23 janvier 1120

Naissance officielle de l'Ordre du Temple

Le 23 janvier 1120, un concile réuni à Naplouse, en Palestine, reconnaît officiellement la « milice des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon » (pauperes commilitones Christi Templique Solomonici en latin).

Plus tard appelé Ordre du Temple, il ne s'agit pour l'heure que d'une fraternité combattante vouée à la protectiond des pèlerins et au combat contre les infidèles. Elle n'a pas le statut d'un ordre monastique.

Alban Dignat

Un Templier au combat en Terre sainte (peinture murale de la chapelle de Cressac (Angoumois)

Cette fraternité a été fondée deux ans plus tôt par le Champenois Hugues de Payns et Godefroy de Saint-Omer, ainsi que six autres chevaliers de la croisade. Ils se sont inspirés de l'Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem ou Ordre de l'Hôpital, fondé vers 1113. Les Hospitaliers sont des moines-chevaliers qui se consacrent au soin des pèlerins  venus prier à Jérusalem. Ils ne mènent pas de guerre offensive. Il en va de même des chevaliers du Saint-Sépulcre, un ordre fondé par Godefroy de Bouillon dès la prise de Jérusalem, en 1099, pour protéger le Saint-Sépulcre, autrement dit le tombeau du Christ.

Hugues de Payens, premier grand-maître de l'ordre du Temple, Henri Lehmann, 1841, Château de Versailles. L'agrandissement montre un tableau d'Antoine de Favray, Frère Gérard recevant Godefroy de Bouillon, XIXe siècle, La Vallette, Malte, Musée national des beaux-arts.Hugues de Payns et Godefroy de Saint-Omer se donnent quant à eux pour mission de sécuriser les routes des pèlerins contre les brigands et les Turcs et de mener donc des guerres offensives tout en s'imposant une discipline monastique. Comme les moines, ils font vœu de chasteté, d'obéissance et de pauvreté.

Leur initiative participe de l'extraordinaire renouveau monastique qui a lieu au même moment en Occident avec la fondation de Cîteaux, Clairvaux, Fontevraud etc. Réunissant les deux fonctions les plus prestigieuses de la chrétienté médiévale, celles de moine et de chevalier, ils reçoivent d'emblée un accueil très favorable. C'est au point qu'en 1125, le comte de Champagne, ancien suzerain d'Hugues de Payns, abandonne ses titres et rejoint les Templiers !

Institution de l'ordre du Temple (1128), François Marius Granet,  1840, Château de Versailles. Reconnaissance officielle par le pape Honorius II de l'ordre du Temple au Concile de Troyes.

Vers une reconnaissance officielle de l'ordre combattant

Hugues de Payns se place d'abord sous la protection du roi de Jérusalem et du patriarche. Il obtient du roi Baudouin II qu'il lui cède une partie de son palais. Celui-ci occupe l'ancienne mosquée al-Aqsa, érigée par les précédents occupants musulmans sur l'esplanade du Temple. En face, le Dôme du Rocher, autre édifice musulman, a été lui-même transformé en église par les croisés...

Peu contrariant, le roi se retire dans la Tour de David, l'un des monuments emblématiques de Jérusalem. En référence à son palais, Hugues de Payns s’intitule « maître des chevaliers du Temple » et ses moines-chevaliers se feront eux-mêmes connaître sous le nom de Templiers

Désireux d'obtenir une reconnaissance officielle de son ordre par l'Église, Hugues de Payns se rend à Rome auprès du pape Honorius II mais celui-ci hésite et renvoie la décision à un concile qui se réunit à Troyes, en Champagne, en janvier 1129. Y participe le très influent saint Bernard de Clairvaux. Actif soutien des Templiers, il écrit pour l'occasion un Éloge de la nouvelle chevalerie (De laude novae militiae). Le concile se laisse convaincre de reconnaître l’ordre des « Pauvres Chevaliers du Temple ».

Le Chapitre de l'Ordre du Temple (1147), François Marius Granet, XIXe siècle, dessin restauré, Paris, musée du Louvre.

Il faut dire que la décision ne va pas de soi et certains moines s'opposent à la création de ce « nouveau monstre » qui rompt avec l'interdiction pour les clercs de verser le sang. Le cistercien Isaac de l’Étoile écrit : « À coups de lances et de gourdins, forcer les incroyants à la foi ; ceux qui ne portent pas le nom du Christ, les piller licitement et les occire religieusement ; quant à ceux qui de ce fait tomberaient durant ces brigandages, les proclamer martyrs du Christ. » (cité par Xavier Hélary, Le Figaro Histoire, janvier 2020).

Des manteaux différents selon son statut dans l'orde du temple. Illustration extraite du livre Armorial des Maîtres du Temple, Bernard Marillier, 2000, Ed. Pardès.Dans la foulée est publiée la règle de l'ordre, calquée sur la règle cistercienne. L'autorité suprême appartient à un maître (plus tard appelé « grand maître »). Il est élu par les chevaliers et pour les décisions les plus importantes, doit consulter le chapitre et se rallier à la majorité (ce principe majoritaire fait des moines du Moyen Âge les lointains précurseurs de la démocratie moderne).

