21 avril 753 av. J.-C.

Fondation légendaire de Rome

Le 21 avril de l'an 753 av. J.-C. est une date mémorable dans l'Histoire de l'Occident. C'est ce jour-là que Rome fut fondée si l'on en croit la légende qu'exposera plus tard le poète Virgile dans L'Enéide.

Des festivités commémorent encore cet événement dans la Ville éternelle tous les 21 avril. Et les Brésiliens, notons-le aussi, ont choisi un 21 avril pour inaugurer leur nouvelle capitale Brasilia...

Charlotte Chaulin
La louve de Rome

La Louve capitoline

Cette statue en bronze, qui représente une louve, est d'origine étrusque. On y a vu très tôt une représentation de la louve légendaire qui nourrit Rémus et Romulus. Les deux nourrissons ont été ajoutés à la statue par un artiste de la Renaissance (musée du Capitole, Rome).

Une légende épique

Selon une légende reprise et embellie par le poète épique Virgile, le héros Énée, fils du roi Anchise et de la déesse Vénus, se serait réfugié sur les bords du Tibre après la chute de Troie (voir l'Iliade d'Homère). Son fils Ascagne, aussi appelé Iule, fonda la ville Albe la Longue, capitale du Latium.

Numitor, descendant d'Ascagne et roi d'Albe, eut une fille, Rhéa Silvia, qui devint vestale (servante de Vesta, déesse du foyer et du feu domestique) et dut faire serment de chasteté. Elle n'en donna pas moins le jour à des jumeaux : Rémus et Romulus, qu'elle dit avoir été conçus par le dieu de la guerre Mars en personne.

Un oracle prédit à Amulius, frère et rival de Numitor, que les jumeaux ne lui amèneraient que des malheurs. Amulius ordonna alors de les tuer mais l'homme chargé du meurtre se contenta de les abandonner en un lieu désert. Ils furent recueillis par une louve et survécurent grâce à ses bons soins avant d'être enfin adoptés par Faustulus, intendant des troupeaux du roi Numitor, et sa femme.

Romulus et Rémus, la louve et les bergers, mosaïque(musée civiquede Larino)Devenus adultes, les deux frères chassèrent Amulius qui avait entretemps renversé Numitor.

Puis, associés à une troupe d'aventuriers, ils décidèrent de fonder une ville à l'endroit où ils avaient été sauvés par la louve, à 25 kilomètres au nord-ouest d'Albe.

Pour savoir lequel règnerait sur la ville, ils demandèrent un signe aux dieux. Rémus, du haut de l'Aventin, vit six vautours, mais Romulus, lui, en vit douze du haut du Palatin !

Romulus traça aussitôt à la charrue le périmètre de la future cité, réputé sacré et inviolable, infranchissable par des troupes en armes. Cette enceinte se conserve sous le nom de pomerium. Notons que toutes les cités antiques en possédent l'équivalent.

Rémus, par bravade, sauta par-dessus le sillon. Son frère jumeau Romulus n'hésita pas alors à le tuer pour affirmer son autorité. Ainsi, c'est sous le signe des dieux et de la violence que naquit la Ville éternelle ou « ville des sept collines ».

Rome se développa dès lors rapidement sous le règne éclairé de Romulus, celui-ci se faisant assister par un sénat de cent patres (ou ancêtres) qui représentaient les familles fondatrices de la ville, les familles patriciennes.

Les Lupercales, une fête très ambigüe

La grotte ou Lupercal où vivait la bonne Louve, au pied du mont Palatin, devint un lieu de pèlerinage, de même que la cabane du berger Faustulus. On créa plus tard un collège de prêtres, les Luperques, pour célébrer la fête autour de ces sanctuaires, tous les ans, le 15 février.

Ce jour-là, après quelques rituels de purification, ils se mettaient à courir nus autour du mont Palatin en fouettant les femmes de rencontre avec des lanières découpées dans la peau des chèvres qu'ils avaient immolées. Ils chassaient ainsi les mauvais esprits du corps de ces femmes et rendaient celles-ci fécondes !

On conçoit que les Lupercales ne tardèrent pas à frôler la débauche. L'empereur Auguste tenta d'y mettre bon ordre en échelonnant des chevaliers en grande tenue sur le parcours des prêtres. Ces fêtes ne furent abolies qu'en 494 par le pape Gélase, lequel les remplaça par une Fête de la Purification de la Vierge, autrement plus chaste.

L'enlèvement des Sabines et la roche tarpéienne

Rome se trouvant manquer de femmes, Romulus lança une invitation aux Sabins, des paysans qui peuplaient les environs, à l'occasion de festivités destinées à honorer Neptune.

Lorsque les Sabins se présentèrent, les Romains se jettèrent sur leurs filles et les enlevèrent tandis que leurs parents, terrorisés, n'eurent d'autre ressource que de s'enfuir. Mais ils se ressaisirent rapidement et tentèrent alors d'investir la ville. Leur roi, Tatius convainquit une jeune fille romaine, Tarpeia, de leur ouvrir les portes de l'enceinte.

Tarpeia était la fille du chef de la garde romaine. Pour prix de sa trahison, elle demanda aux guerriers « ce qu'ils portent au bras gauche » en désignant leurs beaux bracelets d'or. Une fois les guerriers dans la place, Tarpeia réclama son dû. Les Sabins s'exécutèrent et... l'étouffèrent sous le poids des boucliers qu'ils portaient aussi au bras gauche!

