30 mars 1349

L'héritier du roi de France devient le Dauphin

Le Dauphiné ou comté de Viennois est une région alpine qui s'étend autour de Vienne et Grenoble. Au Moyen Âge, c'est une terre d'Empire dont le comte doit rendre hommage à son suzerain, l'empereur d'Allemagne...

L'origine du nom demeure obscure. On peut seulement noter que deux dauphins (cétacés) figurent sur les armoiries du comté. Peut-être une allusion à une légende locale ? Peut-être aussi le nom vient-il du prénom Dolfin, en usage au nord de l'Angleterre, qui aurait été donné au XIIe siècle par la comtesse Mahaut, d'origine anglaise, à son fils aîné...

Toujours est-il qu'au milieu du XIVe siècle, le Dauphin Humbert II de Viennois se voit endetté et désespéré à la suite de la mort de son fils unique. Son voisin le comte de Savoie menace également de s'emparer de ses terres. Faute de mieux, le Dauphin décide de vendre ses États au fils du roi de France Philippe VI de Valois, le futur Jean II le Bon.

Le Dauphiné. Source : Office de Tourisme de Grenoble-Alpes Métropole

Première acquisition du royaume de France

Sceau du Dauphin Charles en 1376 (Archives nationales, Paris)L'acquisition du Dauphiné  est conclue pour la coquette somme de 120 000 florins (le florin est une monnaie d'or émise par Florence et très appréciée partout) et signée au château de Vincennes le 23 avril 1343.

Après quoi, Humbert II - bien qu'âgé de seulement 29 ans - s'enferme dans un couvent de dominicains !

Six ans plus tard, le 30 mars 1349, sans attendre la mort de Philippe VI, Jean remet le Dauphiné à son fils Charles pour lui assurer des revenus réguliers mais aussi pour éviter d'avoir à rendre hommage à l'empereur !

Du coup, Charles (futur Charles V le Sage) prend le titre de dauphin du Viennois, qui était celui des comtes du Dauphiné depuis 1192, et ajoute les armes du Dauphiné aux siennes. À sa suite, jusqu'au XIXe siècle, tous les héritiers du royaume de France porteront ce titre et seront appelés « Dauphin ».

André Larané
Des héritiers bien dotés

Les rois de France n'ont pas été les premiers à doter l'héritier de la couronne d'un titre (en l'occurrence celui de Dauphin) pour le faire patienter à l'abri du besoin.
Cette pratique a été inaugurée par le roi d'Angleterre Édouard Ier, qui a donné à son fils le titre de prince de Galles le 25 avril 1284. Elle se retrouve aussi dans la monarchie espagnole, dont l'héritier est prince des Asturies, à la tête du Saint Empire romain germanique, où le fils de l'empereur allemand est roi de Rome, dans la monarchie belge dont l'héritier est duc de Brabant, également dans des familles princières. Ainsi l'héritier des princes de Condé est-il duc d'Enghien.

Publié ou mis à jour le : 2025-03-31 09:59:10
Michael (30-03-2025 17:39:10)

D'abord, le Dauphiné, c'est le surnom du Comté de Viennois, dont la capitale etait l'importante ville de Vienne sur le Rhône. L'expansion du Dauphiné vers les Alpes procéderait de la même dynamique que la constitution de l'État savoyard : verrouiller les cols pour en tirer de substantiels péages. Le cœur économique et de prestige est donc cette ville de Vienne, ancien entrepot des Gaules romaines avec Narbonne et Marseille. Il n'y a pas que le temple d'Auguste et de Livie, autre Maison Carrée qui témoignent de sa munificience, mais aussi les fameux Grands Dauphins de Vienne, excavés en 1839, seuls bronzes dorés romains avec la Victoire d'Arles. Ceux-ci sont peut-être liés à la corporation des Nautes, et seraient, en symbolique, l'équivalent de la Nef de Paris. Ces Grands Dauphins avaient peut-être d'autres équivalents disparus, et leur forme monstrueuse aurait pu se traduire en emblème à la manière de l'étendard en manche flottante sous forme de dragon du célèbre Vlad II Dracul.