Autour de lui émerge peu à peu un véritable état-major, avec sénéchal, maréchal, sous-maréchal, commandeur, drapier, turcopolier... L'entrée dans l'ordre passe par un rituel complexe et relativement secret qui va susciter plus tard beaucoup de rumeurs et de médisances. Les frères chevaliers portent un vêtement distinctif : une robe blanche empruntée aux cisterciens et frappée d'une grande croix rouge. Ils sont assistés de « chapelains » avec robe noire et croix rouge. Ce sont des prêtres qui ne combattent et assurent le service liturgique.

La force militaire de l'ordre est complétée par les « frères sergents », avec robe brune et croix rouge, et les « turcopoles », recrutés parmi les autochtones. Ils combattent mais n'ont pas rang de chevalier.

Sur le modèle de l'ordre du Temple, quelques autres ordres de moines-chevaliers émergent en Terre sainte. Le plus important est l'Ordre Teutonique, fondé par des chevaliers allemands en 1190 sous les murs de Saint-Jean-d'Acre. Il s'illustrera deux siècles plus tard dans la colonisation de la Prusse

Jacques de Molay, grand maître des Templiers vu par François Fleury-Richard, 1806, château de Malmaison. L'agrandissement montre le tableau de François Marius Granet, Réception de Jacques de Molay dans l’ordre du Temple en 1265, 1843, Avignon, musée Calvet.

Grandeur...

Au XIIIe siècle, les chevaliers du Temple sont au nombre d'un millier. Avec les Hospitaliers de Saint-Jean, ils constituent l'armée permanente des États latins d'Orient. Pour assurer au mieux leur mission, ils maillent l'Orient latin d'une cinquantaine de forteresses. Les ruines imposantes de plusieurs d'entre elles sont parvenues à nous : Safed, Tortose, Toran, le Krak des Chevaliers, le château des Pèlerins.

Les Templiers jalonnent aussi les routes des pèlerins, en Europe, de très nombreuses commanderies. Il s'agit de fermes fortifiées gardées par un ou deux chevaliers âgés et quelques frères sergents. Nos campagnes en conservent de nombreuses. De l'une d'elles, la commanderie du Dognon, à Cressac, au sud d'Angoulême, nous pouvons encore voir la chapelle décorée de fresques évocatrices des croisades.

À Paris même, l'Ordre possède un quartier où il règne en maître et exerce sa propre justice. C'est le « quartier du Temple », surmonté par un donjon où seront bien plus tard emprisonnés Louis XVI et sa famille.

Le siège de Saint-Jean-d'Acre Dominique Papety, XIXe siècle, Château de Versailles. L'agrandissement montre le tableau de Merry-Joseph Blondel, Saint-Jean-D'Acre remise à Philippe II Auguste et à Richard Coeur de Lion le 12 juillet 1191, 1840, Château de Versailles.Indéniablement braves, les Templiers sont craints par les musulmans et ces derniers ne se font pas faute de les exécuter quand ils les capturent, à la différence des autres prisonniers qui sont simplement rançonnés. Mais ils pèchent aussi par arrogance et cela entraîne la tragique défaite des croisés à Hattîn, en 1187, à partir de laquelle l'Orient latin ne cessera plus de décliner, jusqu'à sa disparition un siècle plus tard, après la chute d'Acre le 28 mai 1291. Au cours de celle-ci, dans un ultime baroud d'honneur, le maître Guillaume de Beaujeu et plusieurs frères trouveront une mort héroïque. 

Dès ses débuts, porté par son prestige, l'Ordre du Temple a bénéficié de dons immenses de la part des fidèles et des grands seigneurs. Il est ainsi devenu immensément riche et, grâce à une comptabilité scrupuleuse et à son réseau de commanderies, a pu faire office de banque internationale ; la première banque internationale de tous les temps !

L'Ordre gère ainsi les biens de l'Église et ceux des rois d'Occident (Philippe le Bel, Jean sans Terre, Henri III, Jaime Ier d'Aragon...). Cette fonction financière lui a permis de remplir ses missions, aussi bien de soigner les pèlerins que de racheter les chrétiens capturés par l'ennemi.

Établi à Acre, dans le palais de la Voûte, jusqu'à la chute de la ville, l'Ordre a pu mener tout au long du XIIIe siècle une diplomatie indépendante, négociant avec les seigneurs francs d'Orient, avec les ennemis ainsi qu'avec les souverains d'Occident, par l'intermédiaire de ses représentants. 

Le retour des Templiers en Europe (miniature du XIIIe siècle)

... et déclin

Au XIVe siècle, chassés de Palestine avec tous les autres croisés, les Templiers, au nombre de 15 000 dont 2 000 en France, n'ont plus rien d'autre à faire que de faire fructifier leurs richesses et notamment prêter de l'argent. Cela leur vaut inévitablement de sombrer dans l'impopularité. La vox populi ne se gêne pas pour les accuser des pires forfaitures, sodomie, messes noires etc. Le roi de France Philippe le Bel y voit l'opportunité de résoudre ses problèmes financiers ! C'est ainsi que le vendredi 13 octobre 1307, il fait arrêter tous les Templiers de son royaume. C'est le début d'une interminable suite de procès ainsi que de disputes avec le pape.

Le feuilleton se clôt avec la dissolution de l'ordre le 3 avril 1312 par le pape Clément V et la mort sur le bûcher du grand maître Jacques de Molay, le 19 mars 1314. Sur ordre du pape, les biens des Templiers sont transférés aux Hospitaliers. Le roi de France ne recevra que 200 000 livres tournois et un solde de 

Publié ou mis à jour le : 2020-02-08 11:30:02

 
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