13 septembre 1515

François Ier bat les Suisses à Marignan

Le 13 septembre 1515, le lendemain de ses 21 ans et huit mois seulement après son accès au trône, le roi François Ier défait les Suisses dans la plaine du Pô, à Marignan... comme ne l'ignore aucun écolier ou ancien écolier de France.

Cette bataille voit s'affronter des armées nombreuses de mercenaires, sous la protection de l'artillerie. Plus meurtrière qu'aucune autre depuis l'Antiquité, elle signe la fin des combats féodaux avec leurs affrontements plus ou moins ritualisés.   

André Larané

François 1er à la bataille de Marignan (1515)

Le rêve italien

François Ier, dès son avènement, a voulu reprendre la conquête de l'Italie, entamée par ses prédécesseurs Charles VIII et Louis XII, à commencer par le duché de Milan, qu'il revendique comme étant l'héritage de son arrière-grand-mère Valentine Visconti, épouse du malheureux Louis d'Orléans.

Maximilien Sforza (vers 1496, Biblioteca Trivulziana, Milan) (25 janvier 1493, Milan ;  4 juin 1530, Paris)La famille Visconti a été spoliée du duché par le condottiere Francesco Sforza en 1450. Un demi-siècle plus tard, Ludovic le More, fils de Francesco, est à son tour chassé de Milan par Louis XII en 1500 mais son fils Maximilien (Massimiliano) récupère le duché en 1512 grâce à la Sainte Ligue montée contre la France par le pape Jules II. Malgré la victoire de Louis XII à Ravenne, les mercenaires suisses de la Sainte Ligue, guidés par l'évêque-cardinal de Sion Matthaüs Schiner, finissent par chasser les Français du Milanais. 

François Ier est impatient d'effacer cette humiliation. Il s'assure d'abord la neutralité de l'Angleterre et celle de Gênes puis conclut une alliance avec Charles de Habsbourg, seigneur des Pays-Bas, et surtout la Sérénissime République de Venise. Par contre, il a contre lui les cantons suisses, auxquels il est redevable d'une dette non honorée de 400 000 écus.

À défaut d'un projet politique cohérent, le nouveau roi a le soutien de la noblesse française, jeune et fougueuse, avide de combats et de gloire, avec des chefs aussi prestigieux que le connétable de Bourbon, La Trémoille, La Palice (qui donnera naissance, bien malgré lui, aux lapalissades) et bien sûr le chevalier Bayard.

François Ier réunit son armée à Lyon en avril 1515. Plus nombreuse que toute autre avec un total d'environ 60 000 hommes, elle comporte une cavalerie commandée par des nobles volontaires et une infanterie de 8000 mercenaires gascons et basques ainsi que de 20 000 lansquenets allemands. Son artillerie, à la pointe de la technique, prend de plus en plus d'importance sous la direction de Jacques Galiot de Genouillac. 

Vingt mille Suisses, soldés par le duc de Milan Massimiliano Sforza et le pape Léon X, barrent aux Français l'accès de l'Italie. Ils tiennent les principaux cols alpins, à Suse et Pignerol. Ces milices paysannes sont la terreur des armées féodales. Elles ont coutume d'attaquer en masses compactes au son lugubre des trompes de berger.

François Ier et son armée remontent la vallée de la Durance. Ils « passent les monts » au mois d'août 1515, par le difficile col de L'Argentière (ou Larche), au sud des Alpes, en utilisant pour la première fois des explosifs pour ouvrir le sentier. Enfin ils déboulent hardiment dans la plaine du Pô où personne ne les attendait si tôt.

À Villafranca, Bayard surprend en plein déjeuner Prosper Colonna, bras droit du duc, et le capture. Là-dessus, les Français établissent leur camp à Marignan (Melegnano), à quelques kilomètres au sud de Milan, sur la route de Pavie (c'est aujourd'hui une banlieue industrielle et sans charme de la métropole lombarde).

Les Vénitiens, alliés des Français, campent à proximité, à Lodi, sous le commandement de Bartolomeo d'Alviano. Face à eux 35 000 mercenaires suisses à Milan et Monza.

Dans le souci de se vendre au mieux disant, les mercenaires suisses entament des négociations avec les Français et se disposent à conclure un traité le 8 septembre pour la modique somme de 600 000 écus.

