6 juin 53 avant J.-C.

Crassus et le désastre de Carrhes

Le 6 juin 53 avant J.-C., les troupes de la République romaine menées par Crassus affrontent celles de l’empire parthe, son rival en Orient. Il s’agit là du premier combat direct entre ces deux puissances, dont résulte l’une des plus grandes catastrophes militaires de l’Histoire de Rome. Aveuglé par la folle ambition de s’emparer du trésor des Parthes, Crassus commet des erreurs stratégiques fatales.

Un général bien peu averti

Homme le plus riche de Rome, Marcus Licinius Crassus forme avec César et Pompée le premier triumvirat romain (60 à 53 av. J.-C.), dans une République en pleine expansion mais fragilisée par une presque guerre civile interne. Crassus, bien que s’étant couvert de gloire en réprimant la révolte des esclaves menée par Spartacus en 71 av. J.-C., fait pâle figure face aux victoires glorieuses de Pompée en Méditerranée et de César en Gaule.

Tête de Marcus Licinius Crassus, milieu du Ier siècle avant J.-C., Paris, musée du Louvre.Arrogant et cupide, il monte une expédition contre le roi Parthe Orodoès II afin de renforcer sa position à Rome et de s’emparer des richesses tant vantées de l’Orient, et ce en dépit du traité d’amitié signé par Pompée. Il obtient du Sénat le proconsulat de Syrie en 55 av. J.-C. et, malgré de nombreux présages défavorables, lance ses troupes en campagne, pillant allégrement au passage les temples locaux, notamment celui de Jérusalem.

Crassus est un chef militaire avéré, disposant par ailleurs d’une force considérable : sept légions, soit plus de 40 000 fantassins, ainsi qu’une cavalerie de 4 000 éléments, dirigée par son fils Publius. Fort de l’annexion rapide de la Syrie dix ans plus tôt, il estime par ailleurs que la conquête sera aisée.

Mais il sous-estime grandement la puissance de l’armée parthe, notamment de sa cavalerie lourde : les cataphractaires. Il n’anticipe pas par ailleurs le peu d’habitude de ses légionnaires au climat désertique du Levant.

En revanche, son adversaire Orodoès II, le voyant arriver, prend grand soin de ravager l’Arménie, coupant Rome de possibles alliés, et envoie le général Suréna couper la progression des Romains aux environs de Carrhes, en actuelle Turquie.

De funestes erreurs tactiques

À Carrhes, les Romains rencontrent une culture militaire qui leur est profondément étrangère. En effet, leur armée repose sur la puissance d’une infanterie extrêmement bien disciplinée, armée du pilum (lance) et protégé par le scutum (large bouclier), la cavalerie servant de force d’appoint.

Or, les fantassins romains, redoutables au corps-à-corps, sont pris au dépourvu face aux Parthes, dont l’armée se compose exclusivement de cavaliers, armés de lances et d’arcs avec deux fois plus de portée que ceux des Romains, et dont les flèches sont capables de percer les armures romaines. Pour ne rien arranger, Crassus, apprenant que les Parthes approche, fait preuve d’une grande inconséquence. Il dispose d’abord ses troupes en ligne, puis, réalisant que ses flancs seraient trop fragiles, les fait former un carré.

Le général parthe Suréna fait quant à lui preuve d’une grande adresse. Il fait recouvrir de peaux les armes de ses soldats, afin que, ne les voyant pas briller au soleil de loin, les Romains ne puissent prendre conscience de l’importance de son armée. Soudain, il les révèle dans un tumulte immense, et dévoile par le même coup ses cataphractaires. Les Parthes bénéficient d’un effet de stupeur, et en profitent pour encercler les troupes rassemblées en carré et les harceler à distance par un tir sans répit de flèches et de flammes.

Les chameaux cuirassés parthes leur assurent un ravitaillement continu. Voyant cela, Publius, chef de la cavalerie, tente une contre-attaque. Il est alors victime de la stratégie parthe de la «  flèche  » : les Parthes font mine de s’enfuir, et ce faisant attirent vers les cataphractaires Publius qui les poursuit. La cavalerie est décimée. Les Parthes arborent la tête de Publius au bout d’une lance, ce qui, aux dires de Plutarque, «  brisa l'âme des Romains, et leur ôta toute force morale  » (Vie de Crassus). Ils ne sont alors plus en mesure de résister à la charge des cataphractaires, qui disperse les légionnaires. Le bilan humain est terrible pour Rome : 20 000 soldats tués et 10 000 prisonniers. En outre, les Parthes s’emparent de sept enseignes légionnaires, une véritable humiliation.

Lancelot Blondeel, Le supplice de Crassus, qui aurait été forcé à boire de l'or en fusion, XVIe siècle, Bruges, musée Groeninge.

À la nuit tombée, Surena et ses troupes repartent, laissant à Crassus une journée pour le deuil de Publius, son fils. L’armée romaine opère alors une retraite nocturne, abandonnant derrière eux 4 000 blessés qui seront massacrés par les Parthes, et se réfugie dans la ville de Carrhes. Assiégé, devant une armée au bord de la mutinerie, Crassus est contraint d’accepter un armistice le 11 juin et de se livrer aux Parthes. Don Cassius raconte qu’ils le mirent à mort en lui versant de l’or fondu dans la bouche, pour railler sa soif de richesses.

Le triumvirat éclate après la mort de Crassus et la République ne survit pas à la rivalité entre Pompée et César. Les Parthes représenteront toujours une épine pour l’empire naissant, si bien qu’il faudra attendre deux siècles pour que Trajan ose les affronter à nouveau.

Apolline Commin-Humeau
Publié ou mis à jour le : 2025-06-15 20:31:36

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