La roche tarpéienne rappelle cette triste légende. Ce lieu dédié à l'exécution des traîtres est voisin de la colline du Capitole, haut lieu du pouvoir à Rome. Il rappelle à chacun que le châtiment suprême peut succéder aux plus grands honneurs selon l'adage : « La roche tarpéienne est proche du Capitole ».

L'enlèvement des Sabines (détail), par David (1748-1825), musée du Louvre

Revenons à nos Sabins. Ils entrèrent donc dans la cité de Rome et ouvrirent les hostilités quand s'interposèrent les jeunes filles qu'ils se proposaient de délivrer.

C'est que les Sabines avaient eu l'occasion d'apprécier tous les charmes de leurs vigoureux ravisseurs. Elles plaidèrent avec passion pour la réconciliation et les Sabins prirent le parti de ne plus faire qu'un avec Rome. C'est ainsi que débuta (selon une belle légende) la prodigieuse expansion de Rome.

Les sept rois de Rome

À Romulus succédèrent six rois, tous élus par le Sénat.

Le premier, un Sabin du nom de Numa Pompilius, organisa les cultes, les célébrations religieuses et le calendrier.

Après lui, Tullus Hostilius fut un roi combattant comme le donne à penser son nom.

Ancus Martius lui succéda. Sous son règne s'installa à Rome un Étrusque du nom de Lucius Tarquin l'Ancien.

Citoyen émérite, Tarquin l'Ancien fut élu à la succession d'Ancus. Rome lui doit (toujours selon la légende) le Circus Maximus (ou Grand Cirque) dont on voit encore l'empreinte entre le Palatin et l'Aventin. Tarquin l'Ancien assainit l'emplacement du Forum, une plaine marécageuse entre les collines du Palatin et de l'Esquilin. Il fit construire un temple à Jupiter sur la colline du Capitole.

Tarquin ayant été assassiné par des partisans à la solde des fils d'Ancus, c'est son gendre Servius Tullius qui lui succéda. Il bâtit une nouvelle enceinte qui engloba les sept collines de Rome. Il organisa aussi la société romaine en cinq classes selon une hiérarchie fondée sur la fortune (le principe est proche de celui qu'appliqua Solon à la même époque à Athènes).

Ces réformes ne plurent pas à tout le monde. Aussi Servius Tullius fut-il assassiné par le fils de Tarquin l'Ancien, Tarquin le Superbe (on situe cet épisode vers 534 av. J.-C.).

Tarquin le Superbe et son épouse Tullia exercèrent une odieuse tyrannie tout en poursuivant les travaux d'embellissement de leurs prédécesseurs. C'est ainsi que fut construit le grand égoût de la ville, le Cloaca Maxima.

L'oracle de Delphes

Tite-Live raconte qu'un jour apparut un énorme serpent dans la résidence du roi. Tarquin envoya deux de ses fils et son neveu Brutus à Delphes, en Grèce, pour interroger le célèbre oracle sur la signification de cet événement.

Les princes en profitèrent pour demander à l'oracle qui serait le prochain roi de Rome. À quoi il répond : « Celui qui le premier donnera un baiser à sa mère ». Brutus, dont le père et le frère avaient été assassinés par Tarquin, se faisait passer pour un imbécile (d'où son nom) afin de ne pas subir leur sort. Il n'en fut pas moins plus malin que les autres et sitôt qu'il entendit l'oracle, il fit mine de trébucher et baisa... notre mère à tous, la Terre !

Le viol de Lucrèce

Plus tard à Rome, au cours d'une soirée entre jeunes nobles, l'un d'eux, Tarquin Collatin, affirma que sa femme Lucrèce surpassait toutes les autres en vertu. Ne craignant rien, il amena ses amis chez lui pour le leur prouver. Le groupe fut accueilli par la jeune femme qui cousait et filait avec ses servantes. Rien à redire.

Mais Sextus Tarquin, l'un des fils du roi Tarquin le Superbe, tomba sous le charme de la jeune femme. Il revint chez elle une nuit à l'improviste. L'épée à la main, il la somma de lui céder sous peine de la faire accuser de fornication avec un esclave. Lucrèce se soumit.

Le lendemain, elle raconta le viol à son père et à son mari, en présence de Brutus, l'ami de la famille. Puis, saisissant un couteau, elle l'enfonça dans sa poitrine et mourut. Indigné, Brutus souleva le peuple contre le tyran et sa famille qui furent chassés tandis qu'était tué Sextus Tarquin.

Ainsi naquit la République romaine avec Brutus et Collatin pour premiers consuls. La légende est belle. Elle est aussi en partie vraie et recoupe par endroits les enseignements de l'archéologie et de l'historiographie.

Bibliographie

Il existe un nombre incommensurable d'ouvrages sur l'Histoire de Rome. Je recommande l'approche originale de Christopher Hibbert : Histoire de Rome (380 pages, Payot, 1985).

Dans un style narratif très agréable, l'historien anglais raconte avec beaucoup d'érudition l'histoire de la ville proprement dite, de ses origines à nos jours.


Rome : le Forum (11/5/1957),   source : INA
Publié ou mis à jour le : 2019-05-04 22:27:19

 
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