Mais l'évêque-cardinal de Sion Matthaüs Schiner, qui désapprouve ce traité, excite contre les Français la garnison suisse de Milan et la convainc de se précipiter au-devant des Français et les attaquer. Les négociations sont pour le coup rompues...

La bataille de Marignan, détail (miniature attribuée au maître de la Ratière, vers 1515, musée Condé, Chantilly)

Cruelle bataille

Le combat commence l'après-midi du 13 septembre. Dans un premier temps, un carré de 7 000 Suisses disperse la cavalerie et tente de s'emparer de l'artillerie française.

François Ier à Marignan (Étienne Le Blanc, Les douze Oraisons de Cicéron, BNF)Voyant cela, François Ier les charge avec audace à la tête de 200 hommes. Épuisés, les combattants luttent jusqu'à la nuit tombée et ne cessent le combat que lorsque la pleine lune disparaît derrière les nuages. Ils s'endorment sur place.

Le lendemain, le combat reprend à l'avantage des Suisses. Mais l'arrivée inespérée des Vénitiens, appelés d'urgence par le roi de France, les prend à revers et les oblige à se réfugier à Milan. Elle transforme la bataille en un succès total. 14 000 Suisses restent sur le carreau. En une vingtaine d'heures, la bataille de Marignan fait un total d'au moins 16 000 morts (Didier Le Fur, Marignan, 14 septembre 1515, Perrin, janvier 2004). C'est encore plus qu'à Azincourt, un siècle plus tôt... Du jamais vu en Occident depuis la fin de l'Antiquité !

On peut voir dans la bataille de Marignan la préfiguration des hécatombes de l'ère moderne.

François Ier peut savourer une victoire chèrement acquise. Il s'est montré à la hauteur des enjeux, plongeant dans la mêlée, écoutant également les avis de ses capitaines les plus aguerris, Pierre Terrail, seigneur de Bayard, ou encore Jacques de Chabannes, seigneur de la Palice.

François 1er charge les Suisses armées de piques et hallebardes à Marignan (bas-relief du tombeau de François Ier, abbaye de St-Denis, France)

Triomphe de la monarchie

Bayard adoube François 1er (image naïve du XIXe siècle ; le jeune roi était encore imberbe)À la fin de la bataille, selon des chroniques qui apparaissent à partir de 1525, le jeune roi se serait fait adouber chevalier (dico) par le glorieux seigneur Pierre Terrail de Bayard, selon un rituel tombé en désuétude mais qui plaît à ces jeunes gens pétris du souvenir romanesque de leurs aïeux des temps féodaux.

Des historiens contemporains voient dans ce récit une oeuvre de propagande destinée à faire oublier que le roi avait été sacré à Reims en janvier 1515 sous l'égide du connétable de Bourbon qui allait plus tard le trahir au profit de Charles Quint...

Le retentissement de la bataille de Marignan est immense dans l'opinion, en Italie et dans le reste de la chrétienté. Il conduit le pape à signer la paix dès le 13 octobre 1515 et à reconnaître en François 1er le légitime duc de Milan, de Parme et de Plaisance ! Par ailleurs, les deux signataires mettent en chantier un projet de concordat qui place le clergé français sous la tutelle du roi. Il sera conclu à Bologne le 18 août 1516.

Par le traité de Noyon, le même mois, Charles d'Espagne, petit-fils de l'empereur Maximilien de Habsbourg, obtient de conserver le royaume de Naples en échange d'un tribut à la France.

Le 29 novembre 1516, à Fribourg, les cantons suisses et la France concluent une « paix perpétuelle ». Les Suisses se mettent même au service des rois de France jusqu'à la Révolution française. Enfin, par le traité de Cambrai, le 11 mars 1517, la France et les Habsbourg concluent une alliance défensive contre les Turcs.

Dix ans plus tard, la situation va complètement se renverser. Après une défaite à Pavie, les Français devront définitivement renoncer au Milanais et à l'Italie. Repliés sur leur pays, les jeunes nobles ne tarderont pas à se déchirer dans les guerres de religion. Marignan n'aura laissé aucun profit au roi de France mais aura établi sa réputation de grand roi conquérant pour cinq bons siècles...

Publié ou mis à jour le : 2019-09-10 11:05:21

 
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