621 avant JC

Dracon introduit la démocratie à Athènes

La démocratie désigne un régime politique où l'ensemble des citoyens participent aux décisions qui concernent la collectivité ou du moins au choix des dirigeants.

Le mot vient du grec dêmos (qui désigne le peuple, c'est-à-dire l'ensemble des citoyens riches et pauvres), et arkein, commander. Pourquoi le grec ? Parce que les cités-États (polis en grec) de la Grèce ancienne nous ont livré les premiers témoignages de l'élaboration d'un tel régime (700 à 600 ans avant JC).

On peut déceler les prémices de la démocratie dans l'introduction par Dracon d'un code pénal équitable en 621 avant JC, à Athènes.

Ysaline Homant

Honneur au roi

La Grèce archaïque des Âges sombres était dépourvue de lois précises.

Dans les palais royaux, lorsqu'un usurpateur prenait place sur le trône sans attendre la mort naturelle du patriarche, il était évident que les enfants du roi spolié avaient intérêt à s'enfuir pour sauver leur vie. L'usurpateur ne manquait jamais de mettre sa progéniture sur le trône quitte à supprimer les gêneurs.

Selon les croyances religieuses, les dieux eux-mêmes pouvaient être chassés momentanément de l'Olympe pour avoir commis un crime : leur peine, en règle générale, était de se mettre au service d'un humain (comme Apollon et Poséidon au service de Laomédon).

Plus prosaïquement, au niveau humain, chaque clan ou «Génos» possédait plus ou moins sa propre manière de régler ses comptes sans en référer à une quelconque autorité suprême. Tous les membres d'un clan étaient solidaires. Porter atteinte à l'un d'eux revenait à bafouer le clan entier car, dans l'Antiquité, existait un code auquel nul ne pouvait se dérober : la vengeance du sang.

En clair, cela signifiait que toute personne assassinée pour une raison ou pour une autre devait être vengée par un membre de la famille, forcé d'assassiner à son tour le coupable... La vengeance était une obligation absolue exigée par le fantôme de la victime afin que son âme n'erre pas éternellement de l'autre côté de l'Achéron sans pouvoir être jugée et donc ne pas avoir la permission d'entrer dans les Champs Élysées (comme les morts sans sépulture).

Chaque Génos était régi par des «rhètres». C'était des lois non écrites, à l'image des rhètres de Lycurgue qui régissaient la cité de Sparte. Elles étaient tacitement acceptées de tous les citoyens.

À Athènes, la première organisation sociale remonte, selon la légende, au roi Thésée qui aurait réparti la population en trois catégories. Les Eupatrides (en grec : Ceux qui ont bien mérité la Patrie) sont les chefs des familles les plus riches, les Géôrggés désignent les cultivateurs et les Démiurges les artisans.

Victoire de l'aristocratie

Vers 682 avant JC, la monarchie disparaît au profit d'un gouvernement aristocratique dominé par les Eupatrides. Ceux-ci mènent la vie dure aux paysans pauvres en exigeant d'eux une dîme égale à un sixième des récoltes (ces métayers sont pour cela appelés hectémores) et en réduisant en esclavage ceux qui ne paient pas leurs dettes.

Les représentants des grandes familles se réunissent régulièrement sur l'Aréopage, une colline qui doit son nom au dieu Arès (le dieu de la guerre aurait été jugé par ses pairs à cet endroit).

Là, ils élisent les magistrats et nomment les 9 archontes qui constituent le gouvernement de la cité (du grec arkhôn, commander). Les trois premiers reprennent les anciennes fonctions royales : l'archonte éponyme donne son nom à l'année de son mandat ; l'archonte-roi assure les charges religieuses et l'archonte polémarque est responsable des affaires militaires.

Avec le développement du commerce et d'une certaine forme d'industrie, la majorité du peuple, vouée à la paysannerie, tend à s'appauvrir cependant qu'émerge une classe de riches marchands. Ces derniers ne tardent pas à entrer en conflit avec l'aristocratie terrienne des Eupatrides.

Réformes draconiennes

Pour apaiser les tensions entre les différentes classes sociales, un hardi réformateur du nom de Dracon édicte vers 621 avant JC les premières lois écrites, identiques pour toutes les classes sociales. Il supprime l'autorité du patriarche du Génos et surtout la vengeance privée. Les pauvres ne sont plus jugés selon le bon plaisir des Eupatrides.

Dracon fait aussi la distinction entre le meurtre volontaire et l'homicide involontaire.

Parlant de l'extrême rigueur de son code (les infractions même mineures, comme le vol d'un chou, étaient punies de mort), on dit de lui qu'il a été écrit avec du sang (le mot draconiendésigne encore aujourd'hui une règle très dure). Ne prête-t-on pas au réformateur la formule : «Les plus petites fautes m'ont paru dignes de la mort, et je n'ai pas trouvé d'autres punitions pour les plus grandes» ?

Nous devons nous replacer dans le contexte de violence de cette époque pour comprendre la portée de ces lois. C'est que pour retirer aux familles puissantes l'envie de se venger, il fallait leur donner l'assurance que le coupable d'un délit serait plus sévèrement puni par la société que par eux-mêmes ! Ainsi, la sévérité des lois désintéressait les membres d'une famille de la vengeance collective et en outre dissuadait les criminels potentiels. De cette double façon, l'État s'alliait à l'individu pour le soustraire à l'emprise du Génos et pour lui donner le sentiment de son indépendance.

Pourtant, la réforme de Dracon est loin d'être suffisante et n'empêche pas les Eupatrides de consolider leur pouvoir sur la cité. Elle sera heureusement complétée par les réformes de Solon.

Publié ou mis à jour le : 2019-05-03 21:37:53

 
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