Concernant Humbert II, le dernier Dauphin, qui avait pourtant mené une croisade victorieuse sur Smyrne, je me souviens avoir lu un intéressant article qui décrivait l'organisation de sa spoliation, dirigée entre autres par le Pape. Comme dans un mauvais film, il a été acculé à vendre par une bande d'escrocs dignes des créanciers de Madame Bovary. Au moins, on ne l'a pas enivré et terrorisé comme ce pauvre Jean II d'Auvergne, atteint de saturnisme, contraint de vendre toutes ses terres et de signer quittance des sommes prétendument reçues aux hommes de main de ce magnifique rapace qu'était, pour notre bonheur d'esthète, Jean, duc de Berry.

Egalement un petit encart pour préciser que les rois n'ont jamais institutionalisé la dotation de leurs fils aînés de leur plein gré. D'une part, le Roi des Romains n'est pas un fils aîné, mais un prince élu et empereur en devenir dans l'attente d'un couronnement par le Pape. D'autre part, Édouard II a été le premier à être Prince de Galles, parce que son père Édouard I (quel roi !) avait imposé aux nobles gallois indépendants de leur choisir un prince, ce que ceux-ci avait accepte pourvu qu'il soit natif du pays. Le rusé renard ayant fait accoucher Madame au Pays de Galles, il a désigné son fils comme Prince de Galles... Concernant le Prince des Asturies, le titre (il n'y a pas d'apanage) a été créé sous la pression du Prince Noir, qui l'a imposé à un Pierre le Cruel aux abois, implorant l'aide anglaise du voisin aquitain. Pour la création d'un Dauphin de France : c'est "pour éviter d'avoir à rendre hommage à l'Empereur"...

Et voilà venu le moment de mon "Delenda est Carthago" : les mariniers du Rhône appelaient la rive droite : "du côté de l'Empire". Tout le Royaume d'Arles (ou de Bourgogne, comme on veut l'appeler) est un territoire allemand à l'est du Rhône et de la Saône. Les fameux Grands Ducs d'Occident, sont toujours présentés comme des concurrents des Rois de France, les souverains étrangers d'un État belge en devenir. Vu d'Allemagne, si férue en généalogie et habituée aux chamailleries familiales, ces Princes aux Lys étaient ressentis comme une extension du Royaume de France sur des terres de l'Empire. D'où les efforts de l'empereur Sigismond, pour organiser une hégémonie des Wittelsbach-Straubing sur le Hainaut, la Hollande, la Zélande, et conserver Liège et le Luxembourg dans le giron de l'Empire. L'intelligence sans les moyens c'est peu, et les Valois de Bourgogne s'étendront jusqu'au-delà des bouches du Rhin.
Puis il y aura les Trois-Évêchés allemands de Verdun (oui), Toul et Metz. Metz... la capitale de l'Austrasie... Puis l'Alsace, puis la Franche-Comté...
Il faudra attendre 1814, 1815, 1870, 1914, 1939 pour frapper du poing sur la table : il est des guerres qui n'ont pas commencé en 2021...

Quel serait le visage de ces territoires aujourd'hui isolés, abandonnés, désertés de la puissance publique s'ils étaient restés, libres, dans l'Empire ? Demandez aux descendants des colons venu repeupler l'Alsace dévastée par Louis XIV, et qui retrouvent un pays européen en allant faire leurs courses dans des villes propres, sûres, et animées, où ils s'émerveillent de la qualité des logements, cocoons contre le froid et le bruit, bien desservis par les transports publics et à proximité d'hôpitaux modernes et accueillants, et de maisons de retraites respectueuses.
Sainte Deutschrope, priez pour eux.

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