15 novembre 1315

Victoire des Trois Cantons à Morgarten

Le 15 novembre 1315, à Morgarten, au sud de Zurich, les montagnards des Trois Cantons (Uri, Schwyz et le demi-canton de Nidwald), repoussent les troupes du duc Léopold d'Autriche, seigneur de Habsbourg.

C'est l'une des rares fois, au Moyen Âge, où des communautés paysannes réussissent à s'émanciper de leur suzerain féodal. Dans le reste de l'Europe, les révoltes paysannes débouchent sur des jacqueries sans issue.

Bataille de Morgarten, 15 novembre 1315 - Grande chronique des guerres de Bourgogne, Diebold Schilling le Vieux,  XVe siècle

Indépendance confirmée

Quelques années après le célèbre serment de Rütli, la victoire de Morgarten renforce la cohésion des cantons alpins. Elle leur rallie les cantons environnants et surtout les villes de Zurich, Bâle et Berne. Ces communes libres, bien que bourgeoises, font front commun avec les paysans contre les prétentions des Habsbourg.

Un siècle plus tard, à la fin du XVe siècle, les Suisses confédérés devront encore se battre contre le duc de Bourgogne Charles le Téméraire, désireux de reconstituer à son profit l'ancienne Lotharingie de l'époque carolingienne. Ces paysans austères se révèleront alors comme les soldats les plus redoutables d'Europe, capables d'en remontrer aux plus puissants chevaliers de la noblesse...

Quelques jours suffisent en effet aux cantons pour lever plusieurs dizaines de milliers de fantassins.

Dès que la consigne leur en est donnée, les Confédérés quittent sans attendre leur ferme, prennent leur longue pique et se mettent en ordre de marche. Au moment de l'attaque, tandis que les trompes de montagne terrorisent l'ennemi par leurs sonorités tonitruantes, les Confédérés n'ont guère de mal à repousser les assauts des cavaliers grâce à leurs longues piques (...).

Publié ou mis à jour le : 2025-11-16 16:44:48
Michael (15-11-2025 11:11:22)

L'émergence de la puissance suisse et l'affaiblissement des Habsbourg dans leurs possessions patrimoniales annoncent l'abandon de l'Alsace aux traités de Westphalie et le recentrage sur l'Europe centrale lors du Recès d'Empire de 1803. L'Alsace étant une terre éminemment stratégique pour le Saint-Empire (connexion avec l'Italie par la continuité des routes commerciales du plateau suisse jusqu'à Francfort, abbaye de Murbach pour le spirituel), était la proie de toutes les convoitises et la souveraineté y était morcelée en droits multiples de petits seigneurs (des forteresses partout), monastères, évêque de Strasbourg, etc. Les possessions originelles des Habsbourg en Alsace (grosse probabilité qu'ils descendent des Etichonides, la famille de Sainte Odile, par Gontran le Riche) étaient difficilement contrôlables car rien n'était cohérent. Leur expansion en direction de la Suisse actuelle doit avoir été motivée par le désir d'exercer une souveraineté sans partage sur de nouveaux territoires, et de contrôler d'autres segments de l'axe commercial du plateau suisse (finalement une dynamique comparable à celle du Duché de Savoie pour contrôler les cols).
Il est remarquable de mettre cette volonté en parallèle avec leur développement inattendu en Autriche (droit d'aubaine sur l'héritage Babenberg), leur permettant, de façon comparable, de contrôler des routes commerciales venant d'Italie. Leur échec sur les Suisses les amènera à se concentrer sur l'Europe centrale (Bohême puis Hongrie) et finalement à abandonner ce qui restait en Alsace en 1648 (ils tenteront de même d'abandonner l'Autriche pour la Hongrie après la Grande Guerre).
Malheureuse politique égoïste qui aura pour effet d'amener les Français sur le Rhin avec toutes les désolations qui suivront, notamment dans le Palatinat et l'incendie et le pillage des tombeaux des empereurs à Spire. Les Prussiens n'ont pas eu besoin de rendre la pareille à Saint-Denis, les révolutionnaires s'en étaient chargés. Qui sait s'ils s'y seraient livrés, si la profanation des empereurs n'était pas entrée dans l'imaginaire collectif en 1689 ? "Dieu seul est grand, mes frères."

Flebeau (13-11-2022 17:44:46)

Lorsque j'ai lu le titre de l'article (et avant d'en lire le contenu), je pensais que la réponse allait être Charles le téméraire en 1470 (ou 1471?), Lorsqu'il s'est fait battre par les Suisses lors de la bataille de Morat

Michel (15-11-2015 17:23:03)

On dit de la Suisse qu'elle est une "Willennation", une nation bâtie par la volonté des diverses parties du pays de vivre ensemble. Il me semble que Denis de Rougemont avait proposé une telle construction pour les pays d'Europe de l'Ouest.
Ce serait en effet un possible remède aux maux qui affligent l'actuelle UE.

Volpi Rémy (13-11-2012 14:48:29)

Article très intéressant. Juste une remarque: l'idée d'"une confédération qui dure" est inexacte.
Depuis la réforme constitutionnelle de 1848 et ses amendements ultérieurs, la Confédération Helvétique n'est plus, techniquement parlant, une confédération, mais bien une fédération. Les 26 Etats (les cantons) ont en effet en 1848 délaissé une part de leur souveraineté au profit d'une structure fédérale supracantonale. Une monnaie unique a été instaurée, les douanes cantonales ont été supprimées, l'armée est devenue fédérale. Le principe de subsidiarité a été adopté: ce qui ne relève pas de la structure fédérale revient aux cantons, et au niveau inférieur, aux communes. Chaque canton a sa constitution, son parlement, ses lois, sa fiscalité, sa langue. Au fond, l'identité commune aux Suisses est essentiellement la constitution fédérale. On peut de ce fait s'étonner de ce que jamais le modèle suisse ne soit évoqué en tant que préfiguration concrète d'une Union Européenne fédérale. Pour celle-ci, la crainte de l'abandon d'une partie de souveraineté par les Etats-nations qui la composent semble l'emporter sur les avantages d'une structure fédérale supranationale. Que ne se réfère-t-on au modèle suisse!

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