14 octobre 1468

Entrevue orageuse à Péronne

Le 14 octobre 1468, à Péronne, en Picardie, le roi Louis XI échappe de peu à un mauvais coup lors d'une entrevue avec son rival, le nouveau duc de Bourgogne, Charles le Téméraire.

André Larané

Un duc presque royal

Charles le Téméraire se rattache à la dynastie royale des Valois par un lointain cousinage. Son aïeul Philippe le Hardi, fils cadet de Jean II le Bon, avait reçu de son père le duché de Bourgogne, autour de Dijon. Cet apanage (dico) était la récompense de sa conduite courageuse à la bataille de Poitiers.

Philippe le Hardi épousa Marguerite de Male, héritière du comté de Flandre, autour de Lille et Gand, et du comté de Brabant, autour d'Anvers. Cela lui donna une plus grande liberté à l'égard de son suzerain naturel car la Flandre relevait du roi de France mais le Brabant relevait du Saint Empire romain germanique.

À la mort de son beau-père, Philippe le Hardi eut donc la satisfaction d'ajouter ces deux prospères provinces à la Bourgogne. Par le mariage de son fils et de sa fille aux enfants du comte de Hainaut-Hollande, il réunit aussi ces deux provinces belges à ses domaines. Devenu l'un des princes les plus fortunés d'Europe, avec de riches provinces qui s'étendent de la mer du Nord à la Suisse, il se prit à rêver de fonder sa propre dynastie et, en attendant, influa de tout son poids sur les destinées du royaume capétien.

Ses descendants directs Jean sans Peur, Philippe le Bon et Charles le Téméraire poursuivirent les mêmes objectifs et le dernier, parfois appelé « Grand-duc d'Occident » ne fut pas loin de réaliser le rêve familial... Reste qu'il dut d'abord surmonter un obstacle de taille : Louis XI.

Une rencontre troublée

Le duc, impulsif, est exaspéré par les ruses du roi, que l'on surnomme avec justesse « l'universelle aragne ».

Le comble est atteint pendant l'entrevue des deux souverains à Péronne quand Charles le Téméraire apprend que les bourgeois de Liège, qui s'étaient déjà révoltés contre lui l'année précédente, se sont une nouvelle fois soulevés à l'instigation de Louis XI ! De rage, le duc songe à garder le roi prisonnier, voire à le tuer. 

Sur les instances de son chambellan Philippe de Commynes, Charles le Téméraire se contente finalement d'imposer à Louis XI un traité léonin par lequel le roi restitue au duc les villes de la Somme et promet de céder en apanage le comté de Champagne et Brie à son propre frère Charles de France.

Celui-ci n'a de cesse de comploter contre Louis XI. Après la « Ligue du Bien public », une guerre ouverte contre le roi, il avait échangé son duché de Berry contre celui de Normandie mais avait dû céder ce dernier à la couronne faute de pouvoir le gouverner. Son retour en grâce arrange les affaires de Charles le Téméraire...

Le duc ne s'en tient pas là. Une fois le traité de Péronne en poche, il oblige le roi à l'accompagner jusqu'à Liège et assister à la sauvage répression des révoltés.

Reprise en main

Sitôt libéré, Louis XI n'aura de cesse d'obtenir l'annulation du traité et de protéger sa couronne contre l'avidité de Charles le Téméraire et des autres grands féodaux... Il se gardera de livrer à son traître de frère le comté de Champagne et Brie. Il fait aussi arrêter le cardinal Jean Balue, son aumônier, qui l'avait trahi au profit du duc de Bourgogne et de son frère Charles (la légende veut que le cardinal ait été enfermé dans une cage en fer, la « fillette » du roi).

En 1470, à Tours, son lieu de résidence habituel, le roi de France réunit des seigneurs et des prélats qui constatent la nullité du traité de Péronne. En foi de quoi il se hâte de réoccuper la Picardie. La contre-offensive de Charles le Téméraire échoue devant Beauvais, le 22 juillet 1472. Selon la chronique, une certaine Jeanne Laisné, dite Jeanne Hachette s'illustre dans la défense de la ville.

Charles de Berry, le faux-frère du roi, a finalement reçu pour lot de consolation la Guyenne. Sa mort sans héritier à 25 ans, le 24 mai 1472, sans doute pour cause de syphilis, permet à Louis XI de rajouter la Guyenne au domaine royal !

Philippe de Commynes, chroniqueur royal

Philippe de Commynes (1447 ; 18 octobre 1511) ; détail de son tombeau (musée du Louvre)Le roi Louis XI se montre généreux envers son sauveur, Philippe de Commynes. Celui-ci quitte le service du duc pour le sien. Il devient le confident du roi et se voit comblé d'honneurs avec le titre de sénéchal du Poitou. Après la mort de Louis XI, il prend le parti des seigneurs contre la régente Anne de France, dite la « dame de Beaujeu ». La défaite de son parti lui vaut quelques années d'emprisonnement mais il rentre en faveur avec le roi Charles VIII.

Sous le règne de son successeur, Louis XII, il prend sa retraite et en profite pour rédiger ses Mémoires. Elles constituent une documentation exceptionnelle sur les règnes de Louis XI et de son fils Charles VIII. Comme l'oeuvre de l'italien Machiavel, contemporain de Commynes, elles contiennent une certaine forme de morale politique. Notamment une formule appelée à devenir un proverbe : « La fin justifie les moyens ».

Publié ou mis à jour le : 2020-10-15 13:10:41

 
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