoire sous la présidence d'Alexis-Marie Piaget le 1er mars 1848. Neuchâtel devient un canton helvétique à part entière.

Aujourd’hui, Neuchâtel est une très agréable et paisible cité de 30 000 habitants, chef-lieu du canton du même nom (170 000 habitants).

Son Histoire demeure vivante autour de la collégiale et du château. Celui-ci est largement ouvert à la visite. Il accueille aussi les 115 députés cantonaux du Grand Conseil (pouvoir législatif) et les cinq ministres du Conseil d’État (pouvoir exécutif) ainsi que le tribunal du canton. Cela fait de lui le plus ancien siège de gouvernement de la Suisse.

Notons aussi que Philippe Suchard ouvrit boutique dans la cité médiévale de Neuchâtel, le 17 novembre 1825. C’est là qu’il produisit son premier chocolat. Ce n’allait pas être le dernier…

Réservé aux gourmands

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 09:50:14

